Rendez-nous nos trottoirs !

A l’instar de la baleine franche, du thon rouge, de l’éléphant africain et de centaines d’espèces vivantes se raréfiant, le piéton marocain est menacé d’extinction.

A l’instar de la baleine franche, du thon rouge, de l’éléphant africain et de centaines d’espèces vivantes se raréfiant, le piéton marocain est menacé d’extinction. Non, je ne vous fais pas marcher, le marcheur invétéré que je suis n’a plus le coeur à la galéjade, tant il se trouve de plus en plus sevré de son plaisir favori, pourtant sain, innocent, légitime. Qu’appelle-t-on un piéton ? Un bipède qui se sert de ses deux pieds pour les mettre l’un devant l’autre. Mouvement aux nombreuses vertus, dont celles de stimuler le coeur et l’esprit, mais qui expose à de sérieux périls. C’est la raison pour laquelle on a ménagé à l’intention des piétons des espaces leur permettant de se mouvoir en toute quiétude. Nommé improprement «trottoir», ce territoire consiste en une «partie latérale d’une rue, surelevée par rapport à la chaussée, réservée aux piétons», dixit Le Petit Larousse. Rien moins qu’adéquat, appliqué au Maroc en mouvement. Au mieux, le piéton a droit seulement à la portion congrue du trottoir qui lui est, en principe, exclusivement dévolue. C’est la croix et la bannière pour avancer. On doit éviter les étalages, posés à même le sol, des vendeurs dits «à la sauvette», mais qui se sentent en terrain conquis, zigzaguer entre les tables des cafés, ce qui n’est pas la meilleure manière de marcher droit, contourner, parfois, des véhicules garés impunément en plein milieu du trottoir. Devant tant d’embûches, les piétons, n’en pouvant plus, sont tentés de renoncer à marcher. Vers la fin de l’espèce piétonne ?