Quelques petits festivaliers

Il est normal que tout artiste qui veut assister au festival réclame un badge et se charge de ses frais de séjour, à part les invités d’honneur. Appliquons cette règle
et les pique-assiettes s’élimineront tout seuls.
Il faut le faire parce qu’ils se laissent instrumentaliser
par l’intégrisme, ennemi juré de la création en général
et du cinéma en particulier.

Le Festival de Marrakech est bien installé… Tout porte à croire que la quatrième édition le consacre définitivement comme un moment fort pour le monde du cinéma. Le professionnalisme de l’équipe, les moyens mis en place et la magie de Marrakech ont réussi à arracher le respect du gotha du cinéma. Au-delà des déclarations de circonstance, Alan Parker, Youssef Chahine et les autres n’ont pas tari d’éloges sur un événement que tous considèrent comme unique au Sud de la Méditerranée.
Le gain pour le Maroc est énorme. Le cinéma, l’industrie cinématographique est un vecteur de développement. Nul doute que d’autres superproductions choisiront le Maroc comme terre de tournage. Au-delà, le Festival de Marrakech est une excellente opération de communication. Tous les étrangers présents ont souligné, dans leurs déclarations, l’image d’un pays moderne, ouvert, empreint de tolérance. Par les temps qui courent, cela n’a pas de prix.
Tout Marocain, fier de l’être, ne peut qu’applaudir cette réussite, qui est celle d’une équipe mais aussi d’un pays. Cela n’est pas l’avis de quelques festivaliers d’un genre particulier. Prétendument artistes, ils se sont distingués par des propos frisant l’insolence et en tout cas d’une bêtise avérée.
Ainsi, les journaux nous ont chaque jour livré des outrages de ces messieurs. Saïd Naciri, à qui les Marocains n’ont pas pardonné son infect R’bib, a tiré le premier : «Nous n’avons pas reçu le même accueil que les étrangers». La rengaine est habituelle, mais le pitre va plus loin : «Pourquoi ont-ils fait l’ouverture avec un film espagnol licencieux au lieu d’un film marocain», déclare-t-il à un quotidien ? Abdelkader Motaâ et quelques autres lui emboîtent le pas.
D’ailleurs, l’intégrisme fait des ravages chez ces cinéastes. Ainsi, Boulane, celui qui a fait un film sur les années 70 côté Beatnik, s’est lui aussi illustré par sa «moraline». A un journaliste de TV5 qui demandait des informations sur Al Ahdath, il a répondu : «C’est un journal du sexe».
Nabyl Lahlou, lui, a exigé de prendre la parole en menaçant de se retirer. Il n’a pas quitté la Mamounia pour autant et le festival n’en a pas souffert outre mesure. D’autres ont rouspété parce qu’ils n’ont pas été invités à tel dîner ou coktail offert par un sponsor.
Ces bassesses auraient pu être rapidement oubliées si les intéressés n’en avaient pas fait des tonnes. Ils ont décrété que le festival «ne servait en rien le cinéma marocain». L’annonce des résultats du fonds d’aide a ajouté à leur hystérie.
Il nous faut réfléchir sur ces épiphénomènes. Que des artistes s’érigent en censeurs les disqualifie déjà, qu’en plus ils s’attaquent à un festival utile à leur pays dépasse l’entendement.
Les organisateurs avaient tout fait pour éviter ces pinailleries, selon les journalistes présents : tout le monde dans des cinq étoiles, prise en charge totale avec quelques gâteries en prime. Cela n’a pas suffi parce que nous sommes face à une incurie grave. Les artistes rentiers s’imaginent que l’Etat et surtout ses deniers sont à leur service. Ils prennent leur notoriété, toute relative par ailleurs, pour une arme de chantage à l’encontre des décideurs. Ils sont persuadés que c’est «leur festival» et, sans oser le dire, ils s’étalonnent par rapport à des monstres sacrés tels que Alan Parker ou Chahine.
Heureusement que le blé qui lève est meilleur. Narjis Nejjar, Noureddine Lokemani, Laâsli et quelques autres sont en train de faire l’embellie du cinéma marocain. Noureddine Saïl et Fayçal Laaraïchi devraient tirer les conclusions qui s’imposent. Ils sont chargés par la plus haute autorité de l’Etat de réussir un festival international pour la promotion du Maroc. Ils n’ont pas à subir les chicaneries de bras cassés pour qui l’événement n’est qu’une occasion de vacances aux frais de la princesse.
Il est normal, dans l’ordre des choses, que tout artiste qui veut y assister réclame un badge et se charge de ses frais de séjour, à part les invités d’honneur. Appliquons cette règle et les pique-assiettes s’élimineront tout seuls. Il faut le faire parce que, comme décrit plus haut, ils se laissent instrumentaliser par l’intégrisme, ennemi juré de la création en général et du cinéma en particulier. Ils n’ont rien à faire dans un festival dédié au dialogue entre les cultures et, surtout, ne le cachons pas, à la promotion du Maroc, enjeu sans comparaison avec ceux des prétendus artistes