à€ Marrakech, une Biennale peu banale

Du 26 février au 31 mars, la ville des sept saints gagne en visibilité et en créativité grà¢ce à  sa cinquième Biennale. à€ travers plus de 40 expositions et 140 événements artistiques, cette manifestation culturelle promet de s’ouvrir à  un plus large public. Petit avant-goût.

Une centaine d’artistes disposent d’un peu plus d’un mois et de toute la ville ocre pour répondre à une question aussi vaste qu’énigmatique : «Où sommes-nous, maintenant ?» Nulle contrainte en arts, ou si peu: les créateurs sont invités à s’inspirer de «l’environnement magique de Marrakech» et, pour le reste, à faire comme bon leur semble. Cela pourrait donner de prodigieux résultats, toutes les formes d’expression artistique étant permises et même fortement encouragées : arts plastiques, photographie, cinéma, vidéo, littérature, spectacle vivant… Pourquoi n’iriez-vous pas contempler tout cela de plus près ? Petit florilège (non exhaustif et totalement aléatoire) pour vous mettre l’eau à la bouche.

Prenez des taxis d’art

Huit surprenants petits taxis vous emmènent en balade à travers la ville. Promis, ils ne vous infligeront pas une seule seconde de platitudes radiophoniques! À la place, vous aurez droit à des «déambulations sonores», quatre-vingt dix-sept œuvres façonnées par des artistes de tous bords et diffusées à l’intérieur des véhicules, transformés pour l’occasion en installations artistiques en mouvement. Des objets mélodiques ou cacophoniques «issus d’une pluralité de sensibilités, en différentes langues et formats» qui vous permettront de vous immerger autrement dans les boulevards, rues et ruelles de Marrakech. Cela s’appelle «Saout Radio» et c’est un projet initié par les artistes Younes Baba-Ali et Anna Raimondo.

«L’Blassa to be» de Hassan Hajjaj

Les numéros des taxis d’art sont disponibles sur le site de la Biennale : www.marrakechbiennale.org.
Demandez à votre taxi sonore de vous déposer à «L’Blassa», au coin de la rue de la Liberté à Guéliz. C’est ici que l’artiste Hassan Hajjaj a planté son «Salon» ou son «pop-up café», pour reprendre l’expression en vogue. Comme les fenêtres intempestives qui jaillissent de votre moteur de recherche, cet endroit a surgi le 24 février dans l’espace public marrakchi et disparaîtra comme par magie à la fin de la Biennale. Qu’y savoure-t-on ? Toutes sortes de breuvages caféinés, bien sûr, mais aussi et surtout, un festin de couleurs mitonné par Hajjaj. Ce maître de la manutention artistique vous a fabriqué un petit monde chatoyant, un assemblage de palettes de Coca-cola, de bouteilles d’eau de rose, de bonbonnes de Baygon, de conserves de tomate Aïcha… Du Pop art à la sauce marocaine, en somme.

La décharge flottante

En Italie, la femme de ménage d’un musée a récemment commis une bourde magnifique : elle a jeté deux installations d’art contemporain à la poubelle, pensant qu’il s’agissait là d’un tas d’ordures. Ceci est donc un avertissement destiné aux organisateurs de la Biennale: Surveillez votre plafond de déchets ! Précisez que «Pimp my garbage» est bien une installation d’art contemporain, faite de sacs plastiques, d’emballages et autres débris colorés… Pour les intéressés, cet assemblage saisissant qui pendra au-dessus de vos têtes au Salon de Hassan Hajjaj a été fabriqué par le collectif Z’bel Manifesto, composé des jeunes artistes Ghizlane et Katia Sahli, Saad Alami et Othman Zine. Le propos de cette décharge flottante ? «Susciter une prise de conscience par rapport à nos modes de vie où la surconsommation génère une quantité astronomique de déchets, qui, au lieu d’être traités et recyclés, sont tout simplement portés hors de nos vues». À «admirer» du 26 février au 31 mars à L’Blassa.

Des récits graphiques pour revisiter le passé

L’Atelier de l’Observatoire, ordinairement basé à Laasilat (Région de Bouskoura), se déplace à Marrakech pour vous raconter de drôles d’histoires, des histoires à regarder, cette fois-ci. À l’aide de photographies, films, plans et autres documents d’archives du XXe siècle, des récits graphiques libres sont créés par de jeunes artistes sous l’encadrement de leurs aînés Chourouk Hriech, Mohamed Fariji et Barrack Rima. Le corpus d’archives est aimablement fourni par la Maison de la photographie de Marrakech, la Bibliothèque nationale du Royaume, la Photothèque de l’Ecole d’architecture de Rabat et l’Observatoire du patrimoine moderne. À L’Blassa toujours, jusqu’au 31 mars.