Vanité des vanités

Devrait-on rappeler que l’importance est rarement dans la posture qui cherche à  l’affirmer et à  l’afficher ? Tout est vanité.

A ce graphomane, plumitif de la main gauche, qui me bat froid depuis qu’il s’est senti visé par une de mes piques, à ce peintre installé qui ne me salue que du bout des doigts d’une seule main parce que j’ai «l’impudence» de ne pas l’assimiler à Picasso ; à ce cinéaste qui honnit tout journaliste «irrévérencieux», à ces maîtres parleurs, hérauts de la bien-pensance, qui nous assènent doctement des platitudes sidérales ; à ceux-là et à leurs semblables, je recommande urgemment la lecture d’un livre fort plaisant, délicieusement impertinent, comme le suggère son titre : «Les petits poissons rouges contre l’esprit de sérieux et les gens importants».

Pierre Boncenne, son auteur, y pointe les infinies variétés de la fatuité et de la cuistrerie, banales expressions de l’esprit de sérieux. Il repère, pour s’en étonner, «ces infimes dérèglements psychologiques ou sociaux qui, à force de s’accumuler, conduisent aux poses emphatiques et aux manières outrecuidantes. Nul besoin de chercher loin : de la politique aux affaires, en passant par les arts et les médias, les maîtres éminents sont légion. Ils avancent en terrain conquis, sûrs que la société leur renverra le reflet de leur réussite.

Ils parlent haut et fort, attentifs surtout à l’attention qu’on leur accorde, ne s’étonnant parfois que d’une hérésie : n’être point écoutés, ne pas être entourés d’une foule de courtisans rampants. Devrait-on rappeler que l’importance est rarement dans la posture qui cherche à l’affirmer et à l’afficher ? Tout est vanité.