Ronaldo sans boule à  zéro

Un produit ou une rumeur après matraquage peut faire un «buzz», c’est-à -dire réussir à  s’imposer auprès du public comme un label de qualité ou comme une totale vérité. Nous avons tous les jours des exemples de ces nouvelles trompettes de la renommée mal embouchées par le plus grand nombre et le tout-venant.

Entendu. «Dont believe the hype» (ne croit pas au battage médiatique). C’est le titre d’une chanson du groupe de rap Public Ennemy. Eh oui ! On ne va pas toujours citer Proust ou Valéry, surtout lorsque le sujet s’y prête si mal.

Du reste, on n’a rien contre le rap car il exprime très souvent le réel d’aujourd’hui dans ce qu’il a parfois de plus criant, de plus tripal, de plus trivial ou évanescent. Les nouveaux médias tel que le Net ont mis en avant, et en anglais bien évidemment, un langage dont certains vocables ou locutions reflètent ou traduisent parfaitement la vacuité du propos. En plus de ce fameux hype, il y a son corollaire, le buzz. Ce dernier est la résultante du premier car, sans hype, point de buzz.

Un produit ou une rumeur après matraquage peut faire un buzz, c’est-à-dire réussir à s’imposer auprès du public comme un label de qualité ou comme une totale vérité. Nous avons tous les jours des exemples de ces nouvelles trompettes de la renommée mal embouchées par le plus grand nombre et le tout-venant. Aujourd’hui, il faut faire avec ce nouvel air du temps, sans pour autant ni s’en réjouir ni tenter de lui opposer l’opacité d’un autre âge.

Lu. Dans la torpeur de l’été, pendant les vacances, Chicago, le roman de Alaâ Al Assouani, dans sa version arabe. (Il existe aussi en version française chez Actes Sud). Après l’Immeuble Yacoubian, ce romancier égyptien, dentiste de son état, a trouvé la voie royale du roman arabe moderne. Le grand succès de son premier roman, mais aussi la qualité de l’écriture et l’épaisseur des personnages qui peuplent l’ouvrage auraient mis la pression sur n’importe quel autre écrivain envisageant une deuxième expérience.

Ce n’est pas le cas de Al Assouani qui a mené à bon port le récit d’un groupe de jeunes étudiants à l’étranger, hommes et femmes de l’Egypte d’aujourd’hui, face aux multiples contradictions culturelles, politiques et identitaires d’une diaspora en exil formée de quelques compatriotes de la génération précédente. L’auteur n’est à aucun moment ni dans la complaisance ni dans l’empathie avec ses personnages qu’il met en scène comme dans un film réaliste.

Même l’éternel étudiant mouchard des «Services», qui fait traîner ses études et brouille son cursus universitaire, n’est à aucun moment caricaturé. De plus, le roman est découpé tel un scénario de film où le descriptif des personnages est d’une grande précision, ce qui donne à l’ouvrage cette lisible visibilité qui avait fait le succès de l’œuvre de son aîné Najib Mahfoud.

Le romancier, engagé dans le mouvement d’opposition, ne recule pas devant la critique en filigrane du régime actuel en Egypte, et notamment de son chef, Hosni Moubarak. La séquence relative à la visite présidentielle à Chicago, ainsi que la cérémonie ubuesque organisée par les étudiants en son honneur, en sont la parfaite illustration. C’est aussi une des marques de fabrique du roman de Al Assouani qui ne fait ni dans la métaphore ni dans l’autocensure lorsqu’il s’agit du détenteur du pouvoir dans son pays.

Mais Chicago n’est pas seulement le récit d’un groupe d’étudiants égyptiens dans l’Amérique d’après le 11-Septembre. On peut aussi le lire comme la radioscopie de l’Egypte, voire d’un certain nombre de pays arabes, et y retrouver l’ensemble des contradictions entre la modernité et la tradition, l’espérance et la désillusion, les rêves du nassérisme et les dérives de l’affairisme.

Vu. Cette étrange publicité dans la presse française, illustrée par une petite photo d’identité en noir et blanc du joueur brésilien Ronaldo, arborant une tignasse, alors qu’on le connaissait avec une tête «boule à zéro» ? Le titre: «Peu de cheveux ? Ronaldo conseille Crescina».

Avant de se taper les deux colonnes du message publicitaire, car c’est une pub pour un vrai lecteur, chauve de préférence, on se demande qui est cette Crescina que Ronaldo conseille. Une copine du joueur ? Sa frangine ? Une de ses anciennes conquêtes dans le besoin, coiffeuse de son état, qu’il veut dépanner ? N’ayant pas encore besoin de cheveux (même si l’on en a perdu pas mal…) mais poussé par une curiosité de lecteur et d’amateur de foot, on se met à lire : «La chevelure de Ronaldo est une œuvre de maître suisse.

Selon des informations en provenance du Brésil, le joueur de pointe du Milan a signé un contrat avec une société helvétique qui lui a mis en tête un nouveau produit qui fait pousser les cheveux». Le reste, c’est de la pub et des infos sur ledit produit.

Quant à Crescina, puisque c’est elle qui nous intéresse, son nom complet, c’est Crescina R5 (comme la voiture) et c’est tout bêtement le truc qui a fait pousser les cheveux de Ronaldo. Dans ce cas, son compatriote Ronaldhinio, au vu de la toison hirsute qu’il trimballe sur les stades, a dû carrément avaler le flacon ou alors pris plusieurs douches avec Crescina. Pauvre Ronaldo, on se demande s’il a vraiment perdu la boule ou alors s’il repart à zéro parce qu’il est vraiment dans la mouise.