Responsabilité sociale, un défi pour les entreprises

«Produire vite et mieux» remplace désormais le «produire vite et plus» inspiré du taylorisme et devient un objectif mobilisateur pour les sociétés, soucieuses de la qualité et de l’environnement. Au Maroc, quelques pionniers ont ouvert la voie qui est désormais le passage obligé.

«Don’t be evil» (ne pas faire le mal) telle est la devise de l’entreprise Google fondée par deux jeunes, milliardaires de nos jours, qui sont en train de donner des sueurs froides à Wall street. Les jeunes milliardaires s’appellent Larry Page et Sergey Brin. Fidèles à la devise de Google, ils ont confirmé dans une interview à … la sulfureuse revue Play boy !!! Vouloir faire de l’entreprise une «force pour le bien, faire ce qui est éthique». Larry Page va jusqu’à préciser que les gens préfèrent «ne pas faire le mal» à «faites du bien».
La réussite exemplaire de ces jeunes aventuriers, «nouvelle vague», que seuls les USA peuvent générer, est très significative de l’expansion des initiatives créatrices des Américains. Cette réussite, située dans le cadre du respect de l’éthique universelle, ne peut que prôner la légitimisation du gain.
«Gagner l’argent» même beaucoup d’argent en «ne faisant pas de mal», sans s’interdire de faire du bien, est révélateur de l’émergence d’une certaine responsabilité sociale, volontaire, intégrée dans l’esprit d’un capitalisme américain mondialisé et dominateur. Certes, la nuance est de taille. «Ne pas faire de mal» est moins engageant que faire du bien. Toutefois, l’on pourrait poser quelques questions :
– La globalisation de l’économie serait-elle en train de se donner un visage humain ?
– L’arrogance, l’appétit du gain seraient-ils rassasiés au profit d’un sens de l’humain ?
A l’occasion de l’introduction en bourse de la société Google, ces deux jeunes actionnaires se sont proposés d’emprunter d’autres sentiers que ceux de la finance bancaire. Ils ont choisi des ventes aux enchères par internet, dites «à la hollandaise», pour vendre au plus offrant. Ce dernier, le plus offrant, n’est pas nécessairement le «moins mal offrant» comme le veut la devise.
Cette procédure présentée comme originale, démocratique, aura un résultat matériel important. Concilier l’éthique, le sens de la responsabilité sociale avec le bénéfice matériel ne peut que satisfaire tout le monde et tant mieux.
A propos de la «responsabilité sociale», nos grandes entreprises, les multinationales notamment, ont réagi positivement aux effets de ce qu’on peut considérer comme le contrepoids naturel de la « mondialisation».
«Produire vite et mieux» remplace désormais le «produire vite et plus» inspiré du taylorisme et devient un objectif mobilisateur pour les sociétés, soucieuses de la qualité et de l’environnement. «Produire mieux» suppose trois facteurs: l’économie de l’énergie et la diminution de la pollution ; l’amélioration des compétences des ressources humaines ; l’assurance de la sécurité et la santé des travailleurs.
Reconnaissons que ces changements se sont opérés à la faveur d’un contexte international favorable. En effet, sous la pression de la société civile et des institutions internationales (Nations unies notamment), les gouvernements ont réagi par l’instauration de certaines règles et lois pour préserver le droit des hommes et de la nature. Ainsi en est-il de l’article 6 de la Déclaration universelle des droits de l’homme où le concept d’égalité des armes ou de la Déclaration de Rio sur le développement durable qui dicte les trois principes fondamentaux que sont l’éthique, l’obligation de précaution et le principe de la responsabilité.
D’autres standards ont vu le jour pour renforcer la protection de l’environnement et les droits sociaux. Michel Joras cite deux exemples :
Au Royaume Uni, Investors in people est un document relatif à la politique socioéconomique de l’entreprise élaboré par une commission tripartite : (syndicat – patronat – Etat) pour garantir des conditions de travail honorables et une implication plus forte des partenaires sociaux dans le management de l’entreprise. Aux Etat-Unis, la SA 8000 (social accountancy) garantit que les sous-traitants respectent le droit des travailleurs tel que défini par l’OIT. Il s’agit notamment du respect de la santé et de la sécurité des personnes, du non recours au travail des enfants et au travail forcé, de la liberté syndicale et de la juste rémunération de travail.
Qu’en est-il sur le plan national ?
Plusieurs indices laissent penser que les choses bougent dans le bon sens, mais des lacunes restent à combler. Le dialogue social tripartite (gouvernement /syndicat/patronat) activé et le nouveau Code du travail s’est référé expressément aux conventions internationales relatives aux relations de travail, mais, par exemple, si les fautes graves commises par l’employeur dont le harcèlement sexuel sont sanctionnées, le harcèlement moral, très fréquent dans les entreprises, n’est pas évoqué.
Aujourd’hui, des entreprises se font certifier EMAS (eco management and audit system) ou ISO 14 000 (protection de l’environnement) et d’autres au standard OHSAS (occupation, healthy, safety, assessment series) relatif à la protection de la santé et la sécurité des salariés.
Il est à signaler avec satisfaction que certains groupes représentés au Maroc ont pris les devants en s’insérant dans des approches de qualité totale, et de respect de l’environnement ou encore en élaborant leur bilan social. Les indicateurs qui y sont exprimés sont toutefois utiles. Ils peuvent au moins servir à la détermination des risques potentiels pour dégager la responsabilité sociale, voire juridique de l’entreprise (cas des conditions de travail, d’hygiène et de sécurité).

En conclusion
Jouer gagnant/gagnant avec ses collaborateurs, ses clients, son environnement, se confirme être la clé de succès de l’entreprise. C’est plus simple à dire qu’à faire pourra-t-on répliquer ? Pour ce, quelques conditions de réussite semblent appropriées :
– contexte de confiance économique et politique incitatif à l’entreprenariat ;
– compétence des décideurs soutenue par une vision stratégique ;
– souci d’appartenance au pays, patriotisme ou plutôt «ownership» de ces décideurs ;
– développer une culture d’engagement et d’implication, de travail des citoyens et salariés de l’entreprise ;
– équité, voire Etat de droit fort opposable à tout le monde, tant dans l’entreprise que dans son environnement ;
– insuffler le sens de la responsabilité à toute l’organisation et l’apprécier par rapport à un référentiel dont les jeux sont claires et reconnus ;
– dire vrai et communiquer avec sincérité sur la situation réelle, positive ou négative ; le langage du cœur soutenu par une raison constructive est semble-t-il une approche efficiente.
En termes plus simples, il faut aimer son pays, son travail… pour mieux le satisfaire, et le pays et son entreprise et ce, pour une contribution effective à leur développement global .