Taux de croissance de 3 % : trop peu pour le Maroc !

«Projet sans envergure et sans ambition, ce n’est pas avec cela que
nous résoudrons les problèmes du Maroc…» : ainsi parlait
Fathallah Oualalou, alors ténor de l’USFP dans l’enceinte parlementaire.

Ce sont exactement les mêmes reproches que l’on pourrait opposer au
projet qu’il défend actuellement devant le Parlement et qu’on
pourrait résumer en un mot : décevant. Des taux de croissance élevés
sont possibles pour peu que l’on fasse preuve d’imagination, de rigueur
et de mobilisation.

De la longue et détaillée présentation du projet de Loi de finances 2004 devant le Parlement, je n’ai retenu qu’un seul chiffre: le gouvernement prévoit un taux de croissance de 3% pour 2004!!! Trop peu pour le Maroc d’aujourd’hui. Avec un taux pareil, le Maroc fera du surplace puisque la croissance démographique fait déjà 1,8% par an et que le taux d’inflation sera, selon le même gouvernement, de 2%.

1991-98 : un taux de croissance inférieur à celui des pays comparables de la région MENA
La Loi de finances comporte chaque année une pièce maîtresse: le budget général de l’Etat. Elle est également accompagnée de diverses dispositions générales ou particulières qui influent sur les recettes ou les dépenses de l’Etat et surtout sur l’activité économique : baisse ou hausse des droits de douane ou des taux d’imposition, mesures incitatives sectorielles ou générales, etc. De par les sommes en jeu, la Loi de finances est un instrument majeur d’une politique économique.
Le ministre des Finances n’a pas la tâche facile. Les contraintes internes et externes sont très nombreuses. Mais ses prestations depuis qu’il est devenu grand argentier du Royaume sont décevantes.
Le ministre des Finances qui vient de présenter le projet de budget au Parlement n’a rien à voir avec le Fathallah Oualalou qui faisait résonner l’enceinte parlementaire en tant que porte-parole du groupe USFP dans les années 80 et au début des années 90, à chaque discussion d’une Loi de finances.
«Projet sans envergure et sans ambition, ce n’est pas avec cela que nous résoudrons les problèmes du Maroc…» : ainsi parlait le ténor de l’USFP. Ce sont exactement les mêmes reproches que l’on pourrait opposer au projet qu’il défend actuellement devant le Parlement.

Il faudrait créer 150 000 emplois par an, uniquement pour stabiliser la situation

Au cours de la période 1991-98, la croissance moyenne de l’économie marocaine a été de 1,9% par an, c’est-à-dire à peine de quoi absorber la croissance démographique. Le taux est nettement inférieur à celui de tous les pays comparables de la région Afrique du Nord-Moyen Orient.
Le chômage augmente considérablement et la pauvreté est en hausse. Les chiffres sont disponibles auprès de la Direction de la statistique et de la Banque Mondiale.
Chaque année, le marché de l’emploi enregistre l’arrivée de 150 000 nouveaux entrants.
Il faudrait donc que l’économie marocaine puisse créer 150 000 emplois par an… pour stabiliser la situation. Par contre, si l’on veut réduire le chômage (et les tensions qui en résultent), il faudrait en créer plus.
Tant que le Maroc ne réalisera pas des taux de croissance de 5 à 8% l’an, au moins pendant quelques années, il n’y aura pas d’amélioration significative de la situation économique.
En face de cela, qu’avons-nous ? Une Loi de finances sans envergure :
– elle comporte un volet social plus consistant que d’habitude et c’est tant mieux. C’est même son seul intérêt.
– elle présente un objectif de déficit budgétaire à 3% qui sera impossible à atteindre sans les recettes des privatisations.
Tout gouvernement doit avoir pour seul objectif ce taux de croissance de 5 à 8 % par an. Il doit en faire l’objectif de tout le pays. Tout le Maroc doit tendre vers cela. Au lieu de subir (les événements, les contraintes extérieures et intérieures), il faut agir. Des taux de croissance élevés sont possibles si l’on fait preuve de volonté, d’imagination, de rigueur et de mobilisation. Tout le reste n’est que bavardages, politique politicienne et équilibres comptables