Votons Central Park à  Casa !

Insécurité, pollution, trottoirs dangereux, absence d’espaces verts, les divers intervenants dans la chaine urbanistique de la ville ont, semble-t-il, décidé d’ignorer les droits des piétons. Parti de ce constat, l’auteur fait des propositions pour une prise en charge, par les autorités, et par les Casablancais eux-mêmes, de la transformation de leur ville.

Chaque jour, je flâne dans les rues de Casablanca. Et chaque jour, je m’interroge : les différents intervenants de la chaine urbanistique ont-ils décidé d’ignorer les piétons et leur droit légitime de circuler en toute sécurité ? La réponse qui me vient naturellement à l’esprit est : «yes !».
Récemment, j’ai provoqué malgré moi la colère du véhicule qui me suivait en m’arrêtant à un passage pour piétons. En effet, en haut de l’avenue Massira Al Khadra, au niveau des Twins, le premier feu est toujours au vert pour les véhicules allant tout droit, en direction de la place Porte d’Anfa. Toutefois, lorsque la flèche verte s’allume, les véhicules doivent s’arrêter si des piétons traversent. Beaucoup de nos conducteurs ne le savent pas. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais quand nous, les quatre-roues, daignons nous arrêter à un passage pour piétons, nous avons l’impression d’avoir accompli une belle action qui nous vaudra d’entrer au Paradis. Nous confondons ce qui est une obligation avec une faveur, et ce, à tous les niveaux de la société. La rue n’est qu’une illustration bruyante de notre incapacité à assumer nos devoirs.
Si, demain, l’agent de la circulation, lorsqu’il se poste à un carrefour, à l’affût d’un chauffard, comprend que griller un feu rouge ou ne pas respecter un passage pour piétons, c’est pareil, nous aurons fait un grand pas en avant. Pour cela, il faudra, au début, des remontrances aux conducteurs, ensuite, une campagne de communication pour, enfin, passer aux sanctions.
L’anarchie et le manque d’espace réservé au piéton sont évidents dans les rues. Les trottoirs, quand ils existent, sont étroits. Rien n’est prévu pour les personnes à faible mobilité ou les poussettes de bébés. Pourtant, si on s’en préoccupait, cela permettrait de faire des économies sur les pavés des trottoirs d’angle en les abaissant.
Il faut être en excellente santé pour affronter la pollution dans les rues. Cet ennemi invisible qui fait de chacun d’entre nous un client potentiel pour les pneumologues, allergologues et pharmaciens. Nos aînés et nos enfants sont persona non grata dans les rues. Aucun espace vert digne de ce nom. Chaque fois qu’on libère de l’espace, c’est pour mieux bétonner par la suite. Nous aurions un mètre carré de verdure par habitant contre 15 à 20 m2 prévus par les normes internationales. L’idée, partagée par d’autres Casablancais, de transformer une partie de l’ex-aéroport d’Anfa en Central Park «made in Morocco» est une piste intéressante. Mais il faut se dire que, pour avoir le Casa de nos rêves, plus respectueux de l’environnement, avec des citoyens plus responsables, il faut l’inventer ensemble. Chaque Casablancais est actionnaire de sa ville et notre aspiration à mieux y vivre est légitime. Notre Central Park n’est pas un caprice de certains, mais une exigence de tous les Casablancais qui veulent pouvoir respirer sans être obligés de faire régulièrement un pèlerinage à Marrakech. Nous devons offrir du vert à tous les Casablancais et pas seulement à cette petite minorité de la côte ouest. Nos enfants doivent consacrer leur troisième mi-temps à des activités ludiques – sportives ou culturelles – et non pas à faire la queue chez le médecin.
Nos élus doivent méditer cette assertion : être un élu de la nation, c’est d’abord assumer le taklif et non pas profiter surtout du tachrif. Arnold Schwarzeneger, gouverneur de l’Etat de Californie, a symboliquement attaqué en justice l’industrie automobile. Nous ne sommes pas un pays aussi industrialisé que les Etats-Unis, mais nous avons notre lot de «prescripteurs de pollution» : parc vétuste, moteurs mal réglés et un diesel champion du monde en matière de pollution, avec 10 000 PPM contre 50 PPM fixées par la norme européenne en la matière. Le GAP est énorme. La nouvelle de l’arrivée du 50 PPM à la raffinerie de Mohammédia est le plus beau cadeau de fin d’année que l’on puisse recevoir.
Nous devons décréter notre santé prioritaire, agir en amont au lieu de faire des discours. Cela commence par plus de civisme : moins de klaxons, moins de détritus jetés par les fenêtres des voitures. L’exemplarité est importante et la contagion dans ce domaine est possible…
Contrairement à d’autres pays, nous n’avons pas de baromètre mesurant le coût de l’absentéisme des salariés dans nos entreprises, lié aux maladies respiratoires qui les affectent ou affectent leurs enfants. L’impact sur la baisse de la productivité est évident, nous devons réagir.

Quelques pistes sont à creuser :

– Exiger le respect des normes en matière d’environnement pour les entreprises industrielles;
– Ne pas retarder la mise aux normes de notre gasoil (50 PPM) prévue en janvier 2009;
– Généraliser l’horaire continu pour diminuer de 50% les déplacements et la pollution induite.

Il faut, en parallèle, sécuriser nos déplacements. Il est impensable que le nouveau code de la route prévoie des sanctions en cas de non-arrêt à un stop ou à un feu rouge, et aucune si on ne respecte pas les passages piétons. Mais peut-être ai-je mal lu le texte. L’agent de la circulation doit le rappeler à tous les conducteurs : s’arrêter à un passage pour piétons est une obligation, d’autant plus que, même si on l’oublie souvent, nous sommes tous avant tout des piétons. Casablanca le mérite : transformons, tous ensemble, nos vœux légitimes en actions concrètes pour plus de civisme, d’espaces verts et de couleurs. Votons Central Park !