Quand ?

Dans ce combat éternel du bien et du mal, qui aujourd’hui sortira vainqueur ? Le pronostic est bien sombre, avec comme grands perdants les musulmans, américains ou autres. La descente aux enfers finira bien par prendre fin mais quand ? Toute la question est là.

Les 53 morts d’Orlando du dimanche dernier sont pain bénit pour Donald Trump, le candidat républicain aux présidentielles américaines. Qu’on se souvienne, au lendemain des attentats du Bataclan à Paris, le milliardaire avait proposé d’interdire l’entrée des musulmans sur le sol américain. Cette déclaration fracassante, une parmi de nombreuses autres, a contribué à lui forger une image d’homme à poigne dans un contexte marqué par la peur du terrorisme dit islamique. Commise par un Américain musulman d’origine afghane qui a fait allégeance à l’EI, l’attaque de la boîte de nuit gay d’Orlando sert pleinement les intérêts du républicain. Or les élections présidentielles américaines ne sont que dans cinq mois. Pour les démocrates américains, le scénario du pire serait la survenue d’un tel drame la veille du scrutin. Il pourrait en effet rendre possible l’impensable, un Donald Trump à la Maison Blanche. Cette perspective donne des sueurs froides bien au-delà du camp démocrate américain. En Europe, par ses exactions, l’organisation Etat islamique a ouvert un couloir devant les mouvements d’extrême-droite dans leur course au pouvoir. Ainsi, en France, la présence au second tour de la présidente du Front national est désormais une quasi-certitude. Mais si en Europe la victoire de l’un ou l’autre de ces leaders populistes peut mettre à mal la démocratie à l’intérieur de leurs pays respectifs, l’élection d’un homme comme Donald Trump à la tête des USA représenterait une menace à l’échelle mondiale. Au vu de ses gesticulations et de ses déclarations outrancières, le pire peut être attendu d’un tel personnage s’il accède aux commandes de la plus grande nation du monde. Savoir qu’un homme pareil disposerait du pouvoir d’appuyer sur le bouton nucléaire donne froid dans le dos.

La tuerie de ce dimanche, la plus meurtrière de l’histoire américaine, plonge les Américains dans la même sidération que les Français après les attentats du Bataclan de novembre dernier. Aura-t-elle des incidences sur la campagne en cours, pourra-t-elle la faire basculer ? Les analystes le supputent. La tuerie d’Orlando a été le fait de l’un de ces loups solitaires dont le passage à l’attaque est difficilement décelable. Or, des hommes de ce type, instables psychiquement et travaillés par la haine, il en existe tout un réservoir dans lequel l’EI peut puiser à satiété pour mener ses attaques en Occident. Où cela va-t-il nous conduire? La plus grande inquiétude est de mise tant que le nom du futur président des USA ne sera pas connu.

Deux jours avant le dimanche sanglant d’Orlando, il y eut le vendredi de Louisville. Un vendredi de deuil, de recueillement et de concorde nationale. Ce jour-là, cette petite ville du sud des USA enterrait le plus célèbre des musulmans américains, l’icône planétaire Mohamed Ali. L’Amérique tout entière, et le monde avec elle, a rendu un hommage appuyé à celui qui, tant sur un ring que par la défense farouche de ses convictions, s’est acquis une place dans l’histoire. Désigné «Plus grand sportif du XX siècle», le boxeur de légende fut également honoré par les Nations Unies comme par son pays qui lui remit la plus haute médaille civile pour le dernier combat de sa vie, celui dans lequel il s’engagea quand la maladie lui fit remiser ses gants, le combat pour la paix. «The Greatest» symbolisa l’islam dans ce qu’il a de meilleur, se faisant la fierté des musulmans américains comme il l’était pour la communauté noire. Lors de la cérémonie funéraire, «Bismillah» a résonné dans toute l’Amérique, accompagné par les mots de l’ancien président Bill Clinton, invité avec d’autres dignitaires à prononcer l’éloge funèbre du défunt. A travers le visage de Mohamed Ali, l’islam apparaissait dans toute sa grandeur, il était ce véhicule de la fraternité qui unit les peuples au-delà de leur couleur et de race. Mais, deux jours plus tard, l’œuvre d’un homme violent habité par la colère et la haine a tout remis par terre. Et l’islam s’est retrouvé à nouveau associé au meurtre et à l’abjection. Dans ce combat éternel du bien et du mal, qui aujourd’hui sortira vainqueur ? Le pronostic est bien sombre, avec comme grands perdants les musulmans, américains ou autres. La descente aux enfers finira bien par prendre fin mais quand ? Toute la question est là.