Qui a le plus à  perdre ?

Décidément, le monde, avec internet, est vraiment devenu trop petit. Il suffit que, quelque part dans un coin de la planète, des huberlulus accouchent d’une Å“uvre fielleuse qui prenne à  partie la religion musulmane pour qu’aussitôt des incendiaires en profitent pour tenter d’allumer le feu. Qui, en effet, aurait jamais eu écho de ce film de très mauvaise facture si un cheikh égyptien ne s’était pas empressé de mettre en ligne certaines de ses séquences ? Personne. et le navet aurait connu la mort qu’il mérite.

Le groupe de jazz américain, The Dwayne Dopsie and the Zydeco Hellraisers, était attendu à Tanger pour l’avant-dernière soirée du Festival Tanjazz. Mais, à la dernière minute, la peur l’a emporté et il s’est désisté. Faisant l’amalgame entre Tanger et Benghazi où leur ambassadeur a péri le 11 septembre dernier dans ce qui s’apparente, semble-t-il, à une attaque terroriste, les musiciens américains ont préféré s’abstenir de prendre l’avion pour la ville du détroit. Remplacés au pied levé par les organisateurs, leur absence n’a pas pénalisé une édition qui, malgré la tension générée par les manifestations contre le film The innocence of muslims et les caricatures de Charlie Hebdo, a été des plus réussies. Tanjazz a ravi son public, notamment en faisant la part belle à des formations autochtones qui, aux rythmes du blues et du jazz, ont marié des sonorités marocaines. Et la fête, plutôt que la colère, a occupé l’espace.

En faisant se dissoudre le spécifique dans l’universel le temps d’un festival, la musique a assourdi les bruits d’un monde dont l’actualité a été dominée tous ces jours derniers par l’onde de choc provoquée par le film et l’assassinat de l’ambassadeur américain. Depuis, c’est un énième débat sur l’islam et sur le «choc des civilisations» qui monopolise les colonnes des médias internationaux. Décidément, le monde, avec internet, est vraiment devenu trop petit. Il suffit que, quelque part dans un coin de la planète, des huberlulus accouchent d’une œuvre fielleuse qui prenne à partie la religion musulmane pour qu’aussitôt des incendiaires en profitent pour tenter d’allumer le feu. Qui, en effet, aurait jamais eu écho de ce film de très mauvaise facture si un cheikh égyptien ne s’était pas empressé de mettre en ligne certaines de ses séquences ?
Personne. Et le navet aurait connu la mort qu’il mérite. Là, on lui a fabriqué un destin explosif qui aura coûté la vie à plus d’une dizaine de personnes. Dans la foulée du cheikh, les groupuscules salafistes ont aussitôt mobilisé leurs troupes pour tenter d’entraîner les foules derrière eux. Avec Al Qaïda toujours aux aguets, cela a donné ces assauts contre les représentations diplomatiques américaines et les morts retentissantes de Benghazi. De nouveau, on a eu droit à de gros plans sur des visages déformés par la colère. Ces images de la «rage musulmane» ont été diffusées en boucle par les chaînes de télévisions occidentales. Une «rage» qui, dans les faits, n’aura concerné qu’une part infinitésimale des musulmans. En effet, selon des estimations faites par des médias alternatifs, seuls 0,001 à 0, 007% du milliard et demi de musulmans ont été concernés par ces protestations. Mais ce n’est pas ce que vont retenir les touristes occidentaux au moment de choisir les destinations de leurs prochaines vacances. Comme pour ce groupe de jazz américain, la peur risque, une fois de plus, de prendre le dessus. Et le secteur touristique de nos contrées de s’en trouver un peu plus sinistré.

Alors que faire ? L’affaire est l’affaire de tous et pas seulement celle des autorités publiques. Même s’ils ne sont que des groupuscules, les salafistes représentent un cancer pour nos sociétés, surtout en ces temps de crise. Le PJD aujourd’hui au pouvoir et qui partage une idéologie commune avec cette mouvance doit assumer les responsabilités du choix qu’il a fait, celui de la démocratie. Et pour ce faire, s’engager plus résolument dans la défense des principes démocratiques et de la condamnation absolue de tout discours et/ou attitude extrémiste. Mais les institutionnels, le patronat et la société civile ont aussi un rôle important à jouer. Il leur revient également d’aider à la création des sas indispensables pour empêcher la prolifération de ces cellules cancéreuses. Ces sas, c’est à travers l’éducation, l’art et la culture qu’ils se constituent. Alors que ceux qui ont de l’argent comprennent que, plus que jamais, il leur faut mettre la main à la poche pour permettre à ces secteurs de s’épanouir. Au-delà de la société dans son ensemble, il y va de leur devenir et de celui de leurs enfants. Quelle que soit la bulle dans laquelle il évolue, personne aujourd’hui n’est à l’abri. Aujourd’hui, il y a d’un côté ceux qui ont et de l’autre ceux qui n’ont rien. Qui a le plus à perdre ? La réponse va de soi.