Vivement un autre bâtiment pour le Tribunal de première instance de Casablanca

Outre l’absence quasi totale de sanitaires, il n’y a aucun aménagement qui permette ou facilite l’accès aux personnes en situation de handicap. L’entrée principale se présente sous la forme d’un majestueux escalier d’apparat, symbolisant la force et la puissance de la justice, soit, mais comment feront les handicapés pour accéder au tribunal?

Comme le film mondialement connu, Il faut sauver le soldat Ryan – ce qui fut fait-, il s’agit ici de sauver le Tribunal de première instance de Casablanca. En effet, la ville se développant rapidement, le bâtiment se trouve dépassé par cette rapide évolution que connaît la cité blanche depuis deux décennies. Aujourd’hui, les travaux préparatoires à la construction du Grand Théâtre sont lancés, et déjà les premiers problèmes pointent le bout du nez. D’abord celui du stationnement, qui est primordial pour une Administration publique destinée à régler les problèmes des citoyens. Si pour les magistrats des emplacements réservés sont prévus, (méticuleusement gardés par des policiers) pour le citoyen lambda c’est l’heure de questions existentielles : comment vaquer tranquillement à ses occupations dans le tribunal, lorsque votre cerveau est perturbé par ce qui se passe dehors : vais-je retrouver ma voiture en sortant ? Les dépanneurs viendront-ils ce matin ou feront-ils l’impasse sur le tribunal ? Des questions préoccupantes, qui s’ajoutent aux autres questions juridiques : mon audience sera-t-elle reportée ou pas ? L’avocat viendra-t-il ou se contentera-t-il d’envoyer son stagiaire ? Et le juge lui-même est-il d’humeur badine ou a-t-il la mine des mauvais jours ?

Ensuite, le bâtiment lui-même ne semble plus répondre aux impératifs d’un tribunal, ou du moins à la conception architecturale d’un Palais de justice. Il y a certes de belles salles d’audience, notamment les salles 1, 2, et 3, qui étaient les premières à être construites sous le Protectorat. La galerie des pas perdus est aussi l’une des plus majestueuses du Royaume, avec de belles et élégantes arcades, donnant d’un côté sur la place de l’Hôtel de Ville, et de l’autre côté sur de ravissants jardins andalous, avec patios, fontaines et verdure fort bien entretenus.

Mais pour le reste, notamment la fonctionnalité, il faudra revoir la copie. Outre l’absence quasi totale de sanitaires, il n’y a aucun aménagement qui permette ou facilite l’accès aux personnes en situation de handicap. L’entrée principale se présente sous la forme d’un majestueux escalier d’apparat, symbolisant la force et la puissance de la justice, soit, mais comment feront les handicapés pour accéder au tribunal? Il n’est donc pas rare de voir sur cet escalier deux ou trois personnes unissant leurs forces pour soulever un fauteuil roulant et son occupant afin de le hisser au sommet des marches. Et on se prend alors à penser que ces efforts sont courageux… mais vains. Car une fois à l’intérieur du bâtiment, on monte et on descend des marches tous les cinq à dix mètres : le même étage comprend plusieurs niveaux, abritant des services essentiels pour le quidam: délivrance de copies de jugements, certifications de documents divers, retrait ou dépôt de pièces en rapport avec les dossiers en cours. Bref, on n’arrête pas de monter et descendre, et si on peut argumenter en disant qu’après tout, un tribunal on n’y passe pas sa vie, toute cette architecture tourmentée perturbe également les fonctionnaires, qui eux justement vont passer un moment de leur existence en ces lieux.

En fait, les problèmes sont innombrables, aussi soyons réactifs, et proposons des solutions. L’une d’entre elles consisterait à transformer ce tribunal en musée (établissements dont la métropole manque cruellement), et construire un nouveau Tribunal de première instance (doté d’un parking souterrain conséquent), soit dans un coin du jardin de la Ligue Arabe (entièrement envahi le soir par des hordes de clochards et autres individus louches), soit, et ce serait le meilleur emplacement, en plein Boulevard Hassan II, à l’emplacement de l’ancienne Caserne Heude, aujourd’hui dévolue aux pratiquants de rollers, skate-board ou autres engins à roulettes. Ce qui permettrait de faire d’une pierre deux coups : rentabiliser l’espace de l’ancienne caserne, (on ne laisse pas nu un terrain pareil en plein centre-ville), et exploiter le bâtiment du tribunal comme espace de culture et de loisirs. Messieurs les décideurs, il serait temps de réfléchir à la question, sachant que pour un projet pareil plusieurs administrations et collectivités locales doivent se mettre d’accord, en vue d’améliorer l’attrait de Casablanca, également par le biais de la culture, modérant son étiquette de ville d’affaires, froide et impersonnelle !