« Aghrum n ihaqqaren », ou l’autocensure meurtrière

Une écriture fière, indomptable, lyrique. Un flux ardent et enlevé qui dit les misères d’un être et, à  travers lui, les souffrances et les silences oppressés de tout peuple.

Extrait :

«L’écriture est une arme. Elle est le refuge du peuple qui vit dans la misère, privé de parole. L’écriture est une lumière qui illumine le chemin, sa chaleur donne vie aux os écrasés. Elle est synonyme de vie, de liberté. Elle est aussi un éternel questionnement, un cri qui échappe au royaume du silence. Le silence est dégoût. L’écriture est vie. Elle sème les graines et l’âme de la vie dans les corps meurtris».

En quelques mots :

Un jeune journaliste est pourchassé par la police militaire pour avoir écrit un article subversif sur la situation politique de son pays. Essayant de sauver sa peau, il se terre dans la montagne et traverse les villages en quête d’informations pour illustrer son enquête sur le soulèvement d’une population locale. Au gré de ses errances, d’un village à l’autre, il est confronté à la fois à l’obscurantisme, le déni et la misère, mais aussi à la peur de tout un peuple de s’exprimer dans sa propre langue, de s’étouffer avec ces cris qui semblent lui monter du fond de la gorge, comme le ferait le Aghrum n ihaqqaren ou le Pain des corbeaux, champignon empoisonné assimilé ici à l’autocensure meurtrière d’un peuple sur son identité bafouée et sa langue interdite.
Ce pays est un pays d’Afrique du Nord. Cette langue, c’est l’amazigh. Peu de détails sont donnés pour compléter ce bref aperçu de l’espace et du temps dans lesquels se tient le roman, mais l’imagination du lecteur va bon train tandis que défile devant ses yeux une plaidoirie déchirante pour le droit à l’information et la liberté d’expression et d’existence.

L’auteur :

Lhoussain Azergui est un écrivain/journaliste franco-marocain de langue amazighe. Il est lauréat du Prix de la Résistance Matoub Lounès. Son roman, Le Pain des Corbeaux, a été traduit de l’amazigh et s’inspire de faits réels qui se sont déroulés entre les années 70 et 80 au Maroc et en Kabylie.
Ce qu’en pense

«La Vie éco» :

Une écriture fière, indomptable, lyrique. Un flux ardent et enlevé qui dit les misères d’un être et, à travers lui, les souffrances et les silences oppressés de tout peuple. À lire.

«Le Pain des corbeaux», Lhoussain Azergui, Casa Express Editions, Décembre 2012, 172 pages, 120 DH.