Y croire, à  nouveau

Cette maturité des manifestants, le parfait fonctionnement du service d’ordre, la neutralité et le professionnalisme des forces de l’ordre, les slogans brandis sur des petites pancartes individuelles, tout donnait le sentiment d’une situation nouvelle. Comme si on assistait à  l’émergence d’une nouvelle conscience, d’un nouvel être marocain.

La manifestation du 20 mars a eu lieu malgré la bastonnade du 13. A Casablanca, elle était impressionnante par son nombre et son organisation. S’il fallait n’en retenir qu’un aspect, ce serait la manière dont elle s’est disloquée en fin de parcours. Impressionnant ! Quand la tête arrive au niveau de la wilaya, lieu de son terme, le nombre des manifestants a crû de façon exponentielle. Au moment du coup d’envoi donné à Derb Omar, il y a du monde certes, mais essentiellement les personnes les plus engagées. La mobilisation a été forte. Les différents groupes qui ont appelé à manifester ont fait le plein de leurs troupes. Mais il y a également ceux qui veulent être de la partie mais ont peur des coups de matraque.  Avant de se joindre au mouvement, ils ont pris la température, soit par téléphone soit en restant à distance respectable. Idem pour les femmes, dans l’ensemble très peu présentes. Telle une vague qui enfle au fur et à mesure qu’elle avance, la manif, honorable au départ, devient énorme à l’arrivée. Quand elle atteint la place Mohammed V, les manifestants sont au coude-à-coude. Vers 13 heures, le mot d’ordre de dispersion est lancé par les organisateurs de tête qui, juchés sur une camionnette, ont mené la marche tout le long du parcours. Rappelant la dimension pacifique du mouvement, ils appellent les participants à repartir dans le calme et dans l’ordre. Et c’est dans le calme et dans l’ordre que la masse compacte se disloque. Chacun a rebroussé chemin tranquillement et la place a retrouvé son visage habituel en un rien de temps. Ici et là, des petits groupes s’attardaient pour discuter mais la rapidité avec laquelle cette foule immense s’est dispersée était sidérante. Cette maturité des manifestants, le parfait fonctionnement du service d’ordre, la neutralité et le professionnalisme des forces de l’ordre, les slogans brandis sur des petites pancartes individuelles, tout donnait le sentiment d’une situation nouvelle. Comme si on assistait à l’émergence d’une nouvelle conscience, d’un nouvel être marocain. On a toujours beaucoup glosé sur ces prétendues tares qui seraient les nôtres et qui nous empêcheraient de prétendre à une vraie démocratie. Or là, ce qui se percevait, c’était un sens affirmé de l’engagement, de la responsabilité et du civisme. Comme si quelque chose s’était produit qui avait fait grandir, passer à un autre stade. Ce quelque chose, c’est bien sûr ce «printemps» qui, d’un bout à l’autre du monde arabe, réanime une sève que l’on croyait à jamais desséchée. A côté du combat en lui-même, il y a ces attitudes citoyennes significatives de la réappropriation par les peuples de leur destin comme de leur espace de vie. Quel plus bel exemple que celui de cette place Tahrir (Egypte) que ses occupants se sont employés à nettoyer, à repeindre et à retaper une fois qu’ils ont eu à la quitter, leur bataille remportée. Autre signe éloquent, toujours dans ce pays, le taux record de participation populaire au référendum pour avaliser ou rejeter la réforme constitutionnelle.

Cette «spécificité marocaine» sur laquelle on ne cesse de discourir, le temps est venu de lui donner véritablement corps à travers une réforme de fond qui, d’un statut de sujet, nous relève à celui de citoyen aux droits reconnus et respectés. Une réforme qui donnerait à chacun l’envie de s’impliquer dans le développement du pays, nous rendrait la fierté d’être marocains et ferait en sorte que nos jeunes croient à nouveau en leur pays.

Depuis deux semaines, le monde a les yeux rivés sur le Japon. Dans les commentaires, ce qui revient de manière récurrente, c’est l’admiration. L’admiration devant le courage, le sang-froid, la discipline et la dignité des Japonais face à l’épouvantable somme de cataclysmes qui se sont abattus sur eux. Pas de cris, pas de pleurs, des larmes ravalées et un sens de la solidarité exemplaire. Avec des dégâts évalués à la somme astronomique de 300 milliards d’euros, le Japon affronte sa plus grande catastrophe depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais personne ne doute de sa capacité à se relever. Pour ce faire, il possède la plus grande richesse qui soit : la cohésion sociale. Celle-là même qui lui a permis de se redresser après la défaite de 1945. Celle-là même qui nous fait défaut aujourd’hui et qu’il est de la responsabilité de nos gouvernants d’œuvrer à nous restaurer.