Toujours un coup d’avance

On attribue sa puissance au parapluie américain, à la mauvaise conscience européenne ainsi qu’à la présence d’un lobby  hyperactif dans les médias occidentaux … Tout cela est vrai mais, une fois dit, cela n’explique pas les mécanismes par lequel un lilliputien comme Israël est arrivé à ce faîte de pouvoir. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que la quasi-totalité de la communauté juive avait été exterminée dans les camps de concentration nazis, ses membres  ne pesaient guère lourd dans la balance du monde. Certes, la folie d’Hitler allait permettre à l’Etat juif de naître sur la terre de Palestine. Trop contents de se débarrasser des survivants dont la vue, pour maintes raisons, leur devenait insupportable, les Européens ont soutenu et appuyé cette création. Mais alors que les sionistes obtenaient gain de cause en Palestine, les juifs de la diaspora continuaient à connaître des temps difficiles. Aux Etats-Unis, leur situation était alors aux antipodes de ce qu’elle deviendra des décennies plus tard. Si, aujourd’hui, aucun président ne peut espérer être élu sans l’appui, ou du moins la neutralité, du lobby juif, il y a cinquante ans les juifs vivaient la discrimination sous toutes ses formes. Sans en être équivalent, l’ostracisme dont ils faisaient l’objet se rapprochait de celui qui frappait les Noirs. Comment ces minoritaires-là ont-ils réussi à renverser la vapeur au point de pouvoir imposer leurs desiderata au plus haut niveau de la hiérarchie politique, voilà ce que les Arabes américains gagneraient à étudier de près. De tout temps, la force première des juifs a résidé dans la manière dont ils investissent le champ du savoir. Leur proportion parmi les prix Nobel ou les grands noms des lettres et des sciences en donne un aperçu éloquent. A bien des égards, Israël a rompu avec l’attitude d«’invité du monde» qui fut longtemps celle de cette communauté. Il a entrepris de donner naissance à un «nouveau juif» agressif et conquérant qu’on ne mène plus «comme un mouton à l’abattoir». Mais il est un point sur lequel l’attitude est demeurée inchangée. Ce point, c’est la capacité à être constamment dans l’anticipation. La dernière initiative du ministère de l’intérieur israélien en direction de l’opinion publique internationale en est une excellente illustration. Par sa barbarie, l’opération «Plomb durci» menée contre Gaza en ce début d’année a bouleversé les consciences bien au-delà des frontières du monde arabo-musulman. L’image d’Israël en est sortie plus écornée que jamais. Il suffit à ce propos d’aller faire un tour du côté des forums de discussion de  bien des sites occidentaux. Face à cet état de fait, les responsables israéliens ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont contre-attaqué et de la manière suivante : en  engageant plus d’un millier de juifs établis aux quatre coins du monde qu’ils ont chargés de pénétrer les blogs et les forums de discussion. La  toile en effet est le lieu où, de plus en plus, l’opinion publique internationale est appelée à se construire. En mettant en service commandé ces propagandistes d’un nouveau genre, les Israéliens diffusent leurs thèses partout et surtout dans toutes les langues. La stratégie est parfaitement étudiée. Sur place, au ministère, des agents sont chargés d’une navigation permanente sur le net. Dès qu’ils repèrent des forums où le débat porte sur le conflit israélo-palestinien, ils mettent en action la riposte. Les forums sont ainsi noyés de discours pro-israéliens mais qui se présentent comme des points de vue de simples internautes. Parfaitement ingénieux. Les Israéliens connaissent le poids de l’opinion publique. Ils sont de ce fait dans un travail constant en sa direction. Malgré toutes les horreurs qu’ils ont commises à Gaza, un sondage diffusé sur le net attribuait la responsabilité du conflit à Hamas. La majorité des internautes sondés considérait davantage comme crime de guerre l’utilisation par le mouvement islamiste de la population civile comme bouclier humain lors du bombardement par Israël d’une école des Nations Unies ! Ce n’est pas là le fruit du hasard. Le travail sur l’image a toujours été minutieusement étudié par les stratèges israéliens. Côté musulman, c’est la dernière des préoccupations. Au contraire, plus on va aider à noircir celle-ci, mieux ce sera ! On en voit le résultat. Or, aujourd’hui, en ce temps de mondialisation, c’est à ce niveau que beaucoup de choses se jouent. Il serait temps de commencer à y penser.