à€ Agadir, le FIDADOC éveille la curiosité et la conscience citoyenne

Du 28 avril au 4 mai, 37 documentaires représentant 17 pays offriront aux Gadiris une «ouverture sur le monde», lors de cette sixième édition du Festival international du film documentaire, tournée vers le Maghreb et le Proche-Orient.

C’est à l’Hôtel de ville d’Agadir, dans une salle complètement remise à neuf et équipée en Full HD, que se déroule cette année l’essentiel du sixième FIDADOC, le rendez-vous printanier des férus du documentaire, désormais bien ancré dans sa ville hôte et dans les esprits des habitants. Ici, les spectateurs ne cherchent pas forcément l’évasion, le divertissement et même souvent l’étourdissement, comme devant un film de fiction, mais plutôt une réflexion, des questionnements salvateurs et peut-être aussi des pistes de réponse ; tout ce qui pourrait les aider, en somme, à construire leur esprit critique, à s’éveiller à la citoyenneté. «Nous croyons qu’il ne peut y avoir de développement économique sans développement social et culturel. Vecteur idéal pour sensibiliser les citoyens aux valeurs humanistes, le cinéma documentaire répond à ce besoin de construire et d’affirmer une identité». Ainsi parlait feu Nouzha Drissi, la fondatrice du Festival du documentaire d’Agadir. «Reflet fidèle de l’état du monde, révélateur profond des questions de société, agitateur d’idées, engagé, personnel, pour ne pas dire polémique, dérangeant», énumère Serge Schick, expert de l’Institut national des archives (Ina, France), comme autant de descriptions pour ce genre cinématographique nécessaire et inclassable, mais qui reste, hélas, insuffisamment promu sous nos cieux.

Voilà pourquoi le FIDADOC est si précieux : en une semaine, une trentaine de longs-métrages des cinq continents permettent d’embrasser le monde et ses bouleversements, d’assister à l’émergence, au développement ou au déclin de phénomènes de société, de découvrir d’anciennes coutumes, de saisir de nouvelles pratiques, de nouvelles habitudes.
Durant cette sixième édition, la programmation lorgne copieusement le Maghreb et le Proche-Orient, avec plus de vingt films produits ou tournés dans la région. Exemple, pas moins de deux longs-métrages et deux courts-métrages algériens ont été sélectionnés, ainsi que trois longs-métrages tunisiens ou encore deux longs-métrages libanais. «Leurs auteurs ne se contentent plus de dénoncer et de témoigner, ils s’interrogent sur le sens des images qui ont été au cœur (et parfois même le cœur) des bouleversements de ces trois dernières années, délivrant des films plus introspectifs, qui osent le ‘‘je’’, où le politique fait place au poétique, la colère à la mélancolie», décrivent les organisateurs de l’Association de culture et d’éducation par l’audiovisuel.

Développer une culture du documentaire

Outre la programmation officielle, des ‘‘séances spéciales’’ sont prévues, comme la carte blanche au documentariste français Nicolas Philibert, un des invités les plus singuliers du festival et auteur de films sensibles, dont de véritables classiques du genre, comme Être et avoir (2012). Ce documentaire tourné dans l’unique classe de l’unique école primaire d’un petit village français nous montre la transmission du savoir dans ce qu’elle a de plus magique, entre un enseignant heureux de donner l’instruction et des élèves heureux de la recevoir. Un très beau film que les festivaliers pourront voir ainsi que trois autres œuvres du cinéaste, qui prodiguera, au passage, une Master Class à l’Institut français d’Agadir.

Autre invitée de marque, la chercheuse et écrivaine canadienne d’origine palestinienne et libanaise Rasha Salti, programmatrice du Festival international du film de Toronto, qui a sélectionné, pour le FIDADOC, «quatre films représentatifs d’une veine documentaire intimiste et poétique particulièrement féconde chez les cinéastes arabes contemporains».
En 2013, le Festival du documentaire d’Agadir a programmé 38 séances qui ont accueilli plus de 10000 spectateurs. Du 28 avril au 4 mai, 12000 personnes sont attendues à cet événement enrichissant, chaque année plus proche de son but: «Développer dans notre pays une culture du documentaire qui fédère citoyens, cinéphiles, professionnels, étudiants, de faire découvrir au plus large public une écriture cinématographique ancrée dans le réel, stimulante pour l’esprit comme pour le regard».