Un président de tribunal original !

En général, un président gère un seul tribunal… sauf à  Casablanca, ville tentaculaire. Ainsi, le président du tribunal de Casablanca doit gérer, lui, plusieurs tribunaux, du fait de l’éparpillement des bà¢timents. Le pôle civil se traite dans le grand tribunal jouxtant la wilaya, le pôle pénal est localisé à  Ain-Sebaà¢, les affaires de statut personnel sont à  Hay-Hassani.

On a souvent traité dans ces colonnes de ce qui se passe dans les tribunaux. En ces lieux, toute une population se croise, travaille, prospère, et fait tourner la machine, en un ballet incessant, mais (assez) bien huilé. Chaque tribunal du Royaume est dirigé par un président, dont les tâches sont aussi multiples que variées. En tant que magistrat et par amour de son métier, le président peut siéger en audience publique, alors que rien ne l’y oblige. Il reste alors en contact permanent avec les justiciables, les avocats, et se trouve de ce fait en permanence au courant des derniers développements du droit.

Mais tous les présidents ne sont pas identiques, à part le titre et la fonction. Ce poste est, sur le plan protocolaire, très important: dans une cité, le président du tribunal de première instance est le troisième personnage après le gouverneur (ou wali) et le préfet de police. Il représente le pouvoir législatif et, plus important, il connaît les lois et règlements en vigueur ; aussi, pas un préfet, ou un dirigeant policier, ne saurait prendre une décision importante sans en référer au préalable au président du tribunal. C’est dire si le poste est important, et plus on s’éloigne des grands centres urbains, plus son rôle et son importance augmentent. En général, un président gère un seul tribunal…sauf à Casablanca, ville tentaculaire.

Ainsi, le président du tribunal de Casablanca doit gérer, lui, plusieurs  tribunaux, du fait de l’éparpillement des bâtiments. Le pôle civil se traite dans le grand tribunal jouxtant la wilaya, le pôle pénal est localisé à Ain-Sebaâ, les affaires de statut personnel sont à Hay-Hassani. Il s’agit donc pour lui de veiller au grain, et pour ce faire, les vice-présidents sont choisis avec soin afin de répondre aux diverses sollicitations en tous genres.
Mais, on l’a dit, ce poste  est sensible, et certains présidents deviennent imbus de leur personne, hautains, rigides, ne souriant que très peu…, en un mot, ils s’incarnent pleinement et totalement dans leur rôle de «justiciers». Dans certaines villes, ils sont enfermés dans leurs (luxueux) bureaux, retranchés derrière un secrétariat infranchissable, et peu accessibles au commun des mortels. A leur porte veille un agent de police (incarnant lui, la force publique), rendant le président encore plus inabordable. Pourtant, ce ne sont pas les problèmes qui manquent…

A Casablanca, les justiciables ont eu la chance de tomber sur un président hors-normes, démentant à lui seul tous les clichés en vigueur. Pourtant, c’est le tribunal le plus grand du Royaume : des kilomètres de couloirs sur trois niveaux, des centaines de bureaux, des dizaines de fonctionnaires en tous genres (magistrats, greffiers, secrétaires, appariteurs, chaouchs, coursiers, vacataires, etc.), des milliers de justiciables, une animation permanente, une agitation incessante…

Et au milieu de ce tohu-bohu, un président en charge de tout ceci. Loin de lui l’idée de s’isoler dans son antre, son rôle lui impose d’être présent en permanence…et presque partout. C’est que dans un tribunal, la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Les observateurs de la chose judiciaire ne s’y sont pas trompés, en apprenant la dernière convention signée par les ministères de la justice et de l’intérieur. Quelques centaines d’agents d’autorité (entendre policiers, forces auxiliaires, voire  gendarmes dans le monde rural) seront immédiatement affectés aux tribunaux marocains. Afin, tout simplement, de mettre un terme à la pagaille qui souvent y règne. A Casablanca, ville de tous les excès, le palais de justice est en général assez calme. Le président fait contrôler les entrées (c’est un tribunal, pas un hall de promenade), intervient en cas de litige bruyant entre des parties, calme les avocats qui s’emportent dans la défense de leurs clients, apaise les magistrats irrités par des comportements douteux. En un mot, il fluidifie l’organisation judiciaire, pour le plus grand bonheur des justiciables /contribuables, ainsi d’ailleurs que des professionnels de la justice. Il fut un temps promu président d’une Cour d’appel, mais ses talents de conciliateur affable l’ont vite ramené à Casablanca, qui a toujours besoin d’un arbitre tant les conflits sont légion. Le ministère de la justice gagnerait assurément à multiplier des hauts fonctionnaires aussi passionnés par leurs fonctions, assurant ainsi un service public de qualité, pour le plus grand bonheur des justiciables, rassurés d’avoir un président toujours disponible, à leur écoute !