Sueurs froides

Rapporté du Pacifique par le capitaine Cook, en 1771, le tabou demeurait une espèce protégée.

Rapporté du Pacifique par le capitaine Cook, en 1771, le tabou demeurait une espèce protégée. Emprunté aux tribus mélanésiennes, le mot désigne, selon Le Robert, «un système d’interdictions de caractère religieux, appliqué à ce qui est sacré». Il constituerait, d’après Claude Lévi-Strauss, le premier acte constitutif de la culture elle-même. Ainsi, le sang humain, tabou suprême, objet d’une foultitude de défenses, si l’on juge par la littérature ethnographique. Aujourd’hui, les troupeaux de tabous ont été décimés. Parqué dans les réserves, le petit mammifère ne folâtre plus insouciamment. Sa tête est mise à prix. Il est aux abois, comme l’ont cruellement montré ces légions de fugitifs errant dans des refuges improbables. Il est impitoyablement traqué, surtout depuis l’éclosion d’une nouvelle race d’oppresseurs (cela ne date pas d’hier), résolus à ne pas quitter d’une semelle les allées du pouvoir, malgré le peuple, contre le peuple, quitte à écraser le peuple. Hitler et Staline étaient des monstres sans équivalent, pourtant, ils sont morts dans leur lit, Bachar-El Assad, leur zélé disciple, vient de plonger l’humanité dans une éternité d’angoisse quant à son devenir. Nous eûmes chaud.