Un enfant est mort

La mort ne demande son avis à  personne. Elle survient et frappe quand et qui elle veut. Mais, autant la perte des parents, malgré la douleur occasionnée, s’inscrit dans l’ordre des choses, autant celle d’un enfant ne peut ni se concevoir ni s’accepter. Cela l’est d’autant plus quand cette mort se produit accidentellement, là  où on ne se serait jamais attendu à  ce qu’elle survienne, au détour de ce qui se veut être un jeu.

La nouvelle a circulé comme une trainée de poudre, jetant l’émoi et la consternation chez tous les parents qui en ont eu écho. Au cours de la quinzaine passée, un jeune collégien casablancais a été retrouvé mort dans le garage familial, étouffé. Cet étouffement aurait été le fait de ce que l’on désigne communément sous le nom de «Jeu du foulard». «Une expérience inhumaine», écrivait Françoise Giroud en parlant de ce qu’elle-même avait vécu, à savoir enterrer son propre enfant. La mort ne demande son avis à personne. Elle survient et frappe quand et qui elle veut. Mais, autant la perte des parents, malgré la douleur  occasionnée, s’inscrit dans l’ordre des choses, autant celle d’un enfant ne peut ni se concevoir ni s’accepter. Cela l’est d’autant plus quand cette mort se produit accidentellement, là où on ne se serait jamais attendu à ce qu’elle survienne, au détour de ce qui se veut être un jeu. Ce «jeu du foulard» dont l’adolescent en question serait décédé, consiste à s’étrangler volontairement pour vivre une expérience, connaître des sensations fortes de type hallucinatoire. Pouvant causer des séquelles irréversibles allant jusqu’à la mort, sa dangerosité n’est plus à démontrer. Partout à travers le monde, cette pratique cause régulièrement des décès. Pourtant, elle s’apprend dans un lieu censé être protégé, à savoir les cours de récréation et touche un public très large. Les enfants courent le risque d’y être exposés très tôt, dès la maternelle selon les spécialistes, puis pendant le primaire et le secondaire. Tout élève, petit ou grand, sous l’impulsion d’un copain ou d’un groupe de camarade, peut, à un moment ou à un autre, y être initié. Y prenant goût, il peut ensuite s’y adonner fréquemment en groupe ou, plus grave encore, seul. Comme il ne s’agit ni d’un comportement violent ni d’une attitude suicidaire, cette pratique est difficilement détectable. La seule véritable arme contre elle, celle en faveur de laquelle militent les associations de parents de victimes qui ont vu le jour à cet effet dans de nombreux pays, est la prévention.

Le drame de cet adolescent casablancais arraché à l’affection des siens nous renvoie à la question majeure qui travaille tout parent, celle de comment protéger ses enfants. A la différence de la rue, l’école se veut un lieu protégé et elle l’est jusqu’à un certain point. Mais jusqu’à un certain point seulement, la violence ayant ses entrées dans les cours de récréation et dans les abords des établissements. Les cours de récréation, parlons en justement. Comme leur nom l’indique, elles sont supposées être ce sas de délassement où élèves, collégiens et lycéens décompressent entre les cours. Pourtant, pour certains enfants ou jeunes, et là aussi, cela peut être n’importe lesquels, elles sont un lieu de cauchemar. Car, transformés, pour une raison ou pour une autre, en bouc émissaire de l’un ou de plusieurs de leurs camarades, ces enfants sont l’objet d’humiliations et de vindictes au quotidien. Ces agressions portent un nom : harcèlement scolaire ou encore intimidation. Comme pour les jeux dangereux tel celui du foulard, leurs séquelles, sur le plan psychologique notamment, peuvent être majeures. Certaines des victimes du harcèlement sont brisées pour la vie. Dans des situations extrêmes, elles peuvent même en succomber, ces agressions répétées étant capables de pousser au suicide. Selon des statistiques européennes, un enfant sur sept est victime de harcèlement scolaire. L’an passé, un pays comme le Canada a même été jusqu’à édicter une loi imposant à tout établissement scolaire de disposer d’un plan d’action et de lutte contre l’intimidation. Car, là aussi, comme pour les jeux dangereux, la meilleure des armes reste la prévention.

Cela n’arrive pas qu’aux autres. Sans tomber dans la psychose, qu’il s’agisse du harcèlement scolaire ou de la pratique des jeux dangereux, c’est ce que tout parent doit se dire. Cette famille qui pleure aujourd’hui son fils n’a jamais dû pouvoir imaginer qu’un tel drame la frapperait. Et pourtant, il s’est produit. Alors, parents, ne vous concentrez pas seulement sur les devoirs et les carnets de notes. Il y a plus important : le bien-être et la vie de votre enfant. Pour ce faire, soyez à son écoute. Dialoguez avec lui pour vous assurer que tout se passe bien à l’école ou au lycée. Renseignez-vous sur ces jeux dangereux et parlez-en avec lui. Et puis, aussi, mobilisez-vous pour que l’établissement scolaire, de son côté, mette en place des plans d’action et de prévention contre ces fléaux. Un enfant est mort pour avoir juste voulu jouer. Cela aurait pu être le nôtre. Le vôtre.