«Facebook» : les brèches de la toile

Après le succès de «Fight club», David Fincher revient sur son thème de prédilection, mais cette fois avec un club beaucoup plus ouvert : celui de «facebook».
Le réalisateur démonte l’histoire du réseau social et en décortique les mécanismes.
Pour incarner «Monsieur facebook», Fincher a choisi Jesse Eisenberg, le héros de «Bienvenue à  Zombiland».

Après avoir réalisé de grands films comme Seven, The game, ou encore, Fight club, David Fincher revient en ligne de mire avec, The social Network. Lorsque le cinéma s’empare d’une histoire qui a changé la vie de millions de personnes, cela ne peut qu’attirer les foules. Ce film est inspiré de la biographie non autorisée de Mark Zuckerberg, l’inventeur de «facebook», l’étudiant qui a porté à grande échelle le mode de fonctionnement de la vie sociale au sein de l’université de Harvard, basée sur un système de réseaux et de clubs. Le petit génie de l’informatique (ce geek) n’avait qu’un seul ami, Eduardo Severin (incarné par Andrew Garfield) et rêvait de faire partie d’un club très fermé de l’université de Harvard, «Le Phoenix». Mais le jeune étudiant manque de charisme, avec son sweet à capuche, il est loin de faire partie de l’élite. Plaqué par sa copine, il décide de la lyncher publiquement via internet et pirate le trombinoscope de l’université. En quelques heures, il crée un site pour noter les filles du campus sur leur apparence. Tel est le point de départ de «facebook», une idée triviale basée sur la vengeance. Depuis son invention en 2004, Mark Zuckerberg est devenu le plus jeune milliardaire au monde. Le geek dirige une entreprise de 500 millions d’abonnés qui pèse 20 milliards de dollars ! Une ascension sociale rapide, «la plus rapide de l’histoire», dit-on. Le rêve américain encore une fois sublimé par un jeune inconnu. Hollywood ne pouvait que s’y intéresser. David Fincher, le réalisateur, s’est basé sur le livre de Ben Mezrich, La revanche d’un solitaire, paru en juillet 2009 aux Etats-Unis (disponible en français chez Max Milo Editions) pour mettre en scène The social network. Ben Mezrich, auteur de livres documentaires (dont l’un déjà adapté sous le titre de Las Vegas 21) a écrit cette biographie à partir du témoignage du meilleur ami de Zuckerberg, Eduardo, et la fidélité à la réalité n’est pas garantie.
Pour comprendre l’histoire de ce film, il faut d’abord comprendre le mode de fonctionnement des universités américaines. Elles sont toutes basées sur une appartenance à un club et le seul club auquel était admis Zuckerberg était celui des geeks. «Le facebook» s’est inspiré de cette idée tout en démocratisant le système. Si Fincher s’est intéressé à cette histoire, ce n’est pas non plus un hasard. Le réalisateur est attiré par le fonctionnement des clubs. Dans son film précédent, Fight club, le narrateur est un homme marginal qui vit seul, mange seul, dort seul. Fincher semble fasciné par ces êtres asociaux ou plutôt exclus du système. Ses héros sont ceux qui réinventent à petite ou à grande échelle le fonctionnement de la société. Le protagoniste de Fight club va faire partie d’un monde clandestin où il va pouvoir retrouver sa virilité. Le rapport avec le personnage de The social Network est clairement établi.  
«C’était un outil inouï pour lubrifier les rapports sociaux. Tout allait beaucoup plus vite»

Le film nous montre, entre autres, un Mark Zuckerberg vite dépassé par sa création. Monsieur Facebook est déféré devant la justice. Son meilleur ami lui réclame 600 millions de dollars. Les frères Winklevoss, qui lui avaient proposé de participer à leur projet de réseau communautaire universitaire, l’accusent d’avoir piqué leur idée. Selon Monsieur Facebook, c’est comme si «un fabricant de meubles essayait d’attaquer en justice un designer pour avoir conçu un nouveau type de chaise. Il existait des milliers de modèles différents et en fabriquer un neuf ne faisait pas de vous le propriétaire de toutes les chaises du monde».  
Fincher qui vogue souvent entre le monde du cinéma et celui de la musique, démontre, à travers ce film qu’il est un homme à plusieurs passions. Car, faut-il le rappeler, le réalisateur cinéma est aussi l’auteur de clips des plus célèbres de l’histoire, dont Express yourself, de Madonna (1989). C’est également à lui qu’on doit le succès de Freedom de Georges Michael ou encore English man in New York de Sting. Pour porter cette histoire au cinéma, Fincher avait besoin de complices. Qui mieux qu’Aaron Sorkin pouvait décortiquer les mécanismes de la société américaine par des dialogues justes ? (Le scénariste est célèbre aux Etats-Unis pour avoir créé en 1999 une série télévisée sur les coulisses de la Maison Blanche). La caméra de Fincher qui s’est emparée du sujet met en scène des étudiants exaltés, une jeunesse tout le temps connectée à un ordinateur. Le film se distingue, entre autres, par l’absence de psychologie comme il se fait de plus en plus. L’œuvre du réalisateur n’est pas seulement construite autour du virtuel et de «facebook», l’auteur ne s’est pas limité à contourner l’histoire mais a mis l’accent sur les déséquilibres.
Toutefois, la question qui reste en suspens est de savoir si Zuckerberg a triché ? A-t-il volé l’idée des autres ? Le geek s’en défend et s’il a créé le «facebook» c’est parce qu’il était tout simplement le meilleur et qu’il est allé plus vite que les autres. Et il faut l’avouer, ses idées étaient bien plus innovantes. Même si d’autres réseaux communautaires existaient déjà  (Myspace, Friendster…), le geek a, tout de même, poussé au maximum l’interactivité et en a fait quelque chose d’inédit, comme l’échange de photos et la création du mur. Un nouveau langage est né…la planète «facebook» est en marche !
The social Network évolue très vite, aussi rapidement que «facebook». On parle vite, on court, on agit rapidement, le temps est compressé. Il faut s’inscrire dans cette vitesse au risque de devenir un has been. Encore une fois, Fincher s’enfonce dans les brèches sociales et le réalisateur de Fight club revient avec cette histoire sur son thème de prédilection.
Le film ne raconte pas seulement l’histoire du «facebook», c’est aussi une critique du système social américain et du capitalisme. Ce dernier est représenté par un jeune «prédateur», incarné par Justin Timberlake. Il faut dire que la tête d’affiche a attiré les foules. L’heureux gagnant de 6 Grammy Awards et dont le premier single, Justified (sorti en 2002), s’est vendu à plus de 8 millions d’exemplaires à travers le monde, a été catapulté (et avec succès) dans le monde du cinéma. Après avoir habité intensément le personnage du jeune journaliste dans le thriller Edison et après les succès de Southland Tales et Alpha Dog, le voilà réalisant une nouvelle réussite. Car à peine sorti, The social Network est resté en tête du box office américain pendant deux semaines consécutives. Jusqu’à présent, il a généré 33 millions d’euros !

De Harvard jusqu’à Silicone Valley, Mark Zuckerberg gagne beaucoup d’argent et perd son seul ami. 

Pour incarner Monsieur facebook, Fincher a choisi Jesse Eisenberg, le héros de Bienvenue à Zombiland. Un visage juvénile, banal, qui lui a toutefois permis de se fondre parfaitement dans la peau du personnage. Eduardo (Andrew Garfield) a quant à lui joué dans le célèbre film de Francis Weston, Deux sœurs pour un roi, (sorti en 2008). Depuis l’acteur n’a jamais cessé de tourner. En ce moment, il tourne son nouveau film Spider man Roboot. Un film de Marc Webb qui sortira en 2012. Fincher, en bon chef d’orchestre, raconte sans prétention une histoire qu’on est des millions à partager quotidiennement. Au fur et à mesure que se construit le réseau «facebook», les amitiés du Zuckerberg se défont. Le film met l’accent subtilement sur le rapport entre les deux. Fin mot de l’histoire : c’est qu’«on ne peut pas se faire 500 millions d’amis sans se faire quelques ennemis !».

Le film est toujours projeté au Megarama de Marrakech.