Que serions-nous sans nos taxis blancs ?

Un conducteur prudent rentre tranquillement chez lui, en banlieue casablancaise. Un premier taxi blanc le dépasse en trombe, immédiatement suivi par un second. Le premier se range à  droite, le second entreprend de le dépasser, mais, en fait, il veut lui parler… et donc, une fois arrivé à  sa hauteur, freine vigoureusement. Surpris par cette manÅ“uvre, notre conducteur ne peut éviter le choc, et emboutit les deux taxis par l’arrière. Il sera, lui, poursuivi pour défaut de maîtrise, blessures involontaires à  autrui, et verra son permis suspendu !

En ces périodes de congé où la circulation routière atteint des pics, il semble opportun de revenir sur les dispositions du nouveau code de la route, et d’en étudier les premiers résultats. Parlons d’abord de ces accidents dramatiques de la semaine dernière : deux collisions ont fait 18 morts et 43 blessés. Dans l’une de ces collisions, ce sont quatre personnes d’une même famille qui sont décédées. Les statistiques publiées le lendemain par le ministère du transport faisaient ressortir une augmentation du nombre d’accidents, ainsi que de celui des morts ou blessés. Pourquoi donc au Maroc la route tue toujours autant, malgré une réelle amélioration des infrastructures et l’adoption d’un nouveau code de la route.

Deux intervenants sont concernés par cette situation calamiteuse : l’usager et l’Etat (dans ses différentes composantes : les municipalités, les forces de l’ordre, les magistrats).
Commençons par l’usager, et remarquons-le franchement, les Marocains ne savent pas conduire, manquent de civisme, de tolérance et bafouent allègrement les lois et règlements en vigueur. Sinon comment expliquer ce que chacun de nous constate tous les jours : non-respect des feux de signalisation, «stop» carrément ignorés, stationnements anachroniques (devant une boulangerie à succès, une école ou un café réputé) occasionnant des bouchons ; mépris total d’autrui dans la conduite…, et j’en oublie certainement. Ça, c’est en ville, parce que sur route ou autoroute c’est bien pire : excès de vitesse, dépassements dangereux, surcharge des véhicules et bien d’autres choses encore contribuent à rendre nos routes meurtrières.

Donc, il devient urgent de lutter sans merci contre ces comportements irresponsables, et ça, c’est le rôle de l’Etat. C’est donc le deuxième intervenant, mais il n’assume pas entièrement ses responsabilités.

Ainsi, d’un côté on construit de belles autoroutes, mais de l’autre on néglige l’entretien du réseau routier national : nids de poule, chaussées défoncées, eau de pluie mal drainée, virages dangereux, routes glissantes, autant de facteurs déterminants dans bien des sinistres. Le rôle de chaque municipalité serait de veiller à l’entretien des routes et chemins la traversant. Le fait de laisser un réseau routier se détériorer est de l’entière responsabilité des provinces et des communes, et cette détérioration est aussi à l’origine de nombreux drames.

Les forces de l’ordre, elles, semblent dépassées par les événements, et se bornent, tant qu’elles le peuvent à verbaliser …un contrevenant sur cent ! Parfois avec des résultats bizarres : un véhicule a été flashé à 71 km/h (au lieu des 60 permis en ville). La contravention signale, (c’est précis), qu’il s’agit d’un dépassement inférieur à 20km/h, et fixe l’amende à 300 DH. Le fait qu’il s’agisse d’une ambulance acheminant un malade toutes sirènes hurlantes n’émeut personne, et ce cas d’ailleurs ne figure même pas dans la liste des motifs admis pour réclamer !

Les magistrats eux, s’amusent bien ! Voici le cas d’un conducteur prudent qui rentre tranquillement chez lui, en banlieue casablancaise. Un premier taxi blanc le dépasse en trombe, immédiatement suivi par un second. Le premier se range à droite, le second entreprend de le dépasser, mais, en fait, il veut lui parler… et donc, une fois arrivé à sa hauteur, freine vigoureusement. Surpris par cette manœuvre, notre conducteur ne peut éviter le choc, et emboutit les deux taxis par l’arrière. Il sera, lui, poursuivi pour défaut de maîtrise, blessures involontaires à autrui, et verra son permis suspendu ! Le magistrat n’a retenu que le choc par l’arrière…tout le reste restant broutilles à ses yeux ! Les deux taximen eux, restant libres d’aller tuer d’autres conducteurs innocents.

Dans une autre configuration, c’est le cas d’un automobiliste immobilisé dans un embouteillage, à un feu rouge. La voie se libère devant lui, mais sur sa droite le feu se met au vert, et avant qu’il n’ait eu le temps de démarrer, surgit un taxi blanc, (encore), qui le percute sur sa droite.

Il se retrouvera poursuivi pour non-respect des feux, de la priorité à droite, et blessures à autrui : le juge n’avait sans doute pas eu le temps de lire correctement (et complètement) son dossier.

Moralité : adopter des lois c’est bien, les faire respecter c’est mieux, et éduquer les citoyens serait la panacée.