Télécratie

Dans la société de fric et de frime où nous évoluons, et que, du fond du coeur, je déteste, l’on est hystérisé par la célébrité.

Dans la société de fric et de frime où nous évoluons, et que, du fond du coeur, je déteste, l’on est hystérisé par la célébrité. Pour atteindre cette cime trompeuse, certains vendraient volontiers leur âme au diable. Après l’ère de la parole, puis celle de l’écrit, nous vivons dans celle de l’image. La méritocratie a été remplacée par la télécratie. Le dessus du panier, la véritable élite, ce sont «les people», ceux qu’on voit à la télévision et dans les magazines. Leur prestige, ils ne le tiennent ni de leur naissance ni de leurs diplômes, mais de leur audience. Vous voulez devenir quelque chose ? «Faites-vous d’abord une gueule, le nom suivra», conseille le médiologue Régis Debray. Etre animateur de télé ou de radio, comédien, acteur ou footballeur est le plus sûr moyen d’accéder à la renommée. Hier, parfait inconnu, Abderrazak Hamdallah est aujourd’hui porté au pinacle par la foule footeuse, en raison de la médiatisation de ses buts. Khiari, Fahid, El Fed, Stati, Daoudi, qui écument les cathodes, sont considérés comme des idoles. Abdellatif Laâbi, Abdellah Laroui, Mostafa Nissabouri… ? Qui sont ceux-là ? J’exagère à peine, tant les Marocains ne font pas grand cas de leurs lumières, cependant qu’ils adulent, encensent les locataires de la petite lucarne, plutôt bas de plafond qu’éclairés.