Songe d’un jour d’été

Selon une analyse et des tests ADN élaborés par un journaliste et un historien belges sur des descendants présumés du Führer, ce dernier aurait des origines berbères et plus précisément marocaines.

Au sortir de ces drôles de périodes de vacances qu’ont été les deux mois de juillet et août, il  restera chez certains la sensation d’avoir été floués par un été qui n’en a pas été un. Calendrier lunaire oblige, on sait depuis des lustres que l’avènement  du Ramadan en pleine canicule est attendu tous les trente ans, soit plus d’une génération démographique qui est de 25 années. On se dit alors que l’on a le temps de voir venir. Mais ceux qui ont deux générations  au compteur ont aussi autant de mémoire, sauf que   les souvenirs ne sont pas les mêmes chez les uns et les autres. Dans «les années 80 de notre jeunesse», comme dirait l’économiste  Mohamed Lahbabi dans un de ses inénarrables ouvrages, l’harira avait un autre goût même si l’époque, elle, avait un goût de cendre ou de plomb,  c’est selon. Il est entendu ici que ce goût différent de la soupe est une image, une façon de dire que la pression sociale n’était pas aussi étouffante. Une autre pression, politique celle-là, encadrait l’ambiance des autochtones. C’est là le grand paradoxe de nos sociétés arabo-musulmanes. A trop jouer sur l’entre-deux et miser sur le passé tout en scrutant l’avenir , à trop vouloir conserver la tradition tout en investissant la modernité, on se transforme en funambules fébriles  dansant sur la corde raide du réel.

Depuis la dernière chronique, on s’est promis de ne pas revenir sur le marronnier du Ramadan. Mais comment tenir sa promesse lorsqu’on croise une cohorte de bipèdes, la gorge sèche et le regard hagard, marchant comme des zombies sous la chaleur accablante de l’été ? On passe son chemin en faisant gaffe de ne pas réveiller l’être vivant qui pourrait sursauter à la moindre odeur ou évocation d’une boisson, d’un mets ou d’une bonne glace dans une coupe givrée. C’était l’autre jour dans un train bondé et non climatisé comme c’est la tradition maintenant. En ouvrant un magazine français qui relate les déboires de Sarkozy, l’affaire Bettencourt et tout le folklore de la vie politique en France, un usager du train somnolait près de moi. En feuilletant ledit magazine vers les pages culturelles, on arrive à la rubrique gastronomique qui expose quelques spécialités culinaires. Et voilà que mon voisin se met doucement sur son séant en jetant des regards obliques vers les images, ma foi alléchantes, de la rubrique «cuisine légère d’été» : une belle côte de veau grillée étalée sur une botte d’herbes, une assiette de tomates bien juteuses coupées en tranches encadrées de belles lamelles de fromage de chèvre et cette glace aux fraises  nappée de crème Chantilly et baignant  dans un coulis de fruits rouges. Est-ce l’odeur qui réveilla ce dormeur du rail ? Ou n’est-ce là que la manifestation d’une curiosité intellectuelle exacerbée par un insoutenable désir de parfaire sa culture de la gastronomie française ?

Toujours est-il que lorsque je suis passé aux pages littéraires et aux notes de lectures sur les nouvelles parutions, il m’a semblé que cela n’a pas été, si j’ose dire, du goût de l’endormi. Puis soudain, lorsque j’ai refermé le magazine du coté de la quatrième de couverture, le voisin plus ou moins endormi mais franchement affamé et visiblement assoiffé détourne brusquement la tête. J’ai compris très vite la raison de cette bouderie soudaine : en effet une publicité pleine page donne à voir une grande canette de bière sous forme d’un fût pression encerclé de grands verres bien moussants.

C’était là un fait très divers parmi tant d’autres destinés à faire passer le temps en attendant le coup de canon. Sinon, il y a des journaux à lire, des mots à croiser, des petits corans miniatures à parcourir en remuant les lèvres ou carrément à haute voix pour les plus illuminés et pour les faux pieux et les fausses pieuses. Une nouveauté cette année, on a relevé que la tendance cet été est au gros volume «hard cover» (couverture cartonnée), sans doute plus visible comme signe extérieur de piété.

Pour les lecteurs de journaux, ils ont eu le choix entre les «bio» de certaines personnalités plus ou moins historiques, les fais divers crapuleux et les recettes médicales et culinaires pour passer un bon Ramadan. Puis dernièrement, la presse d’ici a relayé, sans commentaires, une découverte sur les origines de Hitler. Selon une analyse et des tests ADN élaborés par un journaliste et un historien belges sur des descendants présumés du Führer, ce dernier aurait des origines berbères et plus précisément marocaines. Eh ben mon cochon, ça nous fait une belle jambe ! Bon, on ne va pas entrer dans tous les détails de cette analyse biscornue faite par un journaliste qui répond au nom de Mulder, comme le gars de la série «X Files». Mais on sait que lorsque Mulder n’est pas accompagné dans ses enquêtes par sa partenaire, la petite blonde Scully, il ne fait que des conneries.