Sécheresse : à  quand un traitement de long terme ?

Chez nous, la réflexion première a toujours été
de savoir comment réduire la vulnérabilité de l’économie à  l’agriculture. On s’est beaucoup moins penché
sur les mesures d’adaptation permettant de réduire
la vulnérabilité globale de l’agriculture
au changement climatique.

Le stress hydrique de ces derniers mois fait craindre le pire pour les cultures à  travers le pays, qu’elles soient irriguées ou non. Si l’eau vient à  manquer, la production agricole déclinera et des points entiers de la croissance risquent d’être perdus. Souvenons-nous : en 1994 et 1995, la sécheresse avait réduit de 45 % la part de l’agriculture marocaine dans le produit intérieur brut. Elle menaçait de causer d’importants dégâts sur le long terme. Beaucoup de phénomènes météorologiques sont soudains et éphémères, tandis que la sécheresse est plus insidieuse, car elle frappe progressivement un territoire et maintient son emprise au fil du temps. Contrairement à  une idée répandue, la sécheresse n’est pas simplement synonyme de faibles précipitations. Elle est à  la fois météorologique, hydrologique, agricole et socio-économique. Evidemment, la succession de ces quatre notions est différente par rapport à  l’échelle temporelle. Le manque de précipitations joue un rôle critique dans la prévision de l’occurrence du phénomène et du traitement de son état d’avancement. Car on connaà®t ses graves conséquences. La pénurie d’eau décime les cultures et le bétail, mettant ainsi en péril la survie économique des agriculteurs. Dans l’arrière-pays, des méthodes archaà¯ques d’exploitation agricole, des cultures de faible valeur ajoutée, ainsi que les inégalités en matière d’accès aux services de base, risquent de maintenir de nombreux foyers dans la misère.

A chaque sécheresse, le gouvernement réagit par la mise en Å“uvre d’un programme. Celui établi pendant la sécheresse de 1994/95 a donné de bons résultats, en dépit de quelques dérives ici ou là . Il s’articulait autour de quelques actions : l’alimentation en eau potable des zones les plus touchées, et l’approvisionnement en eau du bétail ; la sauvegarde du cheptel sur la base d’un système d’information visant à  combler une partie du déficit fourrager ; le financement des activités agricoles et l’approvisionnement en semences, la création d’emplois, compte tenu de la perte d’emploi saisonnier agricole et des risques d’émigration rurale. Mais son originalité, source de son efficacité, résidait dans les innovations de sa mise en Å“uvre : un programme de proximité, en partenariat avec les acteurs locaux, et une souplesse dans la gestion financière.

A-t-on capitalisé sur cette expérience, sur ses enseignements pour anticiper sur la récurrence du phénomène ? Apparemment non ! Une période prolongée de précipitations supérieures à  la moyenne semble donner aux décideurs une impression trop optimiste de sortie de l’ère de la sécheresse. On finit par traiter le phénomène conjoncturellement, par des programmes d’urgence. Pourtant, il s’est installé dans notre paysage rural, comme une composante ancrée dans ses structures.

Une stratégie de lutte à  long terme contre les effets de la sécheresse passe par deux actions incontournables : l’organisation de structures institutionnelles permanentes de suivi et d’anticipation et la mise en place d’outils d’aide à  la décision permettant à  la fois de déclencher des programmes d’urgence et d’intégrer les risques de sécheresse dans la planification économique des activités des zones rurales. Préparer l’économie nationale aux sécheresses, c’est coordonner efficacement les relations avec les nombreux acteurs, qui interviennent à  tous les niveaux (local/national, sectoriel) ; c’est définir leurs responsabilités respectives (qui fait quoi), c’est mettre en Å“uvre un système d’information comprenant les données géographiques spécifiques sur l’état des ressources agricoles, pastorales, forestières et en eau, les zones à  risque. Beaucoup reste à  faire dans cette voie. Chez nous, la réflexion première a toujours été de savoir comment réduire la vulnérabilité de l’économie à  l’agriculture.

On s’est beaucoup moins penché sur les mesures d’adaptation permettant de réduire la vulnérabilité globale de l’agriculture au changement climatique. Tout au mieux s’est-on intéressé, dans le secteur agricole, aux répercussions biophysiques du changement climatique sur l’agriculture en négligeant quelque peu les effets socio-économiques. Or, pour prémunir le secteur contre le changement climatique, il est primordial d’accroà®tre sa capacité d’adaptation par la diversification et par le développement de nouvelles technologies. Pour le moment, on est loin de ce schéma.