Questions citoyennes

Aurons-nous un Parlement constitué, en majorité, d’hommes ou de femmes de conviction percevant la représentation nationale comme une charge pour défendre sa conception de l’intérêt général ; ou verrons-nous la reproduction d’une institution formée de notables locaux, qui voient dans le siège parlementaire un relais pour accéder à  la proximité du pouvoir, une posture de défense d’intérêts particuliers ?

Deux caractéristiques majeures significatives de l’état d’esprit du corps électoral à quelques mois de l’échéance électorale : le pessimisme et la défiance. Le pessimisme élevé s’exprime surtout sur le terrain économique et social alors que la défiance profonde touche le système politique. Les semaines qui nous séparent de ce rendez-vous électoral permettront de prendre la mesure de la capacité de la campagne électorale à réduire ces phénomènes, ou, au contraire, à les entretenir et à les renforcer. L’enjeu fondamental de cette échéance est de faire revenir l’électorat aux urnes, de le convaincre que les élections parlementaires sont un enjeu réel pour le devenir du pays et le cadre de vie du citoyen. L’électeur-citoyen s’inquiète, doute. Dans ce malaise ambiant, il est gagné par la morosité, la défiance envers les hommes politiques. Diverses questions taraudent son esprit. Etre à son écoute est fondamental dans la reconstruction de la confiance envers les politiques et les candidats en quête de voix. 

Premier doute exprimé par nombre d’électeurs potentiels : le vote aura-t-il un sens ? Logiquement oui, nous sommes dans une phase nouvelle inaugurée par l’adoption d’une Constitution appelée à élargir les perspectives de démocratisation du système politique par une séparation des pouvoirs plus clairement définie, la consécration d’une nouvelle génération de droits humains plus soucieuse d’égalité et d’équité. Mais admettons que l’avènement d’une monarchie constitutionnelle et parlementaire ne peut être qu’une œuvre de longue haleine; le rythme de cette transition est déterminé par la volonté et la capacité des acteurs du jeu politique à faire accoucher ce cadre juridique du mieux institutionnel qu’il porte en lui et qui gît dans les formalisations claires/obscures de ses titres et articles. Toute Constitution est susceptible de lectures diverses. L’électeur ne peut s’empêcher d’interpeller les candidats des partis sur la lisibilité politique de ce texte porteur d’une nouvelle gouvernance politique : Comment comptent-ils donner corps à la responsabilité de l’exécutif dans la mise en œuvre de ses prérogatives, à sa capacité de gérer le système «bipolaire» en bonne intelligence avec la plus haute autorité de l’Etat ; de réguler les tensions naturelles entre les prérogatives du conseil de gouvernement et du conseil des ministres ; de veiller à une distinction subtile et ferme entre ce qui relève des orientations du conseil des ministres et les décisions de l’exécutif ; d’éviter les interférences, les ingérences ou les injonctions des circuits parallèles, visibles ou opaques dans la gestion des affaires publiques. Assurément, il n’est pas simple de livrer des réponses anticipatives à ces questionnements. Leur résolution est une affaire de confiance dans la volonté des acteurs. Du point de vue de l’électorat un des aspects de cette confiance réside dans le choix des candidats et des ministres de la future coalition gouvernementale.

Tout d’abord le choix des candidats; les électeurs seront appelés à choisir parmi une liste de candidats confectionnée par les partis. Leur responsabilité dans le processus d’accréditation est donc pleine et entière. En fin de parcours aurons-nous un Parlement constitué, en majorité, d’hommes ou de femmes de conviction percevant la représentation nationale comme une charge pour défendre sa conception de l’intérêt général ; ou verrons-nous la reproduction d’une institution formée de notables locaux, qui voient dans le siège parlementaire un relais pour accéder à la proximité du pouvoir, une posture de défense d’intérêts particuliers ? La crainte est que les partis se placent dans une logique de choix déterminée par une préférence pour candidats capables de gagner des sièges, la notion de capacité s’identifiant aux ressources financières que le candidat peut mobiliser dans le financement de sa campagne, les militants seront relégués dans des positions peu favorables et des circonscriptions perdues d’avance. Dans la crise actuelle du militantisme et le peu d’élan manifesté par les sympathisants et les électeurs, le choix des partis est sous contrainte. S’ajoute à cette donne, celle d’un découpage électoral où l’Etat, par des techniques d’ajustement, à la fois fines et complexes, faites d’un dosage d’incitation, de pression et de neutralité, cherche à faire prévaloir une configuration finale qui soit acceptable dans sa logique politique. Toujours est-il que la compétition politique fera sortir des urnes un paysage politique probablement toujours aussi éclaté, laissant une large manœuvre à une composition d’alliances où la cohérence idéologique et les affinités politiques ne seront pas de mise. Mais au delà de sa composition ou de son architecture, le nouveau gouvernement sera interpellé sur sa responsabilité, sa capacité à agir comme collectif décisionnel. Le choix des ministres reflètera-t-il ces exigences  politiques élémentaires ou verra-t-on, de nouveau, des partis qui attribuent une étiquette politique à des «parachutés» sans parcours ni engagement politiques effectifs ? La compétence de quelques individualités ne peut faire office d’une politique d’ensemble cohérente et partagée. En somme, le retour aux urnes des citoyens tient à la capacité de la politique, aujourd’hui désenchantée, de proposer à nouveau des repères, une vision, une éthique de conduite, bref, de donner du «sens» à notre destin collectif.