Un autre moyen de construire le Maghreb

Pour Noureddine Ayouche, sociétés civiles, partis politiques et gouvernements doivent ouvrir des chantiers d’avenir dans les domaines économique, culturel et social pour restaurer la confiance entre les peuples et relancer la dynamique maghrébine.

Jusqu’à aujourd’hui, c’est l’Etat et l’Etat seul qui gère la question du Sahara. Ni les partis ni la société civile n’ont pu jouer un rôle quelconque dans la recherche d’une solution à un problème qui, pourtant, concerne tous les Marocains. Seul le Palais a véritablement son mot à dire. Quel est le résultat aujourd’hui, trente ans après la Marche Verte, une idée géniale de feu Hassan II, et quel bilan peut-on faire ? Pouvons-nous quantifier les avancées, cerner correctement la politique suivie à ce jour, ou tout simplement mesurer son impact ?
Rien n’est moins sûr. On a l’impression de faire du surplace !
Compter sur les Etats-Unis pour nous aider à trouver une solution qui nous soit favorable est un leurre. Les Etats-Unis ne courent qu’après leurs intérêts économiques ou géostratégiques. Ce qu’ils veulent, c’est avoir comme interlocuteur une région économique maghrébine viable qui constitue un pôle attractif pour leurs exportations et leurs investissements. Un Maroc seul ou une Algérie seule ne les intéressent pas.
Nos peuples rêvent depuis au moins six décennies de ce Grand Maghreb qui solutionnerait bien des problèmes de chômage et de développement économique et social. La question du Sahara est venue bloquer la marche vers la création de ce Maghreb Arabe Uni.
Il convient de relancer la dynamique sociétale maghrébine en la redémarrant sur de nouvelles bases et en associant toutes les parties concernées: la société civile, les partis politiques et les gouvernements des cinq pays maghrébins : Maroc, Algérie, Tunisie, Mauritanie et Libye, en associant également le Polisario.
Sans la mobilisation et la coordination de tous ces acteurs, il y a peu de chances d’aboutir à des résultats concrets. La société civile, à elle seule, ne pourra rassembler tout le monde autour d’un projet fédérateur, construit sur la base d’une stratégie de développement économique, social, culturel et politique qui engagerait tous les protagonistes.

Bâtir d’abord le Maghreb économique

Ne nous leurrons pas, ce n’est pas demain que la démocratie sera instaurée dans tous les pays du Maghreb. Si le Maroc a ouvert de véritables chantiers sur cette voie, ce n’est malheureusement pas le cas des autres pays du Maghreb. Attendre la démocratisation des cinq systèmes politiques serait renvoyer sa réalisation aux calendes grecques. C’est par l’économique et le social qu’il faut commencer. Réalisons des projets industriels en commun, bâtissons ce Maghreb économique.
Le premier chantier servirait à réduire sérieusement le chômage dans les pays du Maghreb. Le lancement de grands travaux d’infrastructure, comme une autoroute maghrébine par exemple, l’investissement en commun dans des projets industriels dans les domaines de l’agroalimentaire, du textile, des nouvelles technologies, de l’exploitation du sous-sol, et bien d’autres projets, nous ouvrirait les portes du marché africain et, surtout, européen.
Le deuxième chantier consisterait à lancer ensemble une grande action contre le terrorisme. Cela nous concerne tous. Le troisième chantier concerne le social. Là, les ONG et la société civile peuvent s’impliquer concrètement pour lutter contre la pauvreté, l’ignorance et l’injustice. L’expérience marocaine, grâce à la vitalité de sa société civile, pourrait profiter aux autres pays. Le quatrième chantier favorisera la création de médias maghrébins, comme le lancement d’une chaîne de télévision et de journaux à l’échelle de tout le Maghreb, pour véhiculer les idées de rapprochement entre nos sociétés et les principes de démocratie, de solidarité et de respect de l’autre.
Un cinquième projet, serait celui de l’élargissement de l’espace culturel. Créer des marchés maghrébins pour nos écrivains, nos dramaturges, nos poètes, nos acteurs, nos musiciens, et produire des films de cinéma et des pièces de théâtre à l’échelle maghrébine pour pouvoir, par la suite, conquérir les autres marchés est une utopie réalisable.

Rétablir la confiance entre Marocains du Nord et du Sud

Ce sont là quelques chantiers qui aideraient les pays du Maghreb à mieux se connaître, à rétablir la confiance entre eux, et à résoudre plus facilement le problème du Sahara dans un cadre régional où chacun trouverait son compte.
Pour nous autres, Marocains, la marocanité du Sahara est un enjeu géostratégique crucial. Amputé de ses provinces du Sud, le Maroc serait enclavé géographiquement, cerné par la mer d’un côté, et des entités hostiles de l’autre.
Pour les Algériens, c’est le mythe de l’Algérie anti-colonialiste, conjugué à un rejet viscéral d’un Maroc pouvant dominer la région qui sclérose leur attitude négative. La Mauritanie est dans l’expectative. Mais il ne faut pas la laisser se dépêtrer seule. La Libye est, paradoxalement, le pays le plus maghrébin de tous. Kadhafi défend par conviction la marocanité du Sahara. La Tunisie est surtout mue par des motivations économiques.
Quant au Polisario, son avenir se trouve au Maroc, et non dans les camps de Tindouf. La population sahraouie, parquée dans ces camps, a soif de retrouver sa terre et les siens dans un Maroc où les provinces sahariennes jouiraient d’une large autonomie sur les plans politique, administratif et économique.
A nous de rétablir la confiance entre les Marocains du Nord et les Marocains du Sud en bannissant la politique de défiance et d’assistanat suivie à ce jour, en attribuant les postes de commande politiques et économiques aux véritables Sahraouis de souche, et non aux cadres parachutés de Rabat ou de Tanger.
A nous de conquérir aussi les cœurs des Sahraouis de Tindouf par l’instauration d’une vraie politique d’autonomie régionale, et l’ancrage définitif et durable de notre pays dans la démocratie.
Brisons les barrières et n’excluons personne de la recherche d’une solution durable à un long conflit qui continue à hypothéquer l’avenir politique, économique et social du Maghreb