Un budget des années de vaches maigres ou celui des promesses électorales ?

Le gouvernement se doit d’entreprendre, dès la première année, une action vigoureuse d’ajustement des finances publiques. Mais entre élever l’impôt et trancher dans l’investissement public, parce qu’il ne peut pas baisser les salaires et la compensation, le choix sera douloureux.

Le nouveau budget n’est pas encore arrivé. Sera-t-il différent de la version préparée par le gouvernement sortant ? La nouvelle équipe souhaiterait y apporter sa touche et concrétiser quelques-unes de ses priorités. Le Parlement est aussi souverain et peut modifier à sa guise le projet qui lui sera proposé par le gouvernement, sous réserve, cependant, que toute dépense nouvelle soit gagée par une recette nouvelle au moins correspondante. L’attention des commentateurs se portera probablement, en priorité, sur l’évolution des recettes et sur les dépenses. Savoir qui paie et savoir à qui (et à quoi) sert cet argent traduit en effet les priorités effectives d’un gouvernement mieux que toutes les déclarations. Pourtant, cette année, ce que l’on attend avec impatience c’est moins la configuration des dépenses ou le profil des recettes que le solde des deux. C’est-à-dire le montant du déficit de l’Etat.

Endettement = hausse des taux = ralentissement économique

Pour deux raisons. La première est d’ordre économique : plus l’Etat couvre les besoins de financement par l’endettement, plus il risque de susciter une hausse des taux d’intérêt. Or, un point de taux de plus, cela signifie des milliards de dirhams de charges supplémentaires pour les entreprises, donc un frein non négligeable pour la croissance économique, déjà bien fragile. Les achats à crédit, le montant des emprunts immobiliers ou, plus fondamentalement encore, le niveau des investissements des entreprises, dépendent en effet des taux d’intérêt : si une entreprise gagne davantage à placer ses fonds qu’à investir, elle choisira la première solution, réduisant du même coup le volume de ses achats et la capacité de production, donc d’emploi, de l’économie tout entière.
La seconde raison relève de la défense de la souveraineté : pour garder son autonomie de décision et son attractivité, l’économie nationale devra satisfaire à un certain nombre de conditions. Parmi elles, deux concernent les déficits publics : ceux-ci ne doivent pas dépasser le seuil de la soutenabilité. Pas question, en effet, de risquer de voir la monnaie nationale fragilisée par des déficits excessifs.
Si le Maroc est tranquille sur le deuxième critère, car sa dette publique cumulée est loin encore de la cote d’alerte, il n’en est pas de même pour le premier. En 2012, le déficit de l’Etat  avoisinerait 5 % du PIB.
En un temps où peuvent à nouveau se multiplier les promesses, il faut souligner que l’heure n’est pas aux largesses, elle est plutôt à une politique résolue de maîtrise de la dépense à tous les niveaux de la sphère publique, à défaut de laquelle on ne peut écarter le risque d’un douloureux plan de redressement. Le gouvernement se doit d’entreprendre, dès la première année de son investiture, une action vigoureuse d’ajustement des finances publiques, et l’on se demande s’il serait vraiment possible de «redresser la barre», compte tenu des promesses qui n’ont pas manqué d’être distribuées au cours de la campagne électorale. Une règle bien établie veut que le déficit public vienne soutenir la croissance économique lorsque celle-ci devient inférieure au rythme habituel, et qu’il disparaisse lorsque l’économie progresse à un rythme supérieur : le budget sert alors d’instrument de régulation de la conjoncture, les bonnes années servant à rembourser les déficits des années de vaches maigres. C’est le cas, sans doute, mais trop faiblement.
Réduire les déficits est donc un impératif qui s’impose au gouvernement. En revanche, la façon d’y parvenir traduit bel et bien des choix, qu’il n’est pas moins important de souligner. Du côté des dépenses autant que de celui des recettes. On ne sait pas si le gouvernement souhaite moduler les dépenses publiques ou s’il adoptera une méthode plus douce en choisissant d’accroître légèrement les prélèvements fiscaux afin de ne pas trancher trop durement dans les dépenses. De fait, les dépenses vont certainement progresser. Mais il ne faut pas s’y tromper : les dépenses de personnel (rémunérations, charges sociales et retraites), les dépenses de la Caisse de compensation et le paiement des intérêts de la dette publique absorberont une partie de cette progression. Autant dire que le risque est de tailler dur dans les autres postes de dépenses, à commencer par  celui des investissements… et si les investissements publics enregistraient une contraction, ce ne serait pas forcément une bonne façon de préparer l’avenir.