Un jour comme on les aime

Quand le Pr Moussaoui a pris en charge le service
de psychiatrie de l’hôpital Ibn Rochd,
celui-ci était connu comme le «Pavillon 36», un espace
de réclusion sordide où le malade mental était
le «fou» dont on se débarrassait en le jetant
dans un service dépourvu des moyens
de fonctionnement les plus élémentaires. Le résultat aujourd’hui est là, visible à l’œil nu. Un exemple
de plus de ce que le travail et l’engagement
associatif permettent de réaliser.

Vendredi dernier, au Centre psychiatrique Ibn Rochd de Casablanca, c’était un jour comme on les aime avec, là où le regard se porte, des visages de concitoyens qui font votre fierté. «Faire du bien, c’est comme faire du sport. Plus on en fait et plus on a besoin d’en faire !». Mohamed Kabbaj aime à user de cette image pour expliquer son implication constante dans l’action caritative. Sous les applaudissements des invités présents, l’industriel, poids lourd du textile marocain, a inauguré, en compagnie de Yasmina Baddou, ministre de la santé, et du Pr Driss Moussaoui, chef du service de psychiatrie, l’unité mère-enfant nouvellement construite, un projet de 3,5 millions de dirhams entièrement financé par ses soins. Quelques jours auparavant, le même homme était aux côtés du Souverain pour couper le ruban dans le nouveau pôle des maladies cardiovasculaires, toujours à l’hôpital Ibn Rochd, dans la construction duquel il a injecté la modique somme de 15 millions de dirhams. Six ans plus tôt, il dotait Sidi Bernoussi d’un hôpital. Coût : 8 millions de dirhams. Cela fait pas mal pour un seul homme !
A la tête de Soft group qui réunit une dizaine d’usines de textile, Mohamed Kabbaj, en industriel avisé, a réussi à maintenir ses unités à flot malgré le «tsunami» chinois. Conscient d’avoir beaucoup reçu de la vie, il se fait un devoir de donner en retour, respectant en cela les valeurs de solidarité propres à la société marocaine. Mais combien sont-ils qui, comme lui, s’inscrivent dans une logique de partage? Trop peu, bien trop peu malheureusement, les qualités civiques n’ayant pas pour règle d’être proportionnelles aux moyens des individus. Mieux encore, en matière de cœur, quand on regarde autour de soi, on s’aperçoit que les personnes les plus démunies sont souvent les plus généreuses. A l’inverse, les plus près de leurs sous, par un curieux hasard, ont tendance à faire partie de ceux qui ont plutôt que de ceux qui n’ont pas. L’égoïsme des nantis est une réalité qui s’affiche tous les jours à travers l’arrogance et l’étalage des richesses au mépris de la misère présente sous les yeux. Cette insensibilité à la détresse du démuni accroît la rancœur et la révolte de ce dernier. Elle contribue plus encore à creuser le fossé entre les classes, fossé qui, dans le Maroc d’avant, ne se présentait pas sous ces allures de gouffre abyssal. Or, cette faille sociale qui va en s’élargissant constitue une menace mortelle pour l’équilibre de l’ensemble. Un homme comme Mohamed Kabbaj, pour mécène qu’il soit, n’en est pas moins un homme d’affaires qui réfléchit sur le long terme. Conscient de la dynamique sociale, il affirme avec pertinence que «tout ce qui est bien pour le pays est bien pour nous» et estime qu’ «il faut que l’on cesse de se rejeter la balle, le bien du pays est de la responsabilité de tout le monde».
Ce vendredi donc, au Centre universitaire et psychiatrique de Ibn Rochd, il faisait bon être là car la compagnie était belle. Humainement belle. Les personnes présentes étaient de celles qui renvoyaient du Maroc son plus beau reflet. A travers le bâtiment construit, s’offrait un exemple de ce qui peut être fait quand les mains des uns et des autres se rejoignent. L’unité de soins mentaux inaugurée est unique en son genre au Maghreb. Elle est un lieu où désormais la mère et l’enfant vont pouvoir faire l’objet d’une prise en charge spécialisée, dans un cadre conçu à cet effet, sachant qu’une femme sur cinq développe une dépression après la naissance de son bébé, dépression qui, dans certains cas, peut être très lourde (voir article médecine ci-après). L’inauguration de cette unité a eu lieu en même temps que se tenait la XXIXe journée de la Ligue pour la santé mentale. Voilà vingt-neuf ans déjà que s’active cette association grâce à laquelle Casablanca dispose maintenant d’un centre psychiatrique digne de ce nom. Sur les 129 lits que compte celui-ci, 100 ont été ouverts grâce à l’action de la Ligue et de ses bienfaiteurs. Quand le Pr Moussaoui, son fondateur, a pris en charge le service de psychiatrie de l’hôpital Ibn Rochd, celui-ci était connu comme le «Pavillon 36». Et qui disait «pavillon 36» évoquait un espace de réclusion sordide, où le malade mental était le «fou» dont on se débarrassait en le jetant dans un service dépourvu des moyens de fonctionnement les plus élémentaires. Le résultat aujourd’hui est là, visible à l’œil nu. Un exemple de plus de ce que le travail et l’engagement associatif permettent de réaliser. On peut se dire : si tous ceux qui disposent d’un minimum de connaissances et de moyens acceptaient de donner un peu d’eux-mêmes, que de nuages nous pourrions dissiper !