Vulnérabilité alimentaire

Le Maroc importe une part significative des calories qu’il consomme. Ses importations alimentaires devraient augmenter considérablement cette année. Les exportations de produits agricoles, malgré quelques progrès, ne couvrent pas les importations et la balance de nos échanges agricoles reste déficitaire.

Le choc climatique suscite de grandes interrogations en matière de sécurité alimentaire, de hausse des prix des denrées alimentaires et de risque de progression de la pauvreté rurale. Si la menace d’effets négatifs des cours internationaux des produits agricoles de base s’atténue avec la baisse des prix de l’énergie et l’affaiblissement de l’économie mondiale, bien des facteurs sous-jacents de volatilité des prix alimentaires semblent devoir perdurer et vont requérir des soins vigilants pour que la conjoncture ne ravive pas de flambées des prix alimentaires. La vulnérabilité du Maroc risque probablement de s’aggraver cette année en raison de la baisse des rendements, des spéculations, la faiblesse de la productivité agricole et la dépendance à l’égard des marchés mondiaux. Le Maroc importe une part significative des calories qu’il consomme. Ses importations alimentaires devraient augmenter considérablement cette année. Les exportations de produits agricoles, malgré quelques progrès, ne couvrent pas les importations et la balance de nos échanges agricoles reste déficitaire.

Par ailleurs, la question de la sécurité alimentaire risque de devenir critique dans la mesure où la production agricole par habitant va accuser une baisse sensible. La filière céréalière est vraisemblablement le secteur le plus exposé, il occupe plus des deux tiers de la surface agricole utile. Le choc climatique se traduit par une levée tardive et irrégulière, un enracinement médiocre. Il en résultera une production inférieure en quantité et variable en qualité… Mais les autres filières, sucrière, oléagineuse, horticole, ne sont pas moins exposées à la réduction des pratiques culturales et la gestion du risque climatique. La filière de l’élevage et de ses dérivés est de facto menacée par la perte du cheptel sous les effets du renchérissement de l’alimentation du bétail, de la dégradation des parcours et de la complexité de l’organisation commerciale de ces activités. L’agriculteur et l’éleveur sont les premières victimes de cette situation. L’action de compensation a posteriori, conduite au travers des indemnités versées par la puissance publique, aussi importantes soient-elles, couvre insuffisamment les territoires et les victimes et se traduira par un coût d’indemnités élevé. Dans le contexte actuel, l’Etat se trouve dans une posture compliquée, il doit éviter d’alourdir sa charge financière, alors que le développement inégal de l’assurance privée ne lui permet pas d’abandonner entièrement son rôle d’assureur en dernier ressort.

Dans une conjoncture aussi défavorable, les préoccupations relatives à la vulnérabilité du monde rural et à la sécurité alimentaire refont surface. Certes, ces questions structurelles ont évolué avec le temps. Il fut un temps où le Maroc plaçait l’autosuffisance alimentaire parmi ses objectifs principaux de développement. Par cette approche, la politique agricole cherchait à se prémunir contre tout risque extérieur pouvant affecter la disponibilité de denrées alimentaires par le développement de la production locale. Toutefois l’expérience a montré que l’autosuffisance ne se justifie pas dans toutes les circonstances dans la mesure où son coût peut être excessif et qu’elle peut correspondre à un concept sans portée pratique si certaines productions ne présentent pas d’avantages comparatifs dans le contexte naturel du pays.  La sécurité alimentaire peut se traduire par la capacité permanente d’un pays à produire l’alimentation de base de sa population ou à importer cette alimentation grâce aux ressources en devises étrangères procurées par ses exportations ou par le placement de ses capitaux à l’étranger. Par cette approche, l’accent est mis sur l’accès physique et économique aux aliments. Mais il s’avère aussi que l’insécurité alimentaire et la vulnérabilité résultent des effets combinés de divers facteurs tels le niveau insuffisant de production alimentaire, l’utilisation non durable des ressources naturelles, la dégradation de l’environnement, la faiblesse des revenus des agriculteurs et la pauvreté des foyers ruraux. D’où la nécessité d’une approche holistique, abordant les problèmes dans leur globalité dans une optique transversale mobilisant les différentes parties prenantes impliquées dans le développement agricole et rural. En conséquence, s’il est nécessaire de réduire l’exposition à la volatilité du marché par l’amélioration de l’efficience de la chaîne d’approvisionnement et par une utilisation plus efficace des instruments financiers de couverture des risques, l’efficacité d’une politique de résistance à la vulnérabilité future aux chocs liés aux prix est étroitement liée à la capacité de l’Etat de renforcer les filets de protection sociale des foyers ruraux, de promouvoir l’éducation dans les campagnes et d’ améliorer les conditions de vie en milieu rural en s’attaquant au retard de la croissance de la productivité par des investissements accrus en recherche-développement.