Une reprise de la croissance en 2012 ?

Une reprise de la croissance en 2012 ? Sur de tels déséquilibres et tensions, si peu de ressorts et de si faibles marges de manoeuvre des politiques économiques, cette reprise annoncée ne mérite au mieux que le bénéfice du doute.

L’économie marocaine a subi une série de micro-chocs. Financier tout d’abord avec la crise internationale, politique ensuite avec l’effet du printemps arabe. Chacun à sa manière, a perturbé le cours de la croissance et la tenue des comptes internes et externes. Les mécanismes de transmission de la crise mondiale ont emprunté les circuits des exportations de biens et services, les recettes du tourisme, les transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger et les investissements directs étrangers. Le système financier, du fait qu’il n’a pas encore atteint un niveau d’intégration aux marchés internationaux suffisamment significatif, a été relativement épargné. Les effets du printemps arabe se sont diffusés par le canal des dépenses publiques imprévues soumettant le budget à de fortes sollicitations hypothéquant une gestion saine de ses comptes. Dans la trajectoire de ces années de turbulences, le discours officiel sur la résilience de l’économie marocaine a été repris à l’unisson par le gouvernement et l’administration. Fondé à l’origine par la physique mécanique pour expliquer la résistance des matériaux aux chocs, le concept a emprunté un détour du côté de la psychologie, pour signifier l’apport des qualités individuelles face aux risques de troubles, avant d’atterrir sur le champ des économistes soucieux de relever les capacités des économies dans une situation de crise.

Aujourd’hui tout laisse deviner que la succession des chocs a fini par déstabiliser le trend de la croissance et les équilibres péniblement construits sur la durée. La résilience s’estompe et les fragilités structurelles ressurgissent. Les facteurs de résistance se transforment en sources d’inquiétudes : la croissance ralentit, la marge de manœuvre budgétaire se consume, le déficit commercial se creuse, le compte courant se dégrade. De plus, les déficiences structurelles de l’économie marocaine, en partie cachées par l’euphorie de la performance globale, étalent la faible compétitivité de l’économie, l’étroitesse du marché intérieur, les dysfonctionnements majeurs de certains secteurs de l’économie, la lenteur de la diversification du système productif, les retards dans l’effectivité des réformes. Des déficiences qui nourrissent les tensions sur le marché du travail, les injustices des inégalités sociales. Il ne reste des présupposés de la résilience que peu de signes. L’aube de 2012 est inquiétante et dévoile des questions ouvertes. Macro-économique: comment reconstituer la marge de manœuvre budgétaire alors que la facture des engagements pris est encore impayée, comment remobiliser le potentiel de croissance dans un environnement politique psychologiquement peu rassurant ? Micro-économique: qu’en sera-t-il des entreprises quand elles sont sous contrainte de nettoyer leurs bilans: charges nettes d’intérêts élevées, sureffectifs non encore ajustés dans l’espoir d’une reprise, conditions de financement bancaires et de marché plus difficiles, taux d’autofinancement et de marge en baisse ? Financier : que reste-t-il des capacités de financement lorsque les taux d’intérêt sont toujours déterminants et que le circuit de désintermédiation est inopérant par manque d’attractivité de la Bourse et réticence des entreprises à s’exposer aux marchés financiers ? Sur ce fonds de fragilité macro et micro-économique, le consommateur reste pour l’heure agrippé à une détermination dans la défense de  son revenu disponible et son pouvoir d’achat. Dans ce contexte, si les nombreux facteurs qui flottent au-dessus de l’économie nationale se recouvrent ou coïncident, une tempête pourrait être en train de se former à l’horizon.

Une reprise de la croissance en 2012 ? Sur de tels déséquilibres et tensions, si peu de ressorts et de si faibles marges de manœuvre des politiques économiques, cette reprise annoncée ne mérite au mieux que le bénéfice du doute. Il n’existe devant nous que des voies sous optimales avec, au mieux, un régime de croissance molle ne permettant pas de purger, rapidement, les déséquilibres accumulés ces trois dernières années. A quelle vitesse convient-il de mettre en œuvre une politique budgétaire restrictive? La question révèle un dilemme. Compte tenu de la fragilité de la reprise, il pourrait être contre-productif de procéder à un resserrement tellement fort et précoce qu’il gênerait la relance d’une croissance suffisamment solide. Néanmoins, une amélioration de l’état des finances publiques faciliterait grandement la conduite des réformes nécessaires pour amener à son terme le processus de reconstruction des équilibres. Ce que nous allons vivre dans les mois à venir n’est pas aussi exceptionnel que cela. Les crises deviennent récurrentes. On dit des crises qu’elles sont comme la beauté des femmes, difficile à définir mais aisément reconnaissables lorsqu’on les croise. On dit aussi de la posture des décideurs dans des situations de crise qu’elles ressemblent à celle d’un équilibriste sur sa corde. Le prochain gouvernement doit convaincre de son sens de l’équilibre et de son habilité pour éviter une chute périlleuse.