Un cheval nommé Benkirane

Pour exprimer notre détestation, notre estime ou notre affection envers autrui, nous avons tendance à  le traiter d’un nom d’animal..

Pour exprimer notre détestation, notre estime ou notre affection envers autrui, nous avons tendance à le traiter d’un nom d’animal. Les bêtes politiques y ont aussi droit. Ainsi, l’autre jour, dans un café fréquenté par les turfistes, un quidam, les yeux rivés sur le petit écran, se met à jubiler à la vue de son poulain favori surclassant progressivement ses rivaux. «Vas-y, vas-y, ô mon frère Benkirane !», stimule-t-il, à distance et à la surprise amusée de la cantonade, l’équidé aux sabots de vent. Le Benkirane en question étant, comme chacun sait, le patronyme du chef du gouvernement, il y a lieu de s’étonner de cette assimilation. Bien qu’il soit à cheval sur les principes, d’où sa dénonciation des détenteurs de privilèges ou sa résolution d’imposer les footeux, le premier ministre n’a rien de chevalin, physiquement s’entend. Faut-il en conclure que le rapprochement établi par le parieur ne résiste pas à l’examen ? Non, si l’on prend en compte la représentation gratifiante du cheval dans notre bestiaire. Il y est paré des vertus les plus rares. C’est probablement le sens de la métaphore, à première vue insolite. Histoire de filer cette figure de style, on fera remarquer que Abdelilah Benkirane, piètre tocard aux yeux des uns, fier alezan selon les autres, n’est pas un cheval de galop mais de trot, qui se ménage pour aller loin. Plus loin que le poulain du turfiste, qui a été coiffé au poteau.
Mauvais présage ?