Trois ans de prison ferme pour une entorse à  la cheville !

les juges écartent toute intervention surnaturelle, et estiment que c’est bien Yassine malgré ses dénégations, malgré son aspect angélique, et malgré toutes ses explications, qui a déposé la drogue dans la voiture. Ils écartent aussi les poursuites pour vente et cession, n’ayant pas de preuves à  ce sujet, mais retiennent le transport, la détention et l’usage. Yassine est condamné à  trois ans de prison ferme, ses amis à  de légères peines avec sursis. Le jugement a ensuite été confirmé par la Cour d’appel, signe que la version du jeune Yassine n’était pas bien convaincante.

C’est un dossier tout simple, un peu étrange, et en tout cas, comme dirait Jacques Chirac, «abracadabrantesque». Ce sont quatre jeunes sans histoires qui décident de passer une soirée ensemble. Il y a là Yassine et son amie Kawtar, ainsi que deux autres camarades (Zouhir et Tarik). L’ambiance est animée, festive et se prolonge tard dans la nuit chez Tarik. Soudain, la jeune fille fait un faux pas et ressent une vive douleur au pied. Les jeunes sont atterrés, tergiversent et décident, à deux heures du matin, de transporter leur amie aux urgences de l’Hôpital 20 Août. Arrivés sur place et en groupe, le jeune Yassine gare son véhicule dans un endroit réservé aux ambulances, à l’intérieur de l’enceinte de l’hôpital. Kawtar est auscultée, le médecin de garde ne relève rien de grave, hormis une légère entorse à la cheville sur laquelle un emplâtre est posé. A leur retour devant la voiture, les quatre jeunes sont interpellés par les policiers de faction, intrigués par ces personnes (légèrement éméchées et parlant à haute voix), ce qui justifie un banal contrôle d’identité. Pure routine. Les jeunes sont en règle, mais sur l’un d’entre eux, précisément Yassine, un policier découvre un minuscule morceau de résine de cannabis. Il n’en faut pas plus pour que les agents de police décident de fouiller également le véhicule. Et là, comme disent les policiers, Bingo ! Dans le coffre de la voiture, ils ont découvert pas moins de trois kilos et demi de résine de cannabis conditionnés en barrettes de 200 grammes soigneusement emballées.

La surprise est totale : les jeunes n’en reviennent pas, pas plus que les policiers qui n’ont pas l’habitude de faire de telles prises…par hasard ! Direction le commissariat pour la rédaction du PV d’usage, avant de présenter le quatuor à la justice. Le jeune Yassine reconnaît, dans un premier temps, que si trafic de drogue il y a, ce n’est point de son fait, mais celui de son père. C’est le père qui a loué le véhicule et qui en paie la location depuis deux mois ; c’est encore lui qui charge la drogue dans la voiture, et qui charge son fils Yassine de procéder aux livraisons. D’ailleurs, affirme-t-il, s’il connaissait le contenu du coffre, il n’aurait jamais pris la voiture pour aller à l’hôpital. En passant, il dédouane ses amis : ni sa copine Kawtar, ni Tarik, ni Zouhir ne sont au courant de ses activités. Les quatre jeunes sont déférés au parquet, pour détention, transport, usage, vente et cession de stupéfiants pour les trois garçons, et pour relation sexuelle hors mariage pour la jeune Kawtar (laquelle a benoîtement admis qu’elle entretenait une relation avec Yassine en vue d’un mariage prochain).

Tout ce beau monde est incarcéré. Puis arrive le jour de l’audience pénale. Devant les juges, les quatre prévenus s’embrouillent, reviennent sur leurs déclarations. Bref, ils nient tout en vrac. Yassine affirme que ses déclarations devant la police lui ont été extorquées de force (défense courante, mais qui ne fait, en général, qu’excéder les magistrats). Son père n’aurait plus rien à voir dans cette histoire, la drogue a été dissimulée à son insu dans la voiture, son argument principal étant, « je ne suis quand même pas assez bête, ni stupide, ni fou, pour me promener dans une voiture remplie de drogue ; ni inconscient pour, de surcroît, embarquer mes amis dans une histoire pareille». L’argument se tient, surtout que Yassine n’a pas d’antécédents judiciaires, ni de compte bancaire fourni, comme on pourrait s’y attendre de la part de quelqu’un qui vend d’aussi importantes quantités de stupéfiants. Convoqué pour s’expliquer, le père de Yassine prend la tangente : pas question de se jeter dans la gueule du loup. Les magistrats hésitent, pèsent le pour et le contre ; le loueur de voitures est mis hors de cause. Mais il reste donc les 3,5 kg de cannabis, matériellement bien présents. Et qui ne peuvent avoir été placés là que par… le Saint-Esprit, ou par le jeune Yassine.

Logiquement alors, les juges écartent toute intervention surnaturelle, et estiment que c’est bien Yassine, malgré ses dénégations, malgré son aspect angélique, et malgré toutes ses explications, qui a déposé la drogue dans la voiture. Ils écartent aussi les poursuites pour vente et cession, n’ayant pas de preuves à ce sujet, mais retiennent le transport, la détention et l’usage. Yassine est condamné à trois ans de prison ferme, ses amis à de légères peines avec sursis. Le jugement a ensuite été confirmé par la Cour d’appel, signe que la version du jeune Yassine n’était pas bien convaincante. Et tout ça, pour soigner une entorse !