USFP : un congrès pour rien ?

Au banc des responsables historiques de ce «fiasco politique» qui dure depuis bientôt six ans, une direction accrochée comme berniques à  ses petites souverainetés. Situation hallucinante : son manque d’écoute
à  l’égard des cris qui montent de l’opinion publique,
son incapacité à  tirer la moindre leçon de tous
les flops de ces dernières années.

Depuis le début des préparatifs de son huitième congrès, l’USFP s’était fixé un objectif et défini progressivement une méthode. Objectif : remettre à plat les institutions du parti, définir une ligne politique crédible. Dans un environnement politique en recomposition, l’USFP se devait de devenir plus transparente dans son système de gouvernance et plus efficace dans ses prises de décision. En vue des élections de 2009, il fallait clarifier les perspectives des alliances, les postures à prendre face ou dans le gouvernement.

Et le rapport adopté par le conseil national présentait la méthode clef : une réforme du mode d’élection des instances dirigeantes par l’adoption du système des listes. En gestation, donc : une direction et une ligne politiques, décidées de manière démocratique par des représentants démocratiquement élus. Et tout cela dans une transparence rare, à faire rougir n’importe quel parti moderne. Une révolution.

Seulement voilà, rien de plus rigide que le conservatisme des institutions. L’étendard du statu quo a flotté au-dessus du congrès de Bouznika, ce week-end. La direction reste ce qu’elle était. Le changement attendra. Ainsi en ont décidé les congressistes socialistes. Le 15 juin, ils ont reporté l’heure des grandes décisions, reconduit sans enthousiasme la direction qui incarnait l’échec de septembre. Après le coup de torchon des élections, qui avait vu les citoyens se détourner de ses candidats, le parti décidait de la convocation d’un congrès pour y puiser une nouvelle légitimité.

Il escomptait renouveler sa direction. C’est manqué. Il espérait que la base se prononce sur la ligne politique suivie depuis les élections. C’est raté. Mais qu’est-ce qui ne va donc pas à l’USFP pour qu’on en soit là ? Eh bien, disons qu’à l’ouverture du congrès, le système des listes a été dévoyé de sa finalité. La focalisation sur la composition des équipes a conduit à des compromis de plus en plus difficiles à conclure (et mécaniquement, quand ils ont lieu : de plus en plus fadasses…).

Disons également que les délibérations sur les questions politiques et sur les procédures de prise de décision ont été zappées. Disons enfin que les congressistes, peu informés sur les fondements du système des listes, n’ont pas supporté que les coulisses prennent le pas sur le débat ouvert. Et qu’on ne leur demande en fait leur avis que pour leur conseiller «à peine gentiment» de dire «oui» à des décisions politiques prises sans eux (ainsi qu’à des compromis politiques boiteux, élaborés dans d’autres sphères, forcément à huis clos…).

D’où la montée d’un climat délétère, ouvrant la voie à la surenchère, excitant une base en attente d’un débat de fond dont l’absence a définitivement plombé les objectifs du congrès. Exit l’annonce du changement, exit l’éthique de comportement ; les symboles : pas de souffle, pas de projet global bien défini, pas de perspective clairement affirmée, juste des inventaires de listes, de noms qui circulent, des ajouts et des retraits, des fusions et des recompositions, des «choisis» reclassés autrement que dans une version précédente (sinon refourgués en vrac…).

L’éclatante et navrante démonstration que l’USFP est face à une triple crise : crise de projet, crise de stratégie et d’alliance, mais aussi crise de leadership. Aujourd’hui, il n’y a pas un leader qui s’impose. Un parti de cette épaisseur militante, cela se respecte. On ne s’autoproclame pas leader. Un leadership, cela se construit.

A la différence d’autres composantes du champ politique où la tendance «bonapartiste» semble se reconduire d’année en année, la gauche social-démocrate ne souhaite plus se mettre au service d’un conducator mais suivre un leader dont le rôle est d’aider à définir une position de rassemblement, de la faire respecter et de la représenter.

Les remous actuels sur le renouveau étaient prévisibles sachant que l’USFP n’a pas encore réussi à faire son aggiornamento organisationnel, cette rupture qui lui est indispensable pour s’assumer comme un parti de gauche moderne et réformateur, ayant rompu avec les lubies du passé. Alors, au banc des responsables historiques de ce «fiasco politique» qui dure depuis bientôt six ans, pointons surtout du doigt une direction, accrochée comme berniques à ses petites souverainetés.

Situation surréaliste : elle reste ainsi désespérément «scotchée» au seul prisme d’une participation au gouvernement qui fleure bon la frilosité ou les attraits du pouvoir ; hallucinante : son manque d’écoute à l’égard des cris qui montent de l’opinion publique, son incapacité à la remise en question et à tirer la moindre leçon de tous les couacs et flops de ces dernières années. Mais la direction n’est pas seule en cause.

Nous sommes face à des structures et des comportements qui ne permettent pas de faire franchir au parti le seuil qualitatif lui permettant de surmonter ses actuelles difficultés structurelles, institutionnelles et politiques. Telle est effectivement, navrante, l’actuelle situation de l’USFP : tant est consternant le défaut d’ambition pour le parti ; tant est invraisemblable le manque d’imagination politique ; tant est incroyable l’absence de perspective historique qui semble aujourd’hui l’habiter.

Mais on ne peut pas se contenter de contempler, désolés, le spectacle d’une USFP qui tombe dans des pièges qu’elle s’est elle-même tendus et épouser le réflexe du repli comme palliatif à l’absence d’une ligne directrice.

Il y a sans doute d’autres procédures à mettre en place : relancer le débat politique sur les enjeux de notre société, prémunir l’organisation contre les dérives populistes, nihilistes et opportunistes, bâtir de véritables structures délibérantes, organiser une procédure de gestion des courants, de régulation des tensions et de prise de décision, etc. Bref : redéfinir le projet de vie du parti. Et, autant que possible, avec les militantes et militants. Il y va de l’avenir de la démocratie dans notre pays .