Une rentrée politique mitigée

Dans les pays démocratiques, après une courte trêve estivale le gouvernement au grand complet fait sa rentrée politique autour de son chef, pour plancher sur les dossiers de la rentrée et surtout marquer l’unité de l’Exécutif face aux tensions intestines.

Dans les pays démocratiques, après une courte trêve estivale le gouvernement au grand complet fait sa rentrée politique autour de son chef, pour plancher sur les dossiers de la rentrée et surtout marquer l’unité de l’Exécutif face aux tensions intestines. Chez nous, notre gouvernement est plutôt empêtré dans un exercice politique plutôt hallucinant. L’été a été mitigé pour l’Exécutif : éclatement de la majorité, popularité en berne et attentes grandissantes, cafouillages de communication. Certes, le gouvernement a bénéficié des retombées de la bonne année agricole et de la baisse du prix des carburants. Mais il ne faut pas espérer que ces coups de pouce suffiraient à convaincre les Marocains du volontarisme de l’Exécutif. Après les interventions médiatiques du printemps, le chef du gouvernement s’est fait plus discret cet été. Et pour cause, sa cote de popularité a pris un coup. Les couacs dans la gestion de quelques dossiers, les critiques des anciens alliés, les accusations de passivité politique et d’inaction dans la mise en œuvre des réformes institutionnelles…, la liste des reproches était très longue. Il espère profiter de cette séquence pour rependre la main en tirant le bilan de cette année semée de couacs, de doutes et d’interrogations. Car la force du chef du gouvernement durant les premières années de sa gouvernance est devenue une source d’inquiétude : il était insaisissable par ses interlocuteurs politiques, il est devenu insaisissable par l’opinion. L’état d’indulgence, perceptible avant l’été en lieu et place d’un état de grâce, s’est transformé en impatience. A la Primature comme au gouvernement, on réfute cependant cette logique de court terme qui voudrait qu’un jugement d’incapacité soit déjà prononcé. On veut considérer que le chef du gouvernement a fait le choix d’inscrire son action dans la durée, qu’il mesure la gravité de la situation et en même temps qu’il ne faut pas faire preuve d’affolement. Il ne cesse de le répéter lui-même, réfutant les critiques d’inertie : la réforme se poursuit à son rythme. Mais dans le fond il sait que le seul bilan à venir rapidement est celui des efforts qu’il faudra fournir. Il sait aussi qu’il ne se trouve plus grand monde pour se laisser endormir par ce discours.

Au mois d’août, comme chacun sait, la vie publique tourne au ralenti. Mais le réveil risque d’être brutal. Au vu de la délicate posture dans laquelle se trouve le pays, on se serait attendu que le chef du gouvernement somme ses ministres de mettre leurs grandes vacances à profit pour réfléchir sur l’agenda des réformes. Qu’ils viennent présenter leurs devoirs de vacances au locataire de la Primature, qui devrait s’en inspirer pour proposer une feuille de route censée préparer le pays à affronter l’avenir immédiat. On ne peut s’empêcher de douter que tous les ministres aient fait leurs devoirs. Pourtant la «liste de priorités urgentes» figurant dans l’agenda politique depuis des mois est longue : retour à l’équilibre budgétaire, relance de la compétitivité et de l’emploi, rénovation du système de protection sociale, réformes de la Caisse de compensation et des retraites, du système éducatif, la régionalisation.

Tout en haut de la pile des dossiers chauds de la rentrée, la question du Sahara avec ses risques politiques et ses enjeux diplomatiques. Aucun de ces importants dossiers n’est «pris à bras-le-corps» jusqu’à présent par l’Exécutif. Au vu des difficultés actuelles, on est frappé par le caractère «surréaliste» des déclarations de quelques ministres ou futurs ministrables. Les sorties médiatiques se focalisent sur la reconfiguration des équilibres entre partis, au sein du futur gouvernement, la redistribution des maroquins et laissent sur le perron les réajustements de la politique gouvernementale. Pourtant, le dernier discours royal a jugé le bilan de l’actuel gouvernement insuffisant. La plupart des ministres semblent comprendre de travers la vision prescrite et se laissent aller, ici et là, à des élucubrations hallucinées. Les uns promettent le bien-être pour tous. La autres font l’impasse sur les réformes douloureuses nécessaires à une telle rénovation du pays. C’est peu crédible à l’égard d’une population qui pressent depuis bien longtemps que des coups de rabot dans les «acquis sociaux» lui pendent au nez. Tout ceci laisse pantois.

La pause estivale politique se termine. Il n’y a pas que la météo de cette fin d’août qui connaît des pics de chaleur. À court terme, les dossiers brûlants s’accumulent. La recomposition gouvernementale tout d’abord. Le chef du gouvernement est préoccupé par l’état de sa majorité actuelle, au sein de laquelle des grincements commencent à se faire entendre. Le PPS et le MP ont fait savoir qu’ils n’accepteraient pas de voir leur influence diminuer. Nous sommes ensemble dans l’action au service de la recomposition, disent-ils. Ensemble, oui, mais pas sans nuances, notamment sur les ajustements à introduire. Une recomposition conduirait-elle à l’augmentation des postes ministériels pour satisfaire les revendications des uns et des autres ? L’assainissement budgétaire ensuite. Le gouvernement doit aussi s’atteler au budget de rigueur nécessaire pour tenir les engagements de réduction des déficits. Le gouvernement aura à préciser et actionner les leviers de la réforme des finances publiques s’il souhaite continuer de bénéficier de l’appui financier des organismes internationaux et des bailleurs de fonds. Enfin, les réformes de la Caisse de compensation, des régimes des retraites et du système éducatif : accusé d’inaction par l’opposition, le chef du gouvernement semble faire du surplace sur ces dossiers. Pendant ce temps, les dossiers plus politiques de la régionalisation et du Sahara reviennent au devant de la scène. Des sources de nouvelles difficultés.

Quelle que soit la configuration que prendra la future nouvelle majorité, chacune de ses composantes aura à préciser sa vision ou ses positions sur les grands thèmes de la politique publique : le social, l’économie, la diplomatie et la gouvernance institutionnelle. Verra-t-on poindre des clivages sur ces thèmes sensibles ? Le chemin est déjà étroit pour le chef du gouvernement qui doit contenir les divergences de sa majorité sur la recomposition gouvernementale. Quoi qu’il en soit, les vacances sont bien finies pour l’Exécutif, la rentrée sonne comme l’heure de vérité. Le gouvernement doit monter au front afin d’annoncer une rentrée politique plus ferme et une accélération du rythme des réformes. Sera-t-il en mesure de faire une rentrée «tonique» pour enrayer la mauvaise dynamique de l’été. Jusqu’à présent, aucun signe ne semble l’indiquer.