Tu as 2 000 « amis » sur Facebook et Twitter ! Je veux divorcer

Un koweitien en instance de divorce revendique la garde de ses enfants au prétexte que son épouse entretient des relations avec 2 000 « amis » sur Facebook et Twitter. C’est ce qu’il a présenté comme preuve après avoir imprimé les pages incriminées. Le mari a présenté devant le tribunal des copies dénombrant pas moins de 1 200 « amis » dont un millier d’hommes sur Facebook et 890 « followers » (suiveurs) dont 800 hommes sur Twitter. Et le mari d’indiquer qu’il a surpris les « gazouillis » de son épouse avec des hommes de la planète entière et souvent tard dans la nuit…

Ainsi donc, il y aurait plus de quatre millions de facebookers marocains, dont une grande partie est constituée de jeunes. En plus, apprend-on, le Maroc est classé quatrième en Afrique tout en étant bien placé dans le hit-parade mondial. Faut-il s’en réjouir pour autant ou alors s’en émouvoir ? Tout dépend de ce qu’on  fait de ce support, diront les gens prudents qui ne s’enthousiasment pas à la légère. Ça ne mange pas de pain comme réponse car les réseaux sociaux sont là et il faut faire avec. Mais il est vrai que le progrès technologique et notamment sur la Toile brouille la réflexion sur l’accès à la modernité dans les pays comme le nôtre. La fameuse fracture numérique, dont on s’inquiétait il y a encore peu, a tendance à se résorber. De prime abord, plus rien ne distingue un internaute du Sud de son vis-à-vis vivant dans un pays dit avancé. Cet égalitarisme numérique cache mal une réalité sociale que le monde virtuel efface ou oblitère sur un petit écran. Aussi voit-on un jeune de l’hémisphère septentrionale traverser les frontières à coups de clic. Ce faisant,  il est lui-même traversé par ces mêmes frontières et par d’autres cultures, d’autres valeurs aux antipodes des siennes. On le relève d’ailleurs à travers le ton, voire la violence de certains échanges entre internautes dans des forums à caractère polémiste sur la Toile, de même que dans les commentaires sur certains aspects de l’actualité internationale. Si l’on ajoute à tout cela un manque de culture, de connaissances et de recul quant aux sujets débattus, on est face à la manifestation planétaire de l’incompréhension, c’est-à-dire à un malentendu universel que la blogosphère propage et exacerbe. Mais si la Toile participe souvent à la propagation de ce malentendu, elle est aussi responsable de la production de fausses gloires. Distancés en temps réel et en réactivité par la blogosphère, les médias traditionnels se contentent souvent de relayer et, de ce fait, de «crédibiliser» rumeurs et fausses nouvelles charriées par les internautes. En les reprenant, elles les cautionnent en les «éditorialisant» sur papier ou à travers les médias audiovisuels. On le relève très souvent chez nous lorsque tel artiste obscur ou telle vedette au petit pied se mettent à «buzzer». Ils ne tardent pas à se retrouver sur les «unes» des journaux sous des manchettes et squattent les rubriques artistiques pour une actualité qui n’a rien à voir avec les choses de l’art. En effet, comme disait Borges, «la gloire est une incompréhension, peut-être la pire». On est désolé de mêler le génial auteur de Fictions à ce bouillon d’inculture étalé sur les pages papier et numériques, mélange de futilités et de bruit médiatique. Mais c’est bien lui qui pensait que «la page où pas un mot ne peut être changé sans dommage est la plus précaire de toutes». Et d’ajouter que les lettres «devraient tendre à une communication d’expériences, non de bruits».

Toujours dans cette incompréhension numérique, ce fait divers qui nous vient du Koweït relaté par une dépêche de l’agence UPI. Un Koweitien en instance de divorce revendique la garde de ses enfants au prétexte que son épouse entretient des relations avec 2 000 «amis» sur Facebook et Twitter. C’est en tout cas ce qu’il a présenté comme preuve devant le juge après avoir imprimé les pages incriminées. Un avocat koweitien spécialisé dans les affaires relevant du statut personnel a indiqué que le mari a présenté devant le tribunal des copies dénombrant pas moins de 1 200 «amis» dont un millier d’hommes sur Facebook et 890 «followers» (suiveurs) dont 800 hommes sur Twitter. Et le mari d’indiquer qu’il a surpris les «gazouillis» de son épouse avec des hommes de la planète entière et souvent tard dans la nuit. De plus, il a avancé que sur les pages, dont il a présenté des tirages extraits de l’ordinateur de sa femme, on peut lire des discussions et des débats enflammés sur des sujets futiles. Pour l’avocat expert dans les affaires de divorce, ce cas est un véritable casse-tête juridique dans cet Emirat aux mœurs rigoristes. Mais, précise-t-il, si le tribunal venait à accepter les arguments du plaignant, ce serait la première fois qu’un site électronique est utilisé comme preuve dans une affaire de divorce et de garde d’enfants dans le pays.

Ce fait divers illustre parfaitement le malentendu numérique issu de la fracture culturelle que vivent nombre de pays rattrapés par une modernité mondialisée et sa course effrénée. C’est bien ce débat-là qui fait défaut dans nos sociétés malmenées par les vents contraires d’une histoire fantasmée et d’un déficit démocratique face à un présent opaque et un avenir incertain.