Une Loi de finances dans la tourmente

Une grande incertitude pèse sur les prévisions pour 2009 : celle du degré de résistance de l’économie nationale au ralentissement mondial.

En temps normal, le présent projet de Loi de finances pour 2009 aurait pu susciter une large adhésion. Les motifs de satisfaction ne manquent pas, qu’il s’agisse de la consolidation de la discipline budgétaire, des efforts de remise à niveau de plusieurs secteurs, de la relance du social, de la prévision des recettes. L’exercice prend toutefois un relief particulier cette année, dans la mesure où les principaux éléments du scénario macroéconomique retenu par le gouvernement pour élaborer le projet de Loi de finances sont restés déconnectés de l’environnement international.
Depuis le second semestre, la crise mondiale s’est spectaculairement accélérée. Cette crise pèse très fortement sur les conditions de financement de l’économie, par le double canal du rationnement du crédit bancaire et du tarissement des financements de marché. En Europe, on évoque une «crise du modèle de croissance» fondé sur l’abondance du crédit et l’importance du secteur immobilier, deux moteurs de l’activité désormais en panne. La zone euro serait particulièrement touchée, ne serait-ce que par le recul de sa devise par rapport au dollar. Ainsi, les récentes prévisions du FMI font état d’une panne de croissance dans la zone euro, ce qui limiterait la progression annuelle du PIB à 0,2 % en 2009.
Partout le ralentissement économique mondial assombrit sérieusement les perspectives budgétaires. La consommation des ménages – déjà sérieusement handicapée par l’inflation et par l’effet d’appauvrissement engendré par la crise immobilière – et l’investissement des entreprises s’en trouvent directement affectés. La chute sans précédent de la consommation mondiale observée ces dernières semaines, notamment aux Etats-Unis et en Europe, conduit en outre à privilégier un scénario baissier. Avec cette perspective, les déficits budgétaires des États s’aggraveraient : au surcroît de dépenses entraîné par les mesures d’urgence s’ajouterait un sensible tassement des ressources fiscales.
La crise financière et économique que le monde traverse ne peut qu’inciter à la plus grande prudence sur la prévision de croissance au Maroc. Il y a quelques mois, le scénario macro-économique retenu pouvait encore tabler sur une croissance sensible de la demande mondiale adressée au Maroc. Aujourd’hui, ces prévisions doivent être revues à la baisse. Les prévisions macroéconomiques sont fondées, comme de coutume, sur les hypothèses conventionnelles relatives aux cours du baril de pétrole, à la récolte céréalière, à la demande mondiale adressée au Maroc. Si la flambée des cours des matières premières semble désormais clairement achevée et la pluviométrie de bon augure, le scénario macroéconomique d’ensemble reste sensible à la survenance de divers aléas, à fortiori dans les conditions de ces dernières semaines.
Pour 2009, le gouvernement a présenté une prévision de croissance située autour de 6%. Une hypothèse de croissance vive soutenue d’un côté par une consommation bénéficiant de la baisse de l’inflation et d’une révision du barème de l’IGR et, de l’autre côté, par une accélération de l’investissement public, permise notamment par une forte amélioration des rentrées fiscales (40% de l’IS) et des revenus de patrimoine (transferts de Bank Al Maghrib et de l’OCP).
Le gouvernement se montre optimiste quant à la progression du pouvoir d’achat. Le scénario de la bonne tenue de la consommation présuppose une résistance assez forte des ménages aux effets d’une probable détérioration du marché du travail en 2009, suite au ralentissement des exportations de biens manufacturés. Quant aux prévisions relatives à l’investissement, elles sont globalement favorables.
Elles intègrent notamment les effets du redressement progressif de la consommation des ménages, de l’élargissement du crédit et de diverses réformes en faveur des entreprises, ainsi que l’hypothèse sous-jacente d’un retour à une plus grande normalité des marchés financiers. Le scénario sous-estime les contraintes à l’investissement des établissements publics et des entreprises privées. Comme il semble surestimer celui des ménages. Le retournement du marché de l’immobilier, attesté par les récentes baisses du volume des transactions et des mises en chantier, entraînerait un recul de l’investissement en logement des ménages, après ces années de croissance ininterrompues.
Le scénario de la Loi de finances apparaît légèrement optimiste. Sans doute le serait-il moins si les prévisions étaient actualisées à l’aune des développements financiers et économiques de ces dernières semaines. Les perspectives macroéconomiques concernant le Maroc sont évidemment directement dépendantes des évolutions de l’environnement international. Plus encore que les années précédentes, les turbulences actuelles doivent conduire à faire de preuve de prudence dans l’interprétation des prévisions gouvernementales. Une grande incertitude pèse sur les prévisions pour 2009 : celle du degré de résistance de l’économie nationale au ralentissement mondial.