«Analphabètes» couronné du Prix littéraire de La Mamounia

La quatrième édition du prix littéraire de La Mamounia a récompensé Rachid O., auteur de «Analphabètes», une parution de la Collection blanche de Gallimard.

Dans une salle à moitié pleine, constellée de têtes blondes, l’annonce ne se fait pas attendre. Le résultat est inattendu. Après de courts applaudissements, on est impatient de découvrir la tête de l’auteur. «C’est qui ?», se demande à presque haute voix un journaliste européen tenant dans les mains un exemplaire du Bonheur conjugal de Tahar Benjelloun.
Et pourtant, Rachid O. n’est pas un anonyme, mais plutôt un inconnu des salons parisiens assidûment fréquentés de ses contemporains. Son discours dure trois minutes et achève d’approfondir la confusion autour de sa personne. Dans la salle, les questions se font rares, mais on boit avidement les réponses de l’auteur dont l’émotion est à peine voilée. «Je manquais de ce livre», dit-il pour parler de ses dix années de silence… ou de gestation.

Analphabètes n’est qu’une cinquième auto-fiction qui revient, avec assez de recul, sur son vécu personnel, son rapport avec l’homosexualité, avec l’étranger et avec  son père qu’il enterre dans ce roman même. «Je me suis toujours vu davantage comme un personnage de roman que comme un écrivain», explique-t-il. Il y décrit l’ignorance d’un langage qu’aucun alphabet ne saurait transcrire, celui des sentiments. «J’ai été moi-même analphabète jusqu’à l’écriture de ce livre», dit-il. C’est que depuis Ce qui reste, publié en 2003, l’auteur semble avoir été boudé de ses muses. Après avoir eu l’impression qu’il avait tout dit, «j’ai pu, grâce à ce livre, tout redire différemment». Ce récit, à mi-chemin entre l’oral et l’écrit, a fait l’objet d’un long débat entre les onze membres du jury. Ce dernier comptait cinq membres marocains, à savoir l’éditrice Layla Chaouni, le journaliste et philosophe Adil Hajji, le professeur de littérature comparée Khalid Zekri, la femme de lettres Mouna Hachim et le détenteur du prix de l’année dernière Mohamed Nedali. Du côté des membres étrangers, nous retrouvons la romancière et dramaturge canadienne Marie Laberge, l’écrivain américain Douglas Kennedy, le professeur et essayiste belge Vincent Engel, l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, ainsi que le réalisateur et romancier français Marc Dugin. La présidente du jury n’est autre que Christine Orban, la romancière française native de Casablanca.
Non. le choix n’a pas été facile. En dehors de la salle, nous apprenons que les délibérations, qui ont duré bien plus que d’habitude, ont dû départager Analphabètes et Le Bonheur conjugal. Mais le mince livre très dense, comme le décrit l’auteur Alain Mabanckou, a fini par l’emporter sur «le grand texte de Tahar Benjelloun», de l’avis d’un autre membre du jury.
Dans les finalistes, les Amours nomades de Youssef Amine Elalamy ont reçu le coup de cœur de plusieurs membres du jury. On en a parlé comme d’une longue prose poétique qui a toutes ses chances d’emporter d’autres prix au Maroc ou à l’étranger.