Adieu Haj Mohamed Bouzoubaࢠ!

Grand maître de l’art du melhoun, Mohamed Bouzoubaࢠquitte ce monde en cédant à  ses successeurs un grand héritage de chants et de poésies.

La nouvelle tombe mercredi 21 janvier, attristant petits et grands. Haj Mohamed Bouzoubaâ, figure de proue du melhoun, ayant longtemps animé fêtes religieuses et soirées sur nos chaînes nationales, décède à Fès des suites d’une longue maladie. Ses funérailles ont au lieu le jour même au cimetière Lakbab à Fès. Une foule composée des membres de la famille, d’artistes et amis, ainsi que de fans sont venus rendre hommage et faire leurs ultimes  adieux au doyen du melhoun et du chant soufi.
En cette triste occasion S.M.Mohammed VI a adressé un message de condoléances et de compassion aux membres de la famille de l’artiste, décédé à l’âge de 75 ans. Dans ce message, le Souverain indique avoir appris avec une profonde émotion et une grande affliction le décès du grand chanteur.

D’art et de spiritualité

Pas une fête religieuse, pas un événement artistique de qualité ne pouvaient être célébrés sans l’immense prestation de feu Mohamed Bouzoubaâ. L’artiste a su, au fil des temps, créer son propre style, mariant l’art ancestral du melhoun au chant soufi, dans une rythmique chaâbie moderne et entraînante. Rappelons-nous Khaddouj, Rfak Ya Maliki, Damlij ou Mohammed saheb chafaâ parmi ses titres les plus connus.
En plus d’être maître de musique au conservatoire de musique de Fès, le répertoire de la radio régionale de Fès lui doit plus de 170 chansons et kassidas, durant ces années où il était président de l’orchestre du melhoun. Le parcours lumineux de Mohamed Bouzoubaâ commence dès son jeune âge. Fils de feu M’hamed Bouzoubaâ, lui-même considéré comme l’un des maîtres incontestés du melhoun, le jeune Mohamed fut imprégné par la profondeur de la poésie soufie et formé au chant du melhoun.

Très vite, le jeune homme, sensible à la modernité et à la grande diversité du patrimoine musical marocain, entreprend d’ouvrir le melhoun à d’autres influences pour rajeunir cet art ancestral et le préserver de la perte. Les rythmes Aissaoua s’imposent d’eux-mêmes dans les textes louant la gloire du Prophète Sidna Mohammed. Pour les autres textes, chantant l’amour ou la joie, Mohamed Bouzoubaâ préfère des rythmes chaâbi, se prêtant davantage à la fête.
Depuis, le succès du jeune homme est constant. Il travaille sans relâche, n’hésitant pas à multiplier les prestations et à renouveler le répertoire musical par de nouveaux textes écrits sur mesure. Jusqu’à sa «retraite» il y a quelques années,  on aura vu le maître guider son orchestre avec la même maestria et la même contenance dans la voix.

Silence et longue maladie

C’est en 2005 qu’on a vu Haj Bouzoubaâ chantonner pour la dernière fois. Le doyen du melhoun, vu son âge (75 ans) et son état de santé qui se détériorait, ne pouvait plus tenir le rythme effréné auquel il a habitué les siens et son large public.
En 2011, le grand maître est admis au service de neurologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Fès, après avoir été victime d’une attaque cérébrale, signe de gravité venant assombrir un état de santé déjà en déclin.
Haj Mohamed Bouzoubaâ passe ses dernières années dans un silence médiatique coupable et un oubli exacerbé par la cacophonie sonore qui sévit aussi bien sur la télé qu’à l’antenne.
Il part en ce froid mois de janvier, après avoir lutté contre une insuffisance respiratoire morbide. Puisse-t-il reposer en paix et puisse son art imprégner les générations futures.