«Caftan», le retour aux sources avec succès

Les stylistes qui ont exposé leurs merveilles lors de la treizième édition ont réussi le pari de se conformer au thème «Afrique, Occident, Orient», tout en amorçant un retour vers le caftan à  l’ancienne.
Chorégraphies, chants, lumières et son, «Caftan» ce n’est plus seulement le style mais aussi le show.

Une couple d’heures avant le défilé, Myriam Jebbor, la maîtresse de cérémonie de Caftan, promenait un sourire qui ne trompait personne. Il était seulement de circonstance. En son for intérieur, elle n’en menait pas large. Deux mois auparavant, l’exhibition représentait pour elle un plongeon dans l’inconnu. Au terme du show, son visage prit des couleurs radieuses, cependant qu’elle s’interdisait d’afficher le moindre signe d’auto-satisfaction. Alors heureuse ? «Je suis bien sûr contente d’observer que les spectateurs, dans leur ensemble, ont apprécié le défilé. Ce qui nous met en demeure de faire encore mieux l’année prochaine», répondit-elle. Propos euphémiques qui n’arrivent pas à réfléter l’étendue du talent dont a fait preuve cette treizième édition. Une édition de derrière les fagots, s’accordent à dire les personnes que nous avons interrogées.
Selon le peintre et désigner Mehdi Qotbi, ce Caftan-là «est le plus beau depuis sa création», ajoutant : «Réellement, le spectacle était d’une qualité remarquable, à l’image des stylistes et des mannequins. C’est un excellent cru, si je puis m’exprimer ainsi». Habiba, universitaire et néanmoins esthète, n’en est pas moins sincèrement laudatrice : «C’était magnifique, c’était féerique. Il y avait une belle alliance entre la haute couture et le show. Tout était au rendez-vous. C’était impeccablement organisé voilà». La danseuse Nour, elle, n’en pense pas moins, et le fait joliment entendre : «J’ai assisté à un excellent show, dans lequel le caftan était, bien sûr, la pièce maîtresse. Mais on a vu des mélanges de jeu entre danse, son et lumière et chanson. Cela prouve que Caftan devient de plus en plus digne des défilés majeurs». Ce dont convint Ghita Triki, critique d’art, qui, après avoir émis de plaisantes réserves sur «le caractère fantasmatique» des tenues offertes à voir et «la pléthore de références» qui les sous-tendent, conclut par cette formule aussi concise qu’enthousiaste : «Ça fait rêver».
Au rayon des stylistes, rien n’est à jeter, si l’on ose dire, estiment Habiba et Qotbi. L’une considère qu’il est «difficile de les départager, parce que chacun possède un cachet particulier» ; l’autre trouve que «tous les créateurs présents sur le podium méritent une mention». Nour confesse qu’elle a eu un coup de cœur pour «Samira Hadouchi qui a su interpréter avec grâce le thème de l’Afrique. J’ai aussi été impressionnée par la finesse du duo Meriem Benamour-Reda Boukhlef. Sans oublier le jeune talent, Nissrine Ezzaki Bekkali, étonnante d’aisance, alors que c’est la première fois qu’elle apparaît à Caftan». Dahab Ben Aboud et Zineb Lyoussi Idriss sont les favorites de Ghita Triki, vu que toutes deux «ne se laissent séduire par multiples influences et se tiennent à des formes assez strictes. Et ça j’aime bien. A ces stylistes du cru, j’ajouterais volontiers le couturier français, Christophe Josse, dont les jeux sur les transparences sont saisissants».

Les créateurs, sans exclusive, méritent la palme de l’ingéniosité
En somme, une prestation époustouflante de Caftan, par laquelle ce dernier manifeste sa capacité à aller de l’avant et à étonner à chaque fois. Ce que résume Habiba en une phrase : «La magie de Caftan réside dans son pouvoir d’innovation. Cette année, nous avons eu droit à un spectacle réellement inédit en regard des éditions précédentes. En outre, c’était le caftan moderne qui était mis en vedette. Maintenant, toutes les femmes devraient songer à porter le caftan beaucoup plus souvent». En attendant les prochaines cerises, nous conserverons, à coup sûr, en mémoire, cette représentation de l’élégance britannique, parfaitement restituée par le tandem Benamour-Boukhlef; cette évocation somptueuse de la Chine sous la palette de Madiha Bennani ; ces étoffes qui ne manquent pas d’éclat sur lesquelles Khadija Benmlih peigne ses tenues ; cet hommage rendu à l’Afrique par Dahab Ben Aboud, dans un style raffiné comme extravagant ; ces kimonos japonais, taillés comme des caftans de la main de Nabil Dahani ou encore ces merveilles de caftans signés Samira Hadouchi, sur lesquels l’artiste Mehdi Qotbi a déposé sa sûreté de touche. Et j’en oublie, que Kamel Ouali me pardonne ! Le nouveau directeur artistique de Caftan a fait fort en ponctuant le défilé de danses du meilleur aloi et de chants captivants, à l’image de ceux poussés par la craquante Sofia Essaïdi ou la sublime soprano Dominique Magloire.
Les spectateurs étaient manifestement heureux. Au baisser de rideau, ils se levèrent comme un seul homme pour acclamer les acteurs du défilé. Ceux-ci s’en montrèrent émus. La jeune Nissrine Ezzaki Bekkali était au bord des larmes larmes. Son style, tout en sobriété et fluidité, et son sens de la couleur ont frappé les esprits. Aussi était-elle la plus entourée. «Ça fait toujours plaisir de voir ses efforts récompensés. Pour moi, ce défilé représentait une sorte de défi et revêtait une importance capitale quant à la suite de ma carrière. Dieu merci, les choses se sont bien passées. Ceci étant, je suis consciente de la longueur du chemin qui me reste à accomplir pour pouvoir prétendre à une place parmi les grands», confia-t-elle. Mais il ne fait aucun doute qu’elle ira loin. Ses aînés, qui l’ont adoubée, en sont convaincus.
Caftan n’est pas seulement une parade de couleurs, de matières et de coupes, il est aussi une vitrine de l’évolution de ce vêtement ancestral. Le styliste au long cours, Albert Oiknine, dont on a regretté l’absence à cette édition, parle de «retour aux sources» : «J’ai trouve qu’il y avait une très grande recherche au niveau des broderies et de perlages. Il y avait vraiment un retour aux sources. Là, cette année, je crois qu’on a opté pour quelque chose de très sobre, de très noble, par rapport à la ligne. Au niveau des broderies, du chic, de l’élégance et de la richesse; on a vraiment retrouvé cet esprit du vrai caftan marocain». Vivement Caftan 2010 !