Un gouvernement face à  ses engagements

Une autre combinaison d’incitations vis-à -vis
des entreprises, des créations d’emplois dans les activités non marchandes et des actions de formation faciliteraient l’accès à  l’emploi des jeunes et le retour
à  l’emploi des chômeurs de longue durée.

Le gouvernement a mis son tablier. Fini les commentaires sur sa douloureuse formation. A lui de dissiper les doutes sur ses capacités. A son agenda, des dossiers sur les perspectives du Maroc. Tous convergent vers un objectif prioritaire : booster la croissance, résoudre le problème de l’emploi. Il revient donc à  l’Exécutif d’organiser les conditions nécessaires à  une croissance durable, à  un développement favorable à  l’activité et à  l’emploi, répondant aux exigences de solidarité, ainsi qu’à  la rénovation de l’action publique pour lui permettre d’accompagner de façon efficace les mutations de l’économie et de la société.
L’enjeu de la croissance durable est double. A court terme, il s’agit d’assurer une reprise après une année qui s’annonce atone ; à  moyen terme, il convient de renforcer le potentiel de croissance en atténuant la vulnérabilité de l’économie nationale aux chocs naturels et extérieurs. Les régulations à  mettre en place et les actions à  entreprendre doivent être adaptées aux différents niveaux o๠se détermine cet enjeu. Beaucoup dépend des décisions prises au niveau de l’entreprise, que le gouvernement a les moyens d’influencer. Les entreprises marocaines font face à  une concurrence féroce. Elles n’innovent pas assez, elles exportent encore peu. C’est sans doute l’environnement dans lequel elles évoluent qui ne leur permet pas de développer des stratégies suffisamment conquérantes.

Le Maroc s’appuie sur l’ouverture commerciale et la libéralisation financière pour chercher à  dynamiser sa stratégie de croissance. Il reste confronté au défi de l’amélioration de l’allocation des ressources, sans laquelle le coût économique et social de ces réformes demeurera lourd à  gérer. La forte attractivité des placements boursiers pénalise l’investissement productif et un libre échangisme sans système de défense commerciale approprié plombe les comptes extérieurs et élargit le mitage du système productif national. Après une longue période de contraintes sur les balances de paiement et la gestion du taux de change, qui ont freiné la croissance, les politiques économiques recouvrent leur efficacité. Mais, paradoxalement, la croissance économique n’en bénéficie pas pleinement. Pourtant, la politique monétaire est confiée à  une banque centrale indépendante avec un objectif principal : la stabilité des prix. Apparemment, les mécanismes de transmission de la politique économique pèchent par manque d’efficacité. Il y a un besoin manifeste d’une meilleure coordination des politiques macro-économiques.

Le chômage est le grand échec de la politique publique, même si le Maroc n’est pas le seul pays dans ce cas. Sa montée, puis son maintien à  un niveau élevé, sont la première préoccupation de l’opinion publique. Les responsables politiques ont pris en compte cette préoccupation et tenté, par des voies diverses, d’améliorer la situation. Mais le résultat est là  : alors que d’autres pays, chacun à  sa manière, ont réussi à  atténuer ce problème, il n’en n’a pas été de même au Maroc. Une étrange distance s’est établie entre l’apparent fatalisme collectif devant la situation du chômage de masse et le caractère tragique, au niveau individuel, de l’installation dans le chômage de longue durée. L’évolution de l’emploi ne peut rester à  la merci des flux et reflux de la conjoncture. Elle doit être accompagnée par des politiques actives d’emploi et de formation, dont l’intensité doit être accrue. Les pouvoirs publics ont mis en place des dispositifs ciblant essentiellement la population des diplômés en chômage. Ils restent insuffisants. Une autre combinaison d’incitations vis-à -vis des entreprises, des créations d’emplois dans les activités non marchandes et des actions de formation faciliteraient l’accès à  l’emploi des jeunes et le retour à  l’emploi des chômeurs de longue durée.

La résolution des questions de la croissance et de l’emploi qui se posent au pays ne relève pas à  l’évidence de la seule initiative et capacité du gouvernement. Les nouvelles demandes de régulation qu’entraà®nent les évolutions en cours appellent des réponses diversifiées et souvent conjuguées, se situant aussi bien au niveau du gouvernement qu’au niveau de l’entreprise ou de la collectivité territoriale, voire individuel. Mais le gouvernement joue un rôle irremplaçable dans la formulation des politiques publiques qui fondent la cohésion sociale, ainsi que dans l’organisation des procédures qui permettent de repérer et choisir les alternatives envisageables. Souhaitons qu’il puisse mettre en Å“uvre les orientations qui s’imposent au niveau pertinent et respecter ses engagements.