Tarawih chez le Barça

Le classico qui a réuni en deux rencontres le Real au Barça a bouleversé les rituels tarawih, ces prières en rabe du soir qui font courir toutes sortes de fidèles vers les mosquées. plusieurs lieux de prière ont été désertés pendant ces rencontres télévisées. C’est ce qui a fait dire aux ricaneurs que les deux opiums du peuple se sont aussi défiés. Et c’est celui du foot qui a eu le plus d’effet.

L’ignorance, disait un auteur plein d’érudition, est un fruit exquis. Paradoxe ou lassitude  du savant qui de tant savoir veut se reposer ? Coquetterie que tout cela, diront les sceptiques auxquels on ne la fait pas : ils connaissent le coup du savant qui veut quitter, comme disait Wittgenstein, les sommets arides de l’intelligence pour la vallée verdoyante de la bêtise. Sur l’ignorance il y a aussi cette jolie formule que l’on prête parfois à Lincoln et souvent à d’autres, sans compter ceux qui s’en emparent sans vergogne et se citent sans façon. Comme quoi, l’ignorance, nul n’y échappe. La formule est la suivante : «La culture coûte cher ? Essayez donc l’ignorance !». Imparable.

On dit que la lecture est le seul chemin qui conduit vers les sentiers lumineux de la connaissance et du savoir. Un peuple qui ne lit pas est condamné à ne pas écrire son histoire et donc à se couper de sa mémoire. Terrible destin que voilà. La lecture est donc à l’origine de tout. Pour écrire, il faut d’abord lire. Et pour lire, il faut avoir des choses écrites à lire. C’est bien cela le sujet de cette chronique de la rentrée après cet incipit devenu un tic dans cette chronique relativement hebdomadaire. Toute rentrée renvoie à celle dite scolaire ou universitaire. La rentrée politique, elle, connaît cette année quelques aménagements à cause de la nouvelle donne institutionnelle et sera, une fois n’est pas coutume, quelque peu décalée. Quant à la rentrée culturelle ou littéraire, n’y pensons même pas. Nous la vivrons, comme de bien entendu, par procuration chez les autres. Les livres de la rentrée seront sous forme de manuels scolaires pour les petits et les grands. Point de romans, d’essais ni de biographies, alors qu’en France seulement, et dès ce mois de septembre, plus de six cents nouveaux titres sont déjà dans les  rayons et les étals des librairies. Ils ne tarderont pas à débarquer chez nous et lorsqu’on sait que la Fnac aura son enseigne bientôt au Maroc, on peut dire alors qu’on sera à jour. A jour peut-être mais il n’y a pas de quoi pavoiser. La littérature de chez nous reste muette, la culture demeure en jachère et c’est ainsi que l’ignorance creuse son sillon et que l’inculture fait son nid. La culture coûte chère, disent-ils. On est en train d’essayer l’ignorance.

Restons dans les sommets de la bêtise pour rapporter cette information dont s’est délectée un quotidien pendant le mois caniculaire de  Ramadan qui vient de nous quitter. Il paraît que les promoteurs de Borj Khalifa à Dubaï se félicitent que leur tour fasse  presque un kilomètre de haut (828 mètres exactement). C’est bon à savoir et bonne continuation. Mais voilà que le mufti du coin  s’en mêle et prévient que «les gens qui sont au sommet ne peuvent rompre le jeûne comme ceux d’en bas car il y a deux minutes de différence». En effet, en haut ils ont encore deux minutes de soleil en plus. Enorme ! Bien sûr, tout le monde a une pensée pour les jeûneurs musulmans des pays scandinaves qui ont le soleil de minuit pendant le solstice d’été ou pas de soleil du tout durant celui de l’hiver lorsque l’astre ne se lève même pas. Mais certains ont trouvé la parade : on se cale sur le pays le plus proche ou alors on se met carrément à l’heure de la Mecque. Le monde est petit mais Allah est grand.

Toujours dans les nouvelles du Ramadan et de son marronnier auquel vous avez échappé cette année. Le classico qui a réuni en deux rencontres le Real au Barça a bouleversé les rituels tarawih, ces prières en rabe du soir qui font courir toutes sortes de fidèles vers les mosquées. Mais attention ! il y a les fidèles et ceux qui passent pour tels. En effet, plusieurs lieux de prière ont été désertés pendant ces rencontres télévisées et pleines de rebondissements comme c’est souvent le cas lors du classico. C’est ce qui a fait dire aux ricaneurs que les deux opiums du peuple se sont aussi défiés. Et c’est celui du  foot qui a eu le plus d’effet. La foi ou le ballon ? On n’a jamais eu à choisir entre les deux passions. Ce fut fait pendant ce mois de jeûne coïncidant cette année avec le mois le plus chaud. Mais Allah est clément et miséricordieux, dit un faux dévot  arborant le maillot de Messi au sortir d’un café  où s’est livrée une bataille cathodique (une guère de religions ?) entre les supporters du Real déconfits et ceux du Barça en extase. Le foot est bien plus que du bonheur. C’est quasiment une vertu.