Y aura-t-il un troisième choc pétrolier ?

Comment sera géré le choc pétrolier
sur notre économie ?
Quelles seront les conséquences sur
les équilibres macro-économiques ?
Qui va payer les hausses futures ?
La politique économique
aura à  se prononcer sur ces interrogations.

Le prix du pétrole est passé de 9-10 dollars le baril, fin 1998, à 35-40 dollars aujourd’hui, soit une multiplication par 4. Ce mouvement de hausse a surpris par son ampleur. Il n’avait pas été anticipé. Pour ne citer qu’un exemple, la Loi de finances a été construite sur la prévision d’un cours à 23 dollars. En fait, on n’avait pas davantage vu venir le mouvement précédent de baisse. Il est vrai que ces oscillations de grande amplitude tranchent avec une décennie de relative stabilité du prix de pétrole autour de 20 dollars le baril. Le renchérissement du baril suscite la crainte d’un troisième choc pétrolier. Surtout pour des économies importatrices comme la nôtre. La dépendance vis-à-vis du pétrole est encore structurelle. Talsint ne fut qu’un mirage. La trace la plus visible de cette contrainte se trouve dans la facture énergétique. Elle met en jeu des mécanismes macro-économiques non dénués de risques. Elle se répercute sur le prix à la pompe, mais aussi sur les coûts de production des biens et services. Elle entraîne soit une augmentation du prix de vente de ces biens, soit une détérioration de la marge des entreprises.
L’Etat dispose légalement de la possibilité d’ajuster le prix de vente des produits pétroliers en fonction de l’évolution du cours du brut. Il s’est abstenu d’utiliser automatiquement cette faculté. Par souci de sauvegarder les intérêts des ménages et de ne pas alourdir les charges des entreprises. Les implications de ce choix ont été supportées par la Caisse de compensation: entre 2 et 4 milliards de dirhams, selon les années. Par ailleurs, les augmentations des prix internationaux des hydrocarbures ont amélioré les recettes des droits de douane et de la TVA à l’importation. Les variations inopinées du prix du pétrole ont donc des conséquences complexes et peu anodines. Cela pousse à s’interroger sur les causes de ces écarts de grande ampleur et sur les perspectives d’évolution des prix du pétrole.
Dans la conjoncture actuelle, les à-coups de la demande mondiale de pétrole n’ont pas été déterminants sur la formation des prix. Par contre, les conditions de l’offre ont beaucoup joué. Dans l’immédiat, la production est plafonnée par les capacités disponibles. Le ralentissement passé des investissements s’est traduit par une tension sur l’offre. Les stocks, qui ordinairement comblent les écarts entre la production et la demande, ont été anormalement faibles. Depuis l’effondrement du prix du baril en 1998, l’OPEP cherche à resserrer ses rangs sous l’impulsion de l’Arabie saoudite. Une difficile régulation par les quotas, compliquée par les enjeux de la géopolitique. D’autant plus que le marché sert de référence à toutes les transactions.
Quelles perspectives de prix ? Une réalité cruelle pour les prévisionnistes : c’est la grande constance avec laquelle ils se sont trompés sur les prix. Cela est surtout vrai pour le court terme. Parce que les mouvements conjoncturels du pétrole sont brutaux. Cela est vrai aussi pour le moyen terme. Parce que les évolutions structurelles sont lentes. Les deux raisons principales de ces erreurs sont claires. La première est que le comportement et la stratégie des acteurs sont fortement déterminés par des considérations géopolitiques. La seconde est que le marché est caractérisé par des courbes d’offre et de demande toutes deux très peu élastiques au prix. Un tout petit déplacement de l’une ou de l’autre provoque des fluctuations de prix extrêmement violentes. A côté de ce faisceau d’incertitudes, il y a quelques paramètres incontestables. Le pétrole n’est pas une ressource rare. La rétrospective fait apparaître une redistribution entre zones géographiques, mais le rôle du Moyen-Orient tendra à augmenter. Surtout dans une phase de restriction de l’offre américaine et de désorganisation de l’offre russe. Le jeu du balancier géopolitique continuera de fonctionner. Comment sera géré le choc pétrolier sur notre économie ? Quelles seront les conséquences sur les équilibres macro-économiques ? Qui va payer les hausses futures ? Les entreprises en subiront-elles les effets ? Y aura-t-il des conséquences sur les catégories de revenus, sur l’évolution du pouvoir d’achat ? Une chose est claire. La politique économique aura à se prononcer sur ces interrogations