«Contagion» ? Un navet Cotillard ? Un légume

Steven Soderbergh s’entoure du gotha hollywoodien pour terroriser le cinéphil. Un film-catastrophe qui rappelle la panique suscitée par le H1N1, mais qui ne vole pas haut.

Contagion de Steven Soderbergh, c’est un casting de rêve pour presque deux heures de cauchemar. Schématisons : Matt Damon, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Kate Winslet, Laurence Fishburne, le (presque) tout-Hollywood est là pour vous supplier de vous laver les mains. Frénétiquement. Compulsivement. La page Facebook vous le rabâche aussi, des fois que le film et tous ces malandrins qui crèvent, la bave aux lèvres, ne vous auraient pas totalement épouvantés. «Nous touchons en moyenne dix surfaces pleines de mauvais germes par minute. Prenez ces vitamines !», peut-on lire sur un statut. Plus loin : «Avant de plonger votre main dans ce bol de cacahuètes, dites-vous que les collations offertes dans les bars peuvent contenir chacune plus de 35 000 souches virales différentes !» Horreur et putréfaction. «Ne parlez à personne. Ne touchez personne !», vous hurle l’affiche.

Essayez de respirer, après ça. Ou de ne pas étrangler votre souffreteux de voisin au cinéma, qui vous offre sa grippe dans un concert de toux grasse au lieu de rester sagement tapi chez lui. Cela dit, entre nous, ce n’est pas vraiment ce terrifiant virus, cette atmosphère d’apocalypse, anxiogène, glaçante, qui pose problème dans le film. Côté sensibilisation, c’est beaucoup plus efficace que de feuilleter un prospectus contre la grippe du ministère de la santé. Soderbergh dans le rôle de médecin de famille, pourquoi pas, après tout ? Ce qui est très embêtant, en revanche, ce sont toutes ces pistes que l’on suit péniblement, ce récit que le réalisateur fractionne, tronçonne, au point que des acteurs brillants vous paraissent, dans cette mélasse, des plus pâlichons. On ne pardonnera jamais, jamais, la sortie de scène de l’excellente Kate Winslet, décimée prématurément. Pour la non moins talentueuse Gwyneth Paltrow, le «temps d’antenne» est tout aussi ridicule.

Alors que Marion Cotillard, qui pourtant a le charisme d’un mollusque, l’œil torve et la voix terne en sus, reste, elle, jusqu’au bout. C’est à y perdre son latin. Pour résumer, Contagion est une campagne de sensibilisation de l’OMS en plus sexy, qui se «déguste» comme un sirop antitussif. Et certainement pas comme un grand film.