Sommes-nous tous égaux devant la loi ?

Quiconque prend la peine de se promener autour du tribunal de Casablanca jouxtant l’Etat-major régional des Forces armées royales, constatera que des dizaines de voitures sont dépourvues de la vignette automobile, pourtant obligatoire. Elle est (avantageusement) remplacée par les insignes de la fonction du propriétaire, qui place sous son pare-brise un macaron barré de rouge et vert portant la mention «réservé aux magistrats», ou «Cour d’appel de Casablanca».

L’une des règles de base de tout système démocratique qui se respecte repose sur l’égalité des citoyens devant la loi. Celle-ci générale et impersonnelle doit s’appliquer à tout le monde, sans distinction fondée sur la profession, le milieu social ou le montant des revenus, par exemple. Il en est ainsi dans la plupart des pays développés : la loi est respectée car appliquée, et nous autres marocains restons tout ébahis devant certaines scènes inimaginables sous nos cieux.

En Occident, on ne badine pas avec les lois. Là, c’est un ministre épinglé pour l’utilisation d’une voiture de service pour ses besoins personnels. Ailleurs ce sont des parlementaires, vilipendés pour leurs notes de frais faramineuses et farfelues (Grande-Bretagne), qui sont sommés de rembourser au Trésor public les sommes indûment perçues. Et partout, le strict respect du code de la route est de mise, pour tous les citoyens, sans exception.

Au Maroc, les choses sont légèrement différentes. Prenons quelques exemples pour illustrer tout cela. Quiconque prend la peine de se promener autour du tribunal de Casablanca jouxtant l’Etat-major régional des Forces armées royales, constatera que des dizaines de voitures sont dépourvues de la vignette automobile, pourtant obligatoire. Elle est (avantageusement) remplacée par les insignes de la fonction du propriétaire, qui place sous son pare-brise un macaron barré de rouge et vert portant la mention «Réservé aux magistrats», ou «Cour d’appel de Casablanca» ; les militaires eux préfèrent laisser bien en vue leur casquette d’uniforme sur le tableau de bord du véhicule. Nul policier ne se risquera à verbaliser le conducteur, qui peut être un procureur, juge ou officier supérieur de l’armée… Et pourtant, aucune disposition de la Loi de finances n’exonère ces personnes du paiement de la taxe sur les voitures !

Vous arrivez à l’aéroport déposer quelqu’un qui s’apprête à voyager : les vigilants gendarmes vous surveillent, vous somment de faire vite, et vous envoient vers le parking, relativement éloigné. Vous constatez alors que plusieurs dizaines de voitures sont garées juste devant l’aérogare, des véhicules civils, normaux, avec une immatriculation classique, et dépourvus de toute identification spéciale ; sauf que leurs conducteurs, eux, disposent d’un sésame, matérialisé par un coupe-file, un laissez-passer qui s’impose aux gendarmes. Résultat : un simple fonctionnaire d’une quelconque administration, un élu de base ou un quidam présentant ce document sera mieux traité qu’un autre citoyen.
Le même constat est valable devant toutes les administrations ou bâtiments publics : les privilégiés se garent devant la porte, avec l’assentiment de l’agent en faction, alors que le peuple (citoyens/contribuables normaux) se fait rabrouer et menacer d’une mise en fourrière imminente.

Bien évidemment cette petite «élite» n’a que faire des dispositions légales, et n’en fait qu’à sa tête : excès de vitesse, franchissement de feux rouges, de stops, stationnement anarchique, ou usage immodéré du klaxon en sont l’illustration la plus fréquente.

Autre exemple, l’accueil dans les administrations publiques. Ainsi pour faire ou refaire la carte d’identité nationale (CIN), des dizaines de manants font la queue dès l’aube devant les commissariats de la ville : un petit saut du côté de Hay Hassani vous montrera dans quelles conditions épouvantables  ils attendent leur tour, alignés contre un mur, sous un soleil de plomb (ou une pluie battante, selon les saisons), en permanence rabroués, engueulés, voire insultés par les agents chargés de réguler la situation. Certains sont là depuis plusieurs jours, car après des heures de patience, on leur signifie que le quota quotidien a été atteint, on les disperse sans ménagement en leur demandant de revenir le lendemain. Cependant que sous leurs yeux, des hommes et des femmes arrivent tranquillement vers 11h du matin, remontent toute la file en parlant dans leur portable, glissent un mot au policier devant la porte, disparaissent à l’intérieur… pour ressortir quelques minutes plus tard en contemplant avec satisfaction leur nouvelle carte d’identité ! Même chose au greffe du tribunal dans les bureaux de poste ou les hôpitaux : pendant que vous attendez votre tour, vous verrez toujours passer devant vous un quidam qui viendra apostropher le fonctionnaire, lequel abandonnera sa tâche et, toutes affaires cessantes, s’occupera de lui.

Il serait temps que ces mentalités évoluent et que les Marocains prennent conscience que la Loi est la même pour tout le monde, partout et toujours.