Réforme de la Constitution : Attention à  une surprise des urnes

Une surprise pourrait sortir des urnes le jour du référendum. Nous pourrions être tentés, nous jeunes et électeurs largement majoritaires, d’opposer un «Non» sans appel, à  cet amendement de la Constitution qui vise à  placer l’essentiel du pouvoir exécutif entre les mains d’un Premier ministre issu du parti majoritaire. D’abord parce que nous en avons le droit : c’est le principe même de la démocratie. Ensuite et surtout par défi envers notre classe politique. 

Un Roi fait-il ce qu’il veut ou bien fait-il ce que son peuple attend de lui ? La réponse, majestueuse, nous a été servie le 9 mars dernier. Prenant à contre-pied l’excuse de l’«exception marocaine»,  argument infondé et joyeusement ressassé par nos élites satisfaites d’un statu quo qui arrange leurs intérêts, Sa Majesté Mohammed VI a montré que ce qu’il envisageait pour son pays était en totale symbiose avec les aspirations de son peuple. L’évènement est d’autant plus poignant que le Monarque n’est pas apparu agir sous la pression, celle des manifestations. 

En effet, le projet de création des régions avait été annoncé le 3 janvier 2010, il y a plus d’un an. L’amendement de la Constitution proposé par Sa Majesté pour mettre en œuvre cette régionalisation avancée, et par là-même permettre une meilleure gouvernance et un exercice optimal de la démocratie, s’inscrit dans un processus de changement entamé depuis son accession au Trône. Bref, le vent du changement souffle sur notre pays depuis plus de dix ans, et nous n’avons pas attendu que des voix s’élèvent, portées par une synergie arabe salutaire, pour prôner la rupture. Dont acte.

Il n’en demeure pas moins qu’une surprise pourrait sortir des urnes le jour du référendum. En effet, nous pourrions être tentés, nous jeunes et électeurs largement majoritaires, d’opposer un «Non» sans appel, à cet amendement de la Constitution qui vise à placer l’essentiel du pouvoir exécutif entre les mains d’un Premier ministre issu du parti majoritaire. Pour deux raisons.

D’abord parce que nous en avons le droit : c’est le principe même de la démocratie. Ensuite et surtout par défi envers notre classe politique. Nous avons des raisons de craindre, en effet, que les déceptions de demain soient pires que les regrets d’aujourd’hui.

Nous pourrions voter «Non» pour crier haut et fort qu’on ne fait pas confiance à une classe politique opportuniste qui se partage les postes comme les honneurs, au grand dam des attentes d’une Jeunesse désabusée. Nous pourrions voter «Non», par peur que le pouvoir exécutif ne se retrouve entre les mains de mafieux corrompus qui placent leurs intérêts privés au-dessus de ceux suprêmes de la nation. Nous pourrions voter «Non» pour dire que notre classe politique est indigne d’assumer les nouvelles responsabilités que le Souverain veut lui céder.

Sauf que nous ne devons pas laisser cette opportunité sans précédent, nous être confisquée par le pourrissement de notre champ politique. Nous ne laisserons pas passer cette occasion historique d’un nouvel équilibre des pouvoirs car force est de constater que l’immobilisme récent est pour beaucoup le signe d’un dysfonctionnement institutionnel jusque-là silencieux, mais d’un silence assourdissant.
Que faire donc pour éviter que le «non» l’emporte ? La responsabilité incombe d’abord au Souverain. En effet, le Monarque doit rassurer son peuple en lui assurant qu’il sera l’arbitre, le guide, le gardien, le rempart. Que le sceau, le recours et l’intervention, royaux, nous sont acquis à tout instant. Et que l’Etat sera très vigilant, sans ménagement vis-à-vis des partis politiques.

En attendant, nos partis politiques doivent s’empresser d’opérer leur révolution interne, avant le référendum, pour être à la hauteur de l’évolution annoncée par Sa Majesté. Ils doivent constituer dès à présent des élites qui soient capables de porter leurs convictions sur tous les fronts de la responsabilité publique. Ils doivent élire des bureaux politiques de femmes et d’hommes, véritables serviteurs de la Nation, capables des valeurs et des sacrifices des générations des années de la lutte pour l’indépendance. Nos partis devront se résoudre à se débarrasser de barons sans légitimité sinon celle de l’argent, des relations, de la soumission au zaïm. Seuls le patriotisme, l’altruisme, la compétence, l’expérience et l’attachement viscéral au Maroc, à ses institutions et valeurs, doivent prévaloir.
Ils doivent être à l’écoute des aspirations du peuple,  clarifier leurs fondements idéologiques, être des lieux de débats, proposer des projets de société différents. Aujourd’hui, nous sommes en présence de 37 partis politiques. Qui pourrait nous dire ce qui les distingue réellement ? «Si deux hommes ont toujours la même opinion, l’un des deux est de trop», disait Winston Churchill. Que fait-on quand ce sont plusieurs qui ont la même opinion, celle de n’en avoir aucune ou presque? Ce multipartisme est peut-être un gage de démocratie. Mais nous n’avons pas besoin de cette démocratie-là. Nos partis politiques doivent œuvrer pour se constituer rapidement en groupements homogènes pouvant gouverner ensemble.

Ce sont nos préalables pour qu’on rejoigne et renforce les rangs quasi vides des partis politiques, afin de participer à cette nouvelle ère, la nôtre. Mais par prudence et sachant que nos partis politiques sont inconscients des enjeux colossaux qui nous animent, parce que empêtrés dans des guerres de positionnement, des magouilles de transhumance et de parachutage, un dirigisme démocratique d’ici jusqu’à la veille du référendum s’avérerait nécessaire pour forcer la rupture, la leur. «Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne vous prenne par la gorge», disait le même Churchill.