Une vision pour l’Afrique

le Maroc peut profiter de la croissance de son continent et inversement nous pouvons contribuer à  atténuer les risques auxquels devront faire face des pays africains en termes de démographie, d’urbanisme, d’environnement et de sécurité. Pour cela, le Maroc doit continuer à  faire la démonstration qu’il a une expertise, une connaissance du continent et des valeurs qui lui permettent d’être un partenaire utile, fiable et loyal, prêt à  partager avec ses partenaires une vision d’un développement harmonieux du continent

Il n’y a pas un mois qui s’écoule sans que le Maroc n’abrite un événement sur un thème ou un autre relatif à l’Afrique. Ce sont autant d’heureuses manifestations pour consolider le renouveau de notre politique africaine. Un renouveau qui – au delà de la tenue des forums, d’initiatives diplomatiques au gré des événements, de visites de délégations- est toujours en quête d’une vision globale, cohérente, fondatrice d’une réelle stratégie africaine du Maroc. Construire cette vision, c’est d’abord se donner un objectif clé et établir une stratégie pour l’atteindre. L’objectif c’est l’enracinement de notre appartenance au continent africain. La stratégie c’est établir la démonstration qu’une partie de notre avenir se joue sur le continent. L’élaboration d’un cadre stratégique approprié à notre politique africaine présenterait l’avantage de produire un référentiel de base qui clarifierait aux responsables administratifs et aux entrepreneurs privés les enjeux que représente la coopération avec les pays africains dans le contexte géopolitique actuel. Il s’agit de se débarrasser du discours classique et d’empathie sur nos liens séculaires et de prendre la mesure non seulement des atouts du Maroc sur son continent, mais aussi des défis auxquels il nous faut faire face dans une région du monde soumise aux tensions d’une transformation accélérée et d’une compétition féroce. De ce point de vue, la définition d’une stratégie globale à l’égard du continent permettrait de faire travailler ensemble des départements ministériels dont les actions peuvent s’avérer divergentes, parfois contradictoires. Elle renforcerait le maillage des interventions des différents acteurs: opérateurs publics, CGEM, entreprises présentes en Afrique, société civile. Elle accroîtrait la synergie entre les politiques de coopération économique, sociale, culturelle, migratoire, civile et sécuritaire. Elle permettrait de dépasser les clivages administratifs ou autres pour donner plus de cohérence à une politique d’ensemble dans cette Afrique en mouvement.

Mais la définition d’une politique africaine à travers un cadre stratégique ne suffira pas à impulser dans la gestion quotidienne une meilleure coordination des différents acteurs de la politique africaine. Le dispositif institutionnel qui gère les interventions dans le continent est composé de nombreuses structures qui souffrent d’une absence de vision globale. Ce qui réduit la cohérence des choix dans certains domaines de la coopération et atténue l’efficacité de la gestion de cette coopération dans les zones où sont intimement associées des problématiques de développement et de sécurité. Cette situation appelle nécessairement des mécanismes de coordination. Aujourd’hui, il n’y a pas visiblement de lieu où les différents acteurs réfléchissent à leurs intérêts communs et aux synergies qu’ils peuvent dégager. Il faut le créer. Cela permettrait à chacun des acteurs de s’approprier une stratégie collective, des objectifs communs au-delà des différences légitimes entre industriels, diplomates, universitaires et sécuritaires. Cela permettrait également de veiller au respect des engagements pris dans les multiples conventions et accords bilatéraux.

Il semble évident que l’Afrique de l’Ouest va continuer de constituer, dans les années à venir, une zone d’attention cruciale pour notre diplomatie, nos entreprises et notre appareil sécuritaire. Parce qu’elle a toujours représenté le centre de gravité de notre politique dans le continent, mais aussi en raison des liens humains tissés dans cette région. Cette priorité devrait s’accompagner d’un investissement résolu, centré sur l’économie, en direction des pays dynamiques des régions anglophone et lusophone. Sur le fond, l’Afrique est plurielle. Notre stratégie doit être modulée en fonction de nos avantages comparatifs et des enjeux spécifiques à chaque région, voire à chaque Etat partenaire. Les problématiques de sécurité et de croissance de la majorité des pays africains se posent à une échelle régionale (Sahel, la Corne de l’Afrique, la région des Grands Lacs), c’est le cas en matière d’infrastructures de transports, d’énergie ou d’exploitation des ressources naturelles, c’est le cas en matière de commerce avec la création d’espaces économiques communs. C’est également vrai dans la lutte contre les trafics qui se jouent des frontières dans l’espace ouest-africain et sahélo-saharien. Or l’organisation de la relation avec le continent est encore presque exclusivement bilatérale ; l’approche régionale n’est pas suffisamment appuyée. Nous investissons très peu les organisations régionales.  

Aujourd’hui nous sommes convaincus que le Maroc peut profiter de la croissance de son continent et qu’inversement nous pouvons contribuer à atténuer les risques auxquels devront faire face des pays africains en termes de démographie, d’urbanisme, d’environnement et de sécurité. Pour cela, le Maroc doit continuer à faire la démonstration qu’il a une expertise, une connaissance du continent et des valeurs qui lui permettent d’être un partenaire utile, fiable et loyal, prêt à partager avec ses partenaires une vision d’un développement harmonieux du continent.