Trêve des footeux

Les taillables et corvéables qui se lèvent chaque matin pour trimer sans répit contre un salaire incertain apprécieront : les footballeurs, gens fainéants et cependant surpayés, jouissent d’une trêve. Trois semaines à se tourner les orteils, comme si ceux-ci avaient été soumis à rude épreuve au point de crier «pouce». Or, tout au long de la première partie du championnat, si les joueurs se sont employés à quelque chose, c’est à s’épargner. Apathiques, ils se montraient, marchant au lieu de courir, reculant quand il convenait d’avancer, se dérobant aux duels, et ne trouvant pas l’énergie de pousser le ballon au fond des filets même lorsque la cage était vide. Imposant, de ce fait, aux amateurs de football un spectacle aussi ennuyeux qu’un discours de parlementaire. Traduction de cette grisaille qui enveloppe les champs de jeu : 196 buts inscrits en 116 rencontres, soit une moyenne de 1,68 par match; un champion d’automne, le MAS, avec 27 points sur 45 possibles, 7 victoires sur 15 possibles, 6 nuls et 2 défaites. Déroutés, agacés, lassés par le simulacre de jeu, passif et poussif, les spectateurs se sont mis à tourner le dos aux terrains (plusieurs matchs se sont déroulés devant moins de cent mordus). Et l’on tremble pour le sort des magnifiques stades élevés à Marrakech, Tanger et Agadir, qui se mourraient, faute d’un public à leur gigantesque mesure. Trêve imméritée certes, mais pas forcément inutile, pourvu qu’on en profite pour sortir le football de la médiocrité où il s’enfonce, lui faire retrouver des couleurs seyantes, le coup d’œil clair et les jambes agiles. Trêve aux incuries !