VÅ“ux de bonheur

Peu de mots sont autant galvaudés, ces temps-ci, que celui d’identité. Sous sa forme la plus réductrice: chacun n’aurait qu’une seule identité, se trouverait défini par elle, se verrait jugé, serait appelé à se juger en fonction d’elle. Alors que chacun d’entre nous a des identités multiples, alors que la personnalité de chacun est faite au mieux de la synthèse, au pis de la juxtaposition conflictuelle d’identités multiples. «Les Arabes sont…»; «Le Français peut…» (ou ne peut pas). L’article défini permet de simplifier le groupe rejeté, dans la crainte ou le mépris, ou dans la sainte simplicité du préjugé. Que de tels abus de langage et de pensée puissent être encore répandus, qu’ils puissent se pratiquer encore dans tel manuel scolaire aujourd’hui est proprement effaré, insensé, inadmissible. Au Maroc, on est berbère ou arabe, fassi ou marrakchi, rajaoui ou wydadi, ghiwani ou jilali… Pourquoi ce formidable regain de l’identification à une «ethnie», une cité, un club, une bande, un groupe musical ? Parce que l’identité réductrice constitue un refuge contre la difficile liberté. En s’enfermant dans une appartenance, on peut refuser de voir que la personnalité est formée à partir d’une multitude d’appartenances. Les prendre en compte contraint à mieux se comprendre pour mieux se définir, pour être davantage que la somme de ces appartenances identificatrices.