Comment les opérateurs du Souss Massa comptent sortir de la crise Covid-19

• Dans cette crise sans précédent, le tourisme, à l’arrêt depuis plus de deux mois, est le secteur le plus sinistré.
• Les autres écosystèmes rencontrent chaque jour des contraintes pour assurer la continuité de leur activité.
• Lenteur et baisse du business rendent tous les secteurs vulnérables.
• Pour les acteurs économiques, la relance passe par une injection massive de liquidités sur le marché pour le renflouement des entreprises et doper la consommation.

Comme partout en cette période inédite, le tissu économique mondial est très inquiet et les acteurs économiques du Souss Massa n’échappent pas à ce sort. Ils sont depuis le début de la pandémie dans l’expectative. Les impacts collatéraux de la pandémie du Covid-19 n’ont épargné aucun secteur. Le plus touché est indéniablement celui du tourisme. Parc hôtelier et entreprises touristiques, toutes activités confondues, sont à l’arrêt depuis deux mois, avec des milliers d’employés au chômage partiel ou total et de grosses pertes en chiffres d’affaires. Pour rappel, les pertes en CA à fin avril étaient estimées par les hôteliers de la destination à près de 300 MDH, comparativement à la même période l’an dernier. Dans cette situation, ce sont aussi près de 10 000 employés dont plus de 6 000 permanents du secteur hôtelier, qui sont aujourd’hui en arrêt de travail dans la station balnéaire. Un véritable tsunami, jamais vu dans l’histoire de la destination et les professionnels sont toujours à se demander comment redémarrer la machine.
Pour remonter la pente, les opérateurs du secteur attendent beaucoup plus que des mesures ponctuelles. Au-delà de voir ce qui peut être annulé ou reporté en matière de charges fiscales, de l’avis de Rachid Dahmaz, président du Conseil régional du tourisme (CRT) Souss Massa, cette crise est une occasion pour mettre en œuvre un plan de développement quinquennal du secteur pour disposer d’une véritable industrie touristique. Le professionnel estime que cela représente un investissement de 4% du PIB sur cinq ans. Pour assurer la reprise et rebondir, le secteur du tourisme a en effet surtout besoin de liquidités. «Injecter des liquidités de manière massive dans l’économie est le maître mot de la situation pour maintenir à flot les entreprises», martèle M. Dahmaz. Tel que communiqué au département du tourisme, dans un rapport adressé par le groupement des CRT, les professionnels soulignent qu’il est nécessaire «d’ouvrir une ligne de crédit bancaire qui soit égale à 20% du chiffre d’affaires de l’entreprise avec un différé d’un an de 2% du taux d’intérêt cautionné par l’Etat». Cette démarche doit «prendre en considération le résultat fiscal de chaque entreprise lors des trois dernières années pour limiter l’accès à ce crédit aux nécessiteux et particulièrement les petites et moyennes entreprises», ajoutent les membres du groupement des CRT. Dans ce contexte l’appui notamment de Bank Al-Maghrib et des institutionnels du Royaume est indispensable. Et pas seulement à travers des promesses, mais par du concret à court terme, autrement «toute politique d’austérité ou de repli sur soi par souci d’équilibre macro-économique ou pour le réglage des indicateurs financiers, risque de retarder le décollage du tourisme au Maroc», soulignent les représentants des CRT du Royaume.
En attendant, il convient de rappeler l’implication du ministère du tourisme dans les travaux du Comité de veille économique (CVE), pour la mise en place des mesures de contingence pour les entreprises et les salariés (CNSS, Ramédistes, informel). Sur le plan réglementaire, on retient à travers le projet de loi 20.30, la mise en place de mesures particulières aux contrats de voyages et de séjours touristiques et aux contrats de transport aérien des passagers. Ce qui va désormais permettre aux opérateurs touristiques de substituer les remboursements dus à leurs clients par des bons d’avoir sous forme d’une proposition de prestation identique ou équivalente et ce, sans majoration de prix, explique le département de tutelle.
Aujourd’hui, le tourisme interne pour lequel le ministère a négocié, dans le cadre du CVE, un soutien de l’Etat pour le secteur, est visiblement une des priorités phares. Ce segment de clientèle est appelé à devenir la priorité nationale, mais, pour y arriver, acteurs institutionnels et économiques doivent agir en synergie. Ce chantier qui nécessite une approche régionale pourrait non seulement sauver le navire, mais, bien plus, assurer une pérennité et un équilibre au secteur. Reste à ce que tout le monde s’investisse à cet effet: Les entreprises touristiques et celles de transport, en adaptant leurs offres et prestations à des prix compétitifs, les institutionnels, pour leur part, en assurant entre autres le volet promotion et en agissant sur l’échelonnement des vacances scolaires, sans oublier la mise en place d’une plateforme de réservation dédiée au tourisme national.
Le groupement des CRT souligne dans ce contexte que «les entreprises touristiques hôtelières sont priées d’assurer d’excellentes prestations en faveur de nos clients marocains, en termes d’accueil, d’hygiène, de qualité de service et de nourriture, de programme d’animation adapté». Enfin, tout ce que réclamait le touriste national depuis longtemps. Dans ce challenge, l’été 2020 sera très décisif dans l’avenir du tourisme national. En attendant, toujours et encore, le nerf de la guerre reste les liquidités pour renflouer la machine et lui permettre d’avancer dans le bon sens.

Impact sur l’ensemble des écosystèmes

Si le secteur du tourisme est l’activité qui souffre le plus des retombées des dégâts collatéraux de la pandémie du Covid-19, les autres secteurs développés dans le Souss Massa vivent pour leur part au quotidien de nombreuses contraintes pour assurer le maintien de leur activité respective. C’est ce qui ressort d’un webinaire organisé récemment par l’Union régionale de la CGEM. Les entreprises de l’agroalimentaire, de l’emballage, de la maintenance, les concessionnaires d’automobiles et le BTP, disent souffrir notamment des difficultés d’importation de certaines marchandises.
Au niveau de la pêche et de l’industrie de la transformation, il ressort des discussions lors de cette rencontre en ligne entre acteurs économiques, la baisse des ventes et des exportations et la complication de la logistique pour le transport international de la marchandise.
Comment sortir de la crise? Tous les secteurs réclament aujourd’hui un soutien de l’Etat.
«Le gouvernement doit faire des annonces rassurantes pour la continuité ou la reprise des secteurs économiques. Cela peut se faire progressivement et à moindre risque mais il faut éviter l’arrêt total de l’économie», soulignent les opérateurs. Pour eux, cela passe aussi par une relance de la commande publique et sur le plan bancaire par la mise en place de lignes de fonctionnement avec un taux raisonnable pour encourager les entreprises et les aider tenir la tête hors de l’eau. Ils mettent aussi en exergue l’intérêt d’activer les fonds régionaux d’aide à l’investissement. Créer un climat de confiance et injecter des liquidités pour renflouer les trésoreries semblent encore une fois ce qui est le plus demandé pour assurer la continuité de l’économie.