Question de sémantique !

la corruption se définit usuellement comme l’interaction d’une décision prise par le corrompu, en faveur du corrupteur. Le premier ne fait pas ce qu’il doit faire, ou fait ce qu’il ne doit pas faire, au bénéfice du corrupteur qui en tire un avantage. Mais dans le cas cité en exemple, il n’y a plus d’interaction, le gendarme a pris une décision unilatérale, celle de ne pas verbaliser, sans rien demander en retour. C’est là  où la sémantique intervient

Ces derniers temps, il est beaucoup question de «corruption» : on crée des observatoires de lutte contre ce fléau, on disserte à longueur d’émissions télé sur le phénomène, et plusieurs articles traitant de ce sujet paraissent régulièrement dans la presse. Mais il me semble que le débat sur la corruption est biaisé, car il s’agit surtout de la bonne compréhension d’une appellation. On a coutume de dire «tous pourris», entendez par là corrompus. Personne n’y échappe, aucun corps de métier n’est épargné: du banquier à l’avocat, en passant par le fonctionnaire ou le médecin, dans chaque conversation, le débat est le même, chacun y allant de sa petite histoire. Mais en fait, c’est le citoyen marocain qui a une perception erronée des faits. Prenons un exemple simple : il y a quelques jours, un gendarme m’interpelle à un péage d’autoroute, pour dit-il  un excès de vitesse ; soit 89 km/h enregistrés, au lieu de 80 autorisés. Soit. Il me demande si je vais payer
300 DH d’amende tout de suite ; bien évidemment je réponds par la négative, et il décrète alors une suspension du permis ; je propose alors de payer en revenant, puisque je ne vais pas très loin, que je pourrais retirer de l’argent dans un distributeur de la ville où je me rends, et que lui-même est encore en service toute la journée. (Il est alors 9h30, direction…, restons discrets afin de ne pas griller ce fonctionnaire). Il m’invite à l’accompagner jusqu’à la fourgonnette où un confortable siège attend les contrevenants. Prenez vos aises, installez-vous, le temps que je rédige le PV; puis il demande à quelle adresse il conviendra de m’adresser, et le permis et le montant de l’amende à payer. Je lui fournis les renseignements nécessaires mais, déjà, je relève mentalement qu’il ne prend aucune note, malgré les formulaires divers posés sur sa tablette. Arrive ensuite la question sur la profession que j’exerce, et il apprend que je suis juriste. Ah ? La conversation bascule sur la législation en vigueur concernant la circulation, le permis à points sans points, et les aléas de la vie de gendarme. Comme tous les Marocains placés dans ce genre de situation, un courant de sympathie s’établit entre nous, la conversation est amicale, et finalement, il me rend mes papiers, affirmant qu’entre juristes, il ne peut y avoir de PV. (Les gendarmes assermentés, sont aussi OPJ, Officiers de police judiciaire). Mais avant de partir, je laisse un billet de cent dirhams sur la tablette, sans que rien me soit demandé directement ou indirectement. Est-ce bien ou pas, c’est un autre débat. La question est : En l’espèce, peut-on parler de corruption ? Celle-ci se définit usuellement comme l’interaction d’une décision prise par le corrompu, en faveur du corrupteur. Le premier ne fait pas ce qu’il doit faire, ou fait ce qu’il ne doit pas faire, au bénéfice du corrupteur qui en tire un avantage.
Mais dans le cas cité en exemple, il n’y a plus d’interaction, le gendarme a pris une décision unilatérale, celle de ne pas verbaliser, sans rien demander en retour. C’est là où la sémantique intervient. Nos concitoyens aiment se plaindre, et raconter qu’ils sont victimes de corruption. Or ce sont eux-mêmes qui enclenchent ce cercle vicieux : ils ont l’habitude de perdre du temps dans les administrations, dans les entreprises ; mais le pays progresse, et les administrations (puisque ce sont elles qui sont le plus visées) deviennent performantes, pour le plus grand bonheur des citoyens…lesquels une fois leur affaire réglée, ne résistent pas à l’envie de faire un petit cadeau à celui ou celle qui aura diligenté son cas. Alors ? Corruption ou pas ?
Le débat est large, mais il serait sage de modérer les propos tenus ici et là, car et c’est aussi un détail important, la corruption est le délit le plus difficile à prouver en l’absence de flagrant délit… (lequel est assez rare, en l’occurrence).
Personne n’avoue jamais qu’il a corrompu ou tenter de corrompre son prochain ; lequel évidemment ne reconnaîtra jamais qu’il l’a été. Ceci dure depuis le début de l’Humanité, et la fin du phénomène n’est pas pour demain.