21 artistes chantent la tolérance à  Agadir

Samedi 4 novembre se tiendra, à Agadir, le Concert pour la tolérance.
Ce spectacle-marathon de trois heures propose, sur la plage, une extraordinaire
programmation, vingt-et-un artistes de haut vol. Une affluence estimée à 30
000 personnes pour une soirée
qui s’annonce aussi chaude que fraternelle.

Un concert pour la tolérance. Voilà qui devrait mettre du baume au cœur transi des hérauts de cette vertu devenue rare par les temps sombres qui courent, infectés par le virus communautaire, abîmés dans le sectarisme, enfermés dans l’ethnicisme. C’est dans le dessein de prêcher la tolérance que TF1, prenant ainsi le relais de M6, qui en fut l’instigatrice, se fit un point d’honneur de mitonner annuellement un concert géant. Voulu itinérant, celui-ci planta son décor, en 2005, à la Médina Mediterranea de Yasmine Hammamet, en Tunisie. Dix-neuf artistes y prirent part, avec ferveur et brio, de sorte que les 13 000 spectateurs présents en sortissent éblouis. Et les chanteurs ravis d’avoir prêté leurs voix à cette noble cause. Ainsi, Cheb Mami, qui confia à l’issue de sa prestation : «Je suis heureux de prendre part à une cause qui m’est chère. TF1 a offert un beau spectacle, avec de nombreux artistes, des styles de musique différents. Ce fut un moment de partage exceptionnel. Pour moi, la tolérance est basée sur le mélange des cultures, le brassage. J’aime profondément la Tunisie où je viens en tournée, avant de me rendre en Algérie, puis au Maroc».

Agadir distinguée parmi les villes concurrentes en raison de ses atouts
C’est justement le Maroc qui fut désigné pour héberger la IIe édition du Concert pour la tolérance. Une aubaine sur laquelle se jetèrent plusieurs villes, avec, chacune, une foison d’arguments séduisants. En fin de course, ce fut Agadir qui emporta le morceau, coiffant au poteau sa voisine et néanmoins rivale : Essaouira. Il faut dire que la capitale du Souss a su mettre en avant ses précieux atouts : sa vocation cosmopolite, son savoir-faire mûri au soleil des trois Timitar, la clémence de son climat, l’étendue et la beauté de sa place, l’implication de ses habitants et la bonne volonté, sans cesse manifestée, des autorités. Autant de qualités que les artistes ont apprécié soit de visu soit par ouïe-dire. Aussi furent-ils nombreux à répondre à l’appel. Mais seuls vingt-et-un d’entre les postulants se virent admis. Message de tolérance oblige, ils forment un véritable melting-pot, ainsi que l’attestent leurs origines : algérienne (Faudel, Amine, Cheb Mami, Akli D.) ; italienne (Zucchero, Hélène Segara) ; canadienne (K-Maro, Gage) ; congolaise (Abd Al Malik) ; française (Axel Bauer, Florent Pagny, Julie Zenati, Lorie, Pascal Obispo, Olivia Ruiz, Laure Milan, Leslie); ivoirienne (Magic System)…
Vingt et-un artistes qui ne jouent pas tous la même partition. Florent Pagny, Abd Al Malik et Magic System ont une prédilection pour la chanson engagée; K-Maro est un rapeur ; Olivia Ruiz et Axel Bauer sont des figures emblématiques de la scène rock française ; Cheb Mami, Amine et Faudel surfent sur la vague du raï ; Zucchero, Julie Zenatti, Pascal Obispo ou Lorie s’illustrent dans la variétoche ; quand Akli D., Hélène Segara pratiquent le mélange des genres et des styles. Blues, rock, reggae, folk pour l’un ; pop, oriental, ballade pour l’autre. Ils se connaissent les uns les autres, et parfois entretiennent une complicité, fruit d’un travail commun. Pascal Obispo a composé pour Florent Pagny Savoir aimer; Zucchero a chanté en duo avec Cheb Mami dans l’album Zu & Co ; Amine a fait appel à Leslie pour son titre Sobri ; Hélène Segara a donné la réplique à Julie Zenatti dans la comédie musicale Notre Dame de Paris de Richard Cocciante et Luc Plamando… Par ailleurs, des liens se sont tissés entre Cheb Mami, Leslie, Amine, Anggun et Gage lors de la 1ère édition du Concert pour la tolérance, à laquelle ils avaient apporté leur écot. En substance, vingt-et-un artistes divers, éclectiques, le plus souvent bigarrés mais très cohérents. Présentons succinctement les plus connus de cette attachante pléiade.

Mami, Pagny, Obispo, Magic System, la force de frappe du concert
Cheb Mami. Il est l’éternel prince du raï, tant que Khaled n’abdique pas. Une histoire qui commence au mitan des seventies, à Saïda, sa ville natale, au hasard des bars et des fêtes de mariage où il mimait les fleurons défraîchis du raï, cette version pour cabarets des musiques bédouines algériennes. Sentant la bête immonde surgir, il s’exila en France, en 1985. Bien lui en prit, car, épatée par sa voix caressante et sa technique fulgurante, la critique musicale lui tressa des lauriers. En 1986, il eut les faveurs de l’Olympia. Trois ans plus tard, l’Amérique lui tendit les bras. Il s’y vautra. Il en revint métamorphosé. Au risque de heurter les puristes, il colora le raï de teintes «incongrues» : rap, dance, reggae, flamenco, rock, avec des platines et des bidouillages de nulle part, à la grande joie des majors du disque, qui en avaient pour leur argent. Sollicité par ses pairs, il se mit à enchaîner les duos (Imthep, K-Mel, Idir, Sting, Aswad, Zebda, Enrico Macias, Corneille, Tonton David, Ziggy Marley). On sentait qu’il allait bifurquer vers la variété «orientalisante». Il le confirma en chantant avec Samira Bensaïd Youm Wara Youm, en 2002. Par la suite, il persista dans sa nouvelle voie, mais pour ses nombreux admirateurs, il demeure le prince du raï.

Florent Pagny : l’élégance du style, la sobriété de l’intelligence
Florent Pagny. «L’homme révolté», aurait dit Camus. Trait de caractère qu’il parvient à dissimuler sous des dehors sages et pondérés. Bien qu’il se soit destiné à la musique, Florent Pagny est capté par le 7e art (Inspecteur la Bavure, l’As des as, Fort Saganne). Très vite écœuré par les mœurs cinématographiques, il retourne à ses premières amours. N’importe quoi donne le ton. Le chanteur possède le don de dégommer les notables de son temps. Avec humeur et humour. Cela reste en travers de la gorge des offensés. Ainsi les critiques qu’il éreinte dans Presse qui roule. Ulcérés, ils le traînent dans la boue. Du coup, son deuxième album, Réaliste, boit le bouillon. Jean-Jacques Goldman le sauve de la débâcle en lui composant trois chansons grâce auxquelles il sera remis sur les rails. Sans jamais dévier de sa ligne protestataire. Pour fuir le fisc, il s’en va aux antipodes, précisément en Patagonie. De là, il envoie un missile, Ma liberté de penser, fabriqué par Pascal Obispo, son nouveau compositeur. Ce brillant attelage fait sensation aussi bien par ses créations que par ses reprises (Caruso, Jolie môme, Antisocial…). Pagny a une âme qu’il vous fait partager avec pudeur. L’élégance du style, la sobriété de l’intelligence, en un mot, la grande classe.

Pascal Obispo. Un style musical qui n’est ni formaté, ni apprêté, mais travaillé et souvent tendre. Pascal Obispo navigue dans tous les styles et les sonorités au point d’être inclassable. Pourtant rien ne le prédestinait à cette carrière. Il aurait pu suivre les traces de son père et devenir footballeur aux Girondins de Bordeaux. Il avait des dispositions pour le basket, mais il a jeté cette tentation au panier pour tomber dans les bras de la musique. Les affres de l’anonymat, tout d’abord, puis, soudain, la gloire naissante qui accompagna son premier album, Plus que tout au monde (1992). Rapidement suivi d’un autre, Un jour comme aujourd’hui. Après lequel il fit une pause qu’il consacra à son amie Zazie, pour laquelle il écrivit Zen. Ensuite, il troussa un troisième album, Superflu. Pas si superflu que ça, puisqu’il réalisa 1 000 000 de ventes. Ce n’était pas une blague, même si la réussite insolente d’Obispo ressemblait à une farce de gosse chanceux. Un gosse qui transforme tout ce qu’il touche en or. La même année, il cosigna avec Florent Pagny l’album Savoir aimer. 1,6 million d’exemplaires vendus ! Qu’il compose pour lui-même (72 titres à son actif en 13 ans) ou qu’il écrive pour ses pairs (Zazie, Florent Pagny, Johnny Hallyday, Patricia Kass, Marc Lavoine…), Obispo est assuré du succès. Soledad fit un tabac, la comédie musicale, les Dix commandements, à laquelle il fut associé au metteur en scène Elie Chouraqui, fit florès. Sorti de la main heureuse de Pascal Obispo, tout ce qui brille est or.

Magic System comblera d’aise les «gaouphiles»
Magic System. Tel est le nom un brin clinquant dont s’affuble ce groupe formé de quatre musiciens, Asalfo, Goudé, Tino et Manadja, émergés du fangeux quartier Marcory à Abidjan. Quatre gamins lucides et délurés qui font leur entrée sur la scène musicale avec la ferme volonté d’en ébranler les bases. Ils en connaîtront, dès leurs premiers pas, les chemins escarpés et passablement esseulés. Leur premier album, Papitou, pourtant prisé par les mélomanes et les critiques, n’emballe pas le public. Le quatuor fait contre mauvaise fortune bon cœur et poursuit sa marche, guidé par le manager Angelo Kabila. Un deuxième album sort, il s’intitule 1er Gaou, début d’une suite ininterrompue de Gaou fêtés par les «gaouphiles». Huit chansons qui montrent que ce groupe non situé politiquement développe un discours fort et protestataire avec une joie bon enfant. Toutes les plaies de la Côte d’Ivoire sont dévoilées. 1er Gaou devient vite un tube qui s’arrache partout dans le monde, il est accommodé à toutes les sauces musicales. Magic System est invité au Zénith, puis à l’Olympia. Il enchaîne les tournées, en rapporte dans sa besace un nouveau Gaou : Un Gaou à Paris, Un Gaou à Oran… Peut-être bientôt Un Gaou à Agadir.

Magic System, Cheb Mami, Florent Pagny, Pascal d’Obispo et les autres vedettes invitées nous convient à un voyage (gratuit !) qui débutera à 20 h 30, et qui promet la découverte de multiples univers. On se gorgera les tympans tantôt de rythmes torrides, tantôt de mélodies douces. Courez-y, toutes affaires cessantes, et si vous êtes vraiment empêchés, guettez les retransmissions du spectacle par 2M, TPS Star et TF1. C’est pour une noble cause, pour que le monde ne se défasse pas.